dimanche 27 juillet 2008

Une Légende du Haut-Pays - NOUVELLE FANTASTIQUE et TEMPLIÈRE

NOUVELLE FANTASTIQUE et TEMPLIÈRE
Une Légende du Haut-Pays

AVERTISSEMENT :

Cette histoire, un peu romancée, est vraie.

Sauf les personnages dont les noms sont différents, les lieux sont exacts.

La date, aussi, est considérablement avancée dans le temps.

Les recherches ont été effectuées dès 1975 et continuées au château de Valcros , à Trigance, jusqu’en 2000.


NOUVELLE FANTASTIQUE et TEMPLIÈRE
Une Légende du Haut-Pays
  • Avant-Prologue : Où Antoine réapparaît
  • Prologue
  • Chapitre 1er : Le Deffends Oriental
  • Chapitre 2 : Antoine-Baptiste et les transhumants
  • Chapitre 3 : Baphomet
  • Épilogue

AVANT-PROLOGUE - Où Antoine réapparaît :
1ére Partie :

Des Nouvelles d’AntoineAntoine Bondy ? Vous rappelez-vous de ses aventures ?
Vaillant soldat en Indochine et en Algérie, son cœur avait toujours battu pour l’Amour (avec un grand A !) et non pour la guerre et la mort donnée par l’Homme. A tel point que, volontaire, il s’était engagé dans la Légion Etrangère par amour pour la France, lui, petit fils d’immigrés ayant aimé leur nouvelle patrie.

En effet, dès leur arrivée, ces étrangers qui avaient été accueillis à bras ouvert comme travailleurs, sans causer de problèmes, restaient à leur place et respectaient les lois de la République laïque. Son père lui avait transmis cette foi en la France, « terre d’accueil » et, bien qu’il se souviendrait toujours de son pays d’origine, il conservait, néanmoins, certaines coutumes et croyances ancestrales.

Elevé dans cet esprit, Antoine voulait porter avec fierté au-delà des frontières les vrais valeurs républicaines et sociales ancrées dans l’esprit de la nation. A la veille de ses vingt ans, après une solide formation de commando, il allait voguer vers les lointains rivages de l’Indochine. A ces valeurs, allait encore s’ajouter, sur le terrain de ce beau pays, une dimension philosophique et cultuelle qui le marquerait jusqu’à la fin de ses jours. Rappellez-vous les féroces combats auxquels il avait participé ?

C’était, dès septembre 1950, le commencement de la fin pour le Corps Expéditionnaire Français. En l’occurrence, une colonne militaire était encerclée dans le Haut Tonkin. C’était le plus au nord, à Cao-Bang. Une colonne montante devait venir la dégager. La Route Coloniale N° 4 (la R.C.4) longe la Chine sur 116 kms de jungle montagneuse. Des postes avaient été disséminés tout au long de cette voie fort dangereuse, car la brousse fourmillait de viets. Un jeune général indochinois, le Général Giap, avait passé la frontière avec 100.000 hommes bien équipés. Un premier poste, Dong-Khé, était tombé. Il était urgent de rapatrier l’Armée du Haut-Tonkin, forte seulement de 4.500 hommes. Ce fut la première grande défaite de l’Armée face aux Viets. Plus tard, en mai 1954 viendrait celle de Dien-Bien-Phu.

Le Commandement français avait donc décidé d’évacuer le Haut-Tonkin. En moins de 8 jours, on allait assister à la plus spectaculaire et dramatique embuscade de l’Histoire militaire ( on l’a surnommée la Route du Sang ). Il y avait donc 6.000 hommes sur 2 colonnes. La première, l’Armée du Haut Tonkin, 4.500 hommes répartis dans plusieurs postes, le long de la R.C.4 et la colonne montante, forte d’un peu plus de 1.500 hommes, composée de troupes d’élite renforcée, en plus, du Bataillon Etranger de Parachutistes (1er B.E.P.) auquel Antoine appartenait. La colonne de secours allait rejoindre les soldats, qui avaient abandonné leurs postes après les avoir fait sauter, au sud de Dong-Khé, qui avait déjà été investi. Au terme de 80 kms de brousse et de pistes, la jonction allait se faire. Mais le combat resterait inégal, étant donné le nombre d’ennemis.

Le long d’une route étroite, les français devraient se battre contre un ennemi invisible. Leur tactique était simple et ils étaient les maîtres du jeu : jamais il n’y eut un combat tangible et continu. Ils surveillaient la progression de la colonne et, lorsque le terrain le permettait, par exemple un rétrécissement ou plusieurs virages assez rapprochés, de jour comme de nuit, des escarmouches éclataient en bordure de jungle très fortes et sporadiques et, tout d’un coup, ils disparaissaient aussi vite qu’ils étaient apparus. Les français le savaient. Ils restaient vigilants bien soudés, protégés dans leurs véhicules blindés mais, si un seul homme faisait un écart, il était abattu. Ce qui était le plus terrible, c’étaient les arrêts intempestifs : quand la colonne stoppait pour une raison ou une autre, on s’attendait à une attaque en règle.


C’était d’autant plus compliqué pour la troupe française que de nombreux civils l’avaient suivie. Il y avait là, pêle-mêle, des compagnes autochtones et leurs enfants,souvent nés de quelques militaires. Il y avait aussi des auxiliaires supplétifs de l’Armée, se sachant condamnés par les viets, pour collaboration. Il y avait également une population de confession chrétienne avec leurs prêtres. Au fil des jours et des kilomètres, ce fut le massacre général, perpétré par un ennemi trop nombreux.Il n’y aura que très peu de survivants et quelques rares prisonniers. Ce fut une implacable tuerie qui restera dans la mémoire des hommes allés se battre sur ce sol.

Antoine, se rappellera toute sa vie de ses premiers camarades tombés au champ d’honneur, lors des premiers combats, avant même la défaite de Dien-Bien-PhuAntoine s’en était sorti avec quelques légionnaires. Lorsqu’ils sentirent le désastre, les rares officiers survivants leurs intimèrent l’ordre d’imiter les viets : la nuit, ils s’échappèrent dans la jungle et se fondirent, sans bruit, dans l’épaisse nature. Ils rejoignirent That Khé et, plus loin, Lang Son pour reformer un Bataillon de Choc.

Au cours de cette bataille, Antoine avait fait la connaissance d’un moine tibétain :Tzu Kapa. Ce jeune lama avait à peu près le même âge qu’Antoine. Comment se trouvait-il en même temps que lui sur la R.C.4 ? Faisons un peu d’histoire : Mao Tsé Toung avait chassé Tchang Kaï Tchek de Chine et s’était emparé du pouvoir en septembre 1950. Sur sa lancée, il avait envahi le Tibet, courant Octobre. Le Dalaï Lama, ayant eu vent des intentions du maître de la Chine communiste, avait pris certaines précautions en ce qui concerne ses trésors et surtout son « intelligentsia ». Tzu-Kapa, jeune lama médecin, parlant couramment le français, à l’époque langue très connue dans le monde - c’était la langue diplomatique-, avait été désigné pour rejoindre le monde occidental par l’Indochine. De par son rang social, Tzu Kapa était destiné à devenir un personnage important dans la hiérarchie tibétaine. Au cours de son périple,Tzu Kapa avait franchi la frontière chinoise, transformé en coolie, transportant du matériel destiné à la grande offensive que préparait le Général Giap.

Il était arrivé jusqu’au premier poste français : Cao-Bang.Bientôt, il se rendit compte que les militaires allaient plier bagage et il les suivit, pour rejoindre Hanoï. Pris dans la tourmente de la R.C.4, il allait rencontrer le jeune Antoine, au cours d’un accrochage. En fait, devant la souffrance des blessés, après chaque escarmouche, il aida les soldats-infirmiers et les toubibs, étant donné ses connaissances médicales. Pendant une fusillade très nourrie, Antoine avait admiré le courage et le sang-froid de ce petit asiatique, portant au bras un brassard de la Croix-Rouge.

Depuis ce moment, jusqu’à Lang-Son, ils ne se quittèrent plus, traversant même la jungle ensemble. Il y eut, dès leur premier regard, un courant qui passa. Le soir, dans la jungle, ils firent mieux connaissance. Antoine lui raconta sa vie, mettant surtout l’accent sur sa foi inébranlable, nécessaire dans des moments pareils, cette foi qui lui avait été communiquée par sa grand-mère… La preuve, sa première blessure presque anodine : un éclat de grenade lui ayant endommagé l’avant-bras gauche, son cher compagnon, le Sergent-Chef Kranz, après l’avoir soigné, lui avait dit, dans un mauvais français, avec son accent guttural :« Antoine, puisque tu aimes Jésus, je vais ‘encrer’ ! Sa croix dans ta chair !! ».

Depuis, Antoine se rappelait tous ses moments difficiles, en regardant cette croix indélébile, souvenir inoubliable de sa jeunesse guerrière ! Antoine, appelé par sa vie militaire, devait rejoindre un B.E.P. reconstitué. Il avait donc confié Tzu-Kapa à Lang-Son, au Père Louis, missionnaire atypique. Il ne devait le revoir que bien plus tard, en 1983, à Lourdes, lors de la visite de Jean-Paul II. Converti à la religion chrétienne, grâce à la foi d’Antoine et à l’exemple du Père Louis se dévouant pour tous les orphelins de la guerre. En effet, sans oublier sa philosophie tibétaine, il avait été touché par le côté « déiste » de sa nouvelle religion. En plus de l’Amour de Jésus pour les humains, il se consacrait maintenant à l’autre, un peu comme l’Abbé Pierre, sans distinction de race ou de religion. Quant à Antoine, tout en restant chrétien, Tzu-Kapa lui avait innoculé sa connaissance de l’être humain, chère aux bouddhistes.

Dès les premiers jours de leur fraternité dans la bataille, et, fort de leurs conversations qui devenaient, réciproquement, enseignement, Antoine apprit la philosophie Zen. Mais qu’est-ce que la philosophie Zen ? : c’est la pratique issue du Bouddhisme. Cette dernière vient d’un homme surnommé Bouddha. C’est un prophète natif de l’Inde qui a élaboré cette pratique au VI ème siècle avant J.C.. Le Bouddhisme est, pourrait-on dire, un système philosophico-religieux qui constitue l’exemple le plus typique de religion athée, c’est-à-dire sans invocation à Dieu, sans culte à une divinité quelconque. Sa raison primordiale est le salut de l’homme par la « concentration intérieure », mais aussi la recherche de son « Moi ». Il faut essayer d’éliminer la souffrance, car, selon Bouddha, « tout est souffrance ». Il existe en l’homme des « états passagers », successifs : ce sont ces états qui provoquent le karma, essence même de cette doctrine. Bouddha ne nie pas l’existence d’un être supérieur à l’homme : il l’ignore. L’homme a, en lui, son salut. Personne ne peut aider chacun de nous. On trace soi-même son chemin, au moyen de ses seules forces que l’on puise depuis notre plus profond être. Cela s’appelle son « Soi permanent ».

Pour cela, il y a les 5 Règles de Vie :1) la Compassion : respecter toute forme de vie. 2) ne pas prendre le Bien d’Autrui. 3) ne jamais mentir ni haïr. 4) éviter tout excitant, pour rester soi-même. 5) respecter la femme.

A cela, il faut ajouter les 8 vertus de la Voie : tout doit-être pur : la Pensée, la Volonté, la Vie, la Vue, l’Action, l’ Effort, le Langage.

On arrive ainsi à la principale : la Méditation.

Ces formes de vertu sont symbolisées par le Lotus. Pour résumer le Bouddhisme tibétain, Tzu Kapa avait pour habitude de raconter une histoire qu’il appelait « le syndrome de la Calèche » : Cette calèche était constituée d’un attelage de chevaux ( il expliquait alors longuement, comme pour chaque image, que c’était la tête qui fonçait vers l’avant). Il y avait aussi le cocher ( c’est le maître, celui qui donne les grandes lignes de la voie à prendre).

Il y avait encore les passagers à l’intérieur : ce sont les fidèles : ils subissent les chaos du chemin mais doivent rectifier leur conduite et avancer dans la voie pour arriver à la Sagesse). Depuis cette rencontre, Antoine appliquera, toute sa vie, Zazen : Silence et Méditation. Tous les jours, au lever du jour, dans le calme de l’aurore, sur sa terrasse, il se recueille pour ses exercices, en pratiquant la respiration à 3 temps. C’est alors une regénérescence de son être qui lui permet de renouveler ses cellules. C’est peut-être pour cela qu’il ne paraît pas son âge ! De plus, la méditation profonde ( celle que l’on appelle transcendentale ), apprend à mieux se connaître et transformer son Soi Profond : oublier son moi pour devenir soi-même. Alors, tout s’éclaire : on sent que l’on doit vivre pour l’Autre et non pour regarder son nombril !

On sait que l ‘argent, la puissance et la gloire ne sont qu’éphémères. Rien ne vaut la Fraternité, la Tolérance et l’Amour en toutes choses. Comme dit Bouddha : « Fais le Silence en toi et …écoute ! ». On est alors en phase pour écouter l’Autre et l’on rejoint Jésus dans sa vision idyllique de l’Homme : » Aimez-vous les uns, les autres ». Quand on a assisté, jeune homme combattant, à tant de massacres inutiles, on comprend que l’Homme doit rejoindre, par sa spiritualité, le Cosmos et oublier la matérialité la plus triviale. Alors, seulement, on pourra se fondre dans la Claire Lumière !

-Pour plus de détails, se reporter au premier roman : l’Armée de l’Ombre

-Antoine,lorsqu’il s’était engagé, n’avait pas donné son véritable nom. En fait, il s’appelait Anton Barowsky Von Unia. L’histoire de sa famille mérite d’être racontée : sa grand-mère paternelle, qui l’avait élevé, l’avait mis dans le secret. Tout le monde à Cannes, les connaissait sous le nom d’Unia. Après la première guerre mondiale, les Unia étaient devenus de riches commerçants ne possédant pas moins de trois magasins. Ces magasins, tous de chaussures, étaient situés dans la rue « Grande », appelée aujourd’hui rue Meynadier. Le plus important, était celui de l’entrée de cette rue, côté est, un peu après l’actuel supermarché Champion, situé sur le même trottoir, en face la pharmacie toujours existante. Une petite anecdote, en passant : à l’âge de 5 ans, le petit Anton avait eu le bras cassé, en voulant traverser pour aller chercher un bonbon ! Leur voisin immédiat était la Chapellerie Cintelli aujourd’hui disparue. Le chiffre d’affaires de ce magasin concurrençait, à l’époque, celui des Chaussures Jacques Loup, pourtant mieux agencé dans la rue principale, la rue d’Antibes. Ce premier magasin Unia, vendu en 1939, avait connu diverses fortunes. Néanmmoins, il a porté ce nom jusque dans les années 1990 comme magasin de fruits et légumes : Unia Prim. Devant ce succès, sa grand-mère avait acquis un second magasin dans les années 1920. Situé dans la même rue, plus à l’ouest, c’est, actuellement, les Chaussures Parachini, à côté du Traiteur Ernest. Un peu plus tard, elle avait encore acheté, dans le petit cul-de-sac finissant la rue Grande, après la rue Gazagnaire, une petite échoppe d’un cordonnier. Lorsqu’elle la revendit, en 1938 à la famille Bergia, celle-ci installa le premier magasin de sports de Cannes : Bergia-Sports.

Son père, Karl Von Unia était déjà connu à Milan. Toute l’aristocratie venait jusqu’à Savigliano et Alba où il possédait des boutiques à la mode. Mais, il était attiré par l’Eldorado de la Côte d’Azur française et, atteint par la bougeotte, voulait changer d’air. Un beau matin, il laissa les boutiques à un cousin qu’il avait formé et, prenant sa famille dans une belle diligence attelée de deux chevaux, il embarqua avec sa femme, ses trois filles et un garçon en bas-âge. Il traversa la frontière pour aller jusqu’à Cannes dont la réputation était dejà connue pour accueillir les plus grandes familles anglaises, russes et allemandes. Sa réputation fut vite faite, se spécialisant dans les bottines sur mesure pour dames. Il évoluait dans sa luxueuse boutique située au milieu du boulevard des Italiens, aujourd’hui boulevard de la République, en face le Lycée Jules Ferry.

Son éducation étant parfaite, il parlait plusieurs langues outre l’italien, le français, l’allemand et le hongrois, ce qui lui permettait de comprendre le russe. En outre, fervent chrétien, il faisait fonction de sacristain à l’Eglise du Prado. Il donna, ainsi, une bonne éducation à ses trois filles : Pierrina, l’aînée, la grand-mère d’Anton, Carlotta et Célina qui furent élevée chez les sœurs de l’Institut Lochabair, réservée aux enfants de la bourgeoisie et de la noblesse. A part quelques rares bonnes familles locales, personne ne sut jamais leur véritable identité, se faisant simplement appelé Unia. Mais Anton, outre les confidences de sa grand-mère, vit toujours, accroché dans la salle à manger familiale, au-dessus de la cheminée, le blason de la famille : une petite île au milieu d’un lac de montagne, avec une ferme fortifiée. Cela ne ressemblait pas à un petit château car le toit était en ardoise grise. C’était plutôt une sorte de grande gentilhommière pour hobereau campagnard. Sa devise était, en allemand, « Gott und Das Vaterland », soit Dieu et Patrie.

Cette histoire remontait à 1810, lorsque l’armée austro-hongroise occupa l’Italie du nord, chassant les français de Napoléon. Dans les environs de Turin, une unité de cavalerie avait son état-major dans un château. Le jeune mèdecin-capitaine, le Comte Anton Barowsky Von Unia, fit la connaissance d’une jeune fille de bonne famille. Ce fut le coup de foudre et ils décidèrent de se marier. Cet officier, démobilisé, s’installa bientôt comme mèdecin à Savigliano, l’Italie du Nord étant toujours sous la coupe des Autrichiens.

Il venait du fond de la Hongrie, entre les Carpates et les Balkans et était issu de la branche directe du roi des Uniates, sortes de catholiques, noyés au milieu des orthodoxes. Les Uniates sont exactement les descendants de l’Eglise gréco-catholique. Répartis entre plusieurs pays, ils sont près de six millions, massés sur les frontières de l’Ukraine, la Pologne la Slovaquie, la Hongrie et la Moldavie. Après le schisme d’Orient, qui est la séparation en 1054 entre l’Eglise d’Occident ( Rome) et celle d’Orient ( Constantinople), plusieurs fractions oscillèrent entre les deux : c’est le cas des Uniates. Les Unia était une des familles de la noblesse maggiare les plus connues. C’est, à ce titre que les autrichiens voulurent les honorer en leur donnant la particule, Von en allemand. Une épine dorsale montagneuse traverse la Hongrie : il y a d’abord, dominant le lac Balaton, les monts Bakony, puis les monts Matra dont les sommets les plus hauts de la chaîne, culminent à 1.000 mètres.

Dans la Hongrie du nord coule le fleuve Tisza et les villes les plus importantes sont Miskolc et Sàtoraljàujhely qui est à cheval, sur la frontière avec l’Ukraine. Après les monts Matra, se trouvent la chaîne des montagnes Bükk. Ensuite, on arrive à une contrée, comparable au Piémont, couverte de vignobles dont le vin est excellent, le Tokaï, c’est le passage de la Hongrie du nord à celle de l’Alföld. Sur la frontière avec l’Ukraine, près de Sàtoraljàujhely, se situe le berceau des Unia.
De leur domaine, immense, on peut voir, au loin, les monts Bükk qui surplombent Miskolc. C’est un paysage grandiose : on se croirait dans le Tyrol. Dans sa jeunesse, sa grand_mère avait voulu montrer le berceau familial à Anton : il avait adoré. Il revoyait toujours dans ses rêves les plus fous, le petit lac, au milieu de forêts et prairies, ensemble qui constituait la partie agricole de ce domaine. Cerise sur le gâteau le petit château ancestral était toujours aussi majestueux.

Pierrina, qui avait reçu une bonne éducation, avait trouvé, au début du siècle, à 20 ans une place de secrétaire de confiance chez la comtesse Tolstoï. La colonie russe était très importante sur la Côte d’Azur, notamment à Nice et Cannes. Deux églises orthodoxes, magnifiques, y avaient été construites que l’on peut encore admirer aujourd’hui, notamment celle de Nice qui ressemble, en plus petit, à celle de Moscou. Le Comte Léon Tolstoï, écrivain déjà célèbre, possédait une belle villa dans le quartier de la Californie et un spacieux appartement à Paris, sur les Champs-Elysées.

La comtesse aimait beaucoup Pierrina, vive, intelligente, parlant et écrivant plusieurs langues et, de surcroit, très jolie fille. Elle accompagnait souvent sa patronne à Paris et là, introduite dans le milieu aristocratique russe, elle fit la connaissance du jeune Prince Ruspoï. Une idylle se noua bientôt et les jeunes gens furent plus qu’intimes. Mais la déclaration de guerre arriva bientôt et le jeune Prince dut rejoindre son régiment. Ils correspondirent, au début, et la Révolution de 1917 n’arrangea pas les choses. On ne revit jamais plus cette noblesse en France. Quelques-uns purent s’échapper, au moment de la prise de pouvoir par les Bolcheviks et formèrent une petite phalange, surtout à Paris. Mais, ruinés, ils gagnèrent leur vie en travaillant : les chauffeurs de taxis avaient surtout l’accent russe !

Au moment de leur splendeur, la comtesse, comme beaucoup de russes, dépensait sans compter. En plus de ses gages, chaque fois qu’elle était contente de ses services, elle donnait à sa secrétaire, un louis d’or. Lorsqu’elle rentra au bercail, elle put, grâce au magot amassé, s’acheter ses propres magasins. A 25 ans, c’était une femme indépendante. Mais, enceinte à Paris, elle accoucha d’un beau garçon qui ne connut jamais son père et rentra définitivement à Cannes avec son marmot. On fit passer le message suivant : mariée à Paris, son mari était mort sur les champs de bataille ! La guerre peut, quelquefois, sauver des situations dramatiques surtout à cette époque où, les femmes célibataires n’étaient pas acceptées ; Des années ont passé. Antoine est mainteant sexagénaire. Il vient tout juste de prendre sa retraite.

Il a gardé sa foi et son amour pour la Patrie, cette France qui est un pays au rayonnement exceptionnel. Il l’a bien servie, cette patrie, ce qui lui a donné bien des peines mais aussi beaucoup de joie, notamment sa vie aventureuse dans les théâtres d’opérations extérieures et, ensuite tout ce qu’il a connu de palpitant dans les Services Secrets. Il a toujours en mémoire une formule qu’il a pratiquée toute la vie : « Carpe Diem » ! Il fait tout pour profiter des bons moments : célibataire endurci, il ne manque pourtant pas d ‘aventures amoureuses. La dernièr en vaut la peine d’être contée : Antoine, cannois d’origine, a beaucoup d’amis dans cette cité. Il n’a pas le temps de s’ennuyer, même sans activités professionnelles !

Les matinées commencent à 10 heures : footing-décrassage le long du boulevard du Midi, entre le Port et La Bocca. Effectué à petite allure, des pauses sont consacrées à des exercices de relaxation et de souplesse. De nombreux cannois à la retraite le rejoignent : le Dr Arnaud, rhumatologue, les Kinés Jean Whol et Jean-Claude Beneteau. En particulier, Jean Whol est un sportif très connu, nageur, pratiquant de Water-Polo, il a même gagné, en son temps, la traversée du Lac de Tibériade en Israël. Ensuite tout le monde, et même d’autres, se retrouvent sur une plage privée du Boulevard du Midi, le Blue Beach, chez Bernard Lajoux. Des parties acharnées de Volley-Ball sont organisées jusqu’à Midi. Cela se termine souvent par un apéritif avec tapas au Bar du Suquet ou encore une douzaine d’huitres, mangées sur le pouce avec un verre de muscadet, chez Astoux. Les fins d’après-midi ou les soirées sont réservées au Bridge. Avec des gens passionnés d’annonces ou de jeu de la carte subtil et raffiné, il joue jusqu’à fort tard, se risquant même quelquefois à « intéresser les parties ».

Il a une autre occupation nocturne : trois ou quatre fois par mois, il se rend à « Castrum Romanum » pour des soirées philosophiques et ésotériques. Il a, ainsi, l’occasion de rencontrer des hommes et des femmes, passionnés comme lui, de Fraternité. Ils se retrouvent pour cultiver l’Amour de l’Autre, pour rechercher la Vérité et aussi se perfectionner par l’étude des rites, des mythes et des symboles. Cela développe l’intellect en général et la spiritualité en particulier.

Les Dimanches matins, la joyeuse équipe sportive se retrouve pour disputer des tournois de Beach Volley sur les grandes plages de La Croisette. A la fin de la saison d’hiver, traditionnellement, l’Hôtel Carlton, qui possède la plage la plus chic de Cannes, organise un grand Tournoi, regroupant tous les vainqueurs des compétitions précédentes. Cette année là, un peu avant Pâques, Antoine et ses deux coéquipiers, avaient gagné le « Grand Chelem de Cannes. », version sénior. La remise des Coupes a lieu à l’Hôtel, le soir même, suivie d’un dîner dansant, en tenue de soirée. Antoine est fier d’exhiber cette Coupe, remise par le Directeur Général de l’établissement, en personne, Alan KimberIl découvre, à ses côtés, une charmante jeune femme, qui est l’Attachée de Presse de l’hôtel. Ils échangent quelques mots et, Antoine, plus tard, est heureux de la retrouver à ses côtés, au dîner de Gala. Il apprend, alors, au cours de la conversation qui s’engage entr’eux, qu’elle est italienne et qu’elle se nomme Gina Mattera .

A peine quadragénaire, elle est dans la plénitude de son âge et paraît plus jeune, étant très mince et , sans doute, sportive.
Elle fait penser, pour Antoine qui a fréquenté et connu presque toutes les éditions du Festival du Film, à l’actrice italienne, Gina Lollobrigida. Il a approché cette dernière, puisque, à l’époque, elle était une habituée du Festival. Pour la bonne raison qu’elle a été la tendre amie du producteur de films, Georges Cheyko, cannois et qui, plus est, ancien volleyeur de l’A.S. Cannes, là où Antoine l’a fréquenté. Comme elle, Gina est grande, élancée, très brune, avec des yeux noirs et de longs cils, la taille très mince avec, comme souvent les femmes italiennes, une opulente poitrine.

Inutile de dire qu’An toine, au cours de ce dîner mémorable, s’évertue à la conquérir. Evidemment, il est sous le charme d’une femme qui a l’habitude de ces situations et, métier oblige, sait tirer avantage de sa silhouette, de sa conversation et, atout supplémentaire, de son léger accent italien, ce qui ajoute un plus ! Que se passe-t-il dans sa tête, lui, habituellement assez réservé avec la gent féminine, surtout à la première rencontre ? Là, au contraire, il fait assaut de compliments et de séduction. S’il voulait une aventure, et peut-être plus, il n’agirait pas mieux ! Où sont passées ses résolutions de rester célibataire jusqu’à la mort ! C’est peut-être le syndrome du séxagénaire qui arrive !

Aussi, à la fin de cet excellent moment, il souhaite le prolonger et, timidement, lui propose de boire un dernier verre au New Brummel, la boîte de nuit du Casino Municipal. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’elle accepte avec une joie évidente dans son regard. Tout se passe sereinement jusqu’au moment du slow fatidique souvent programmé dans les lieux de plaisirs, après les rythmes endiablés.
Là, tout s’emballe. Pour quelles raisons Antoine va-t-il s’abandonner contre elle, au moment du refrain chanté par Franck Sinatra « Strangers in the night » ? Il faut dire que leurs deux corps sont enlacés langoureusement sur la piste et que l’inévitable va se produire à la fin de la danse : pour la remercier , il s’approche de son visage et, alors, elle lui tend ses lèvres ! C’est le coup de foudre ! Gina, sans protester un instant, accepte de suivre Antoine, chez lui, pour un dernier verre ! Antoine l’emmène donc dans sa gentille garçonnière.

Cette dernière est charmante, bien meublée, sobrement, mais avec goût. C’est un studio assez spacieux, au plus haut de la rue Saint –Dizier, dans le Suquet, le cœur du Vieux Cannes. C’est aussi le quartier des restautants typiques de la Cité. Au plus haut de cette rue, dans la rue Coste-au-Corail, au dernier étage, se situe cet appartement. De la grande baie vitrée, dominant une large terrasse, s’étale La Croisette et, en premier lieu, le Casino Municipal et la Jetée Albert-Edouard avec ses grands yachts. Au loin, sur la mer, on devine les deux îles de Lérins, joyaux de la Baie de Cannes. Cette baie, tel un écrin, renferme deux perles rares : Sainte Marguerite et, presque juxtaposée, Saint Honorat, vers le large.

Au III ème siècle, un frère, Honorat était le Supérieur des moines cisterciens de cette île. Quant à sa sœur, Marguerite, supérieure des religieuses du monastère de l’autre île, elle se lamentait de ne pas voir assez son cher frère. Ce dernier lui promit, alors, de se revoir, chaque fois que les cerisiers fleuriraient. O, miracle ! les cerisiers, depuis, bourgeonnent deux fois par an sur ces îles : au printemps et avant l’automne.


Mais, à deux doigts de la terrasse, on touche presque la nef de l’Eglise du Suquet. N.D. d’Espérance. A Cannes, les deux églises principales ont des noms significatifs : N.D. de Bon Voyage et celle de l’Espérance, en haut du mont Chevalier. En effet, les pêcheurs cannois se sont toujours mis sous la protection de la Vierge. D’ailleurs, le jour du 15 Août, une grande procession se déroule dans les rues du Suquet où les pêcheurs promènent sa statue. Après avoir introduit la clé dans la serrure, Antoine n’allume qu’une petite lampe à abat-jour, à l’entrée, qui donne une clarté diffuse, suffisante. Ce n’est pas le moment de montrer les lieux à Gina ! donc les flots de lumière, ce sera pour plus tard ! Il est tout ému de tenir cette jolie femme contre lui. Cette dernière est un peu gaie, car au New-Brummel, ils ont encore ingurgité deux coupes de Champagne !

Elle l’enlace tendrement et s’accroche langoureusement à lui. Antoine la dépose doucement sur un fauteuil et allume quelques bâtons d’encens, pour faire atmoshère ! Il allume aussi son poste de radio et remet le CD de Sinatra déjà écouté tout à l’heure, mais si envoûtant pour des amoureux ! Antoine a toujours pensé qu’il faut accompagner ces moments délicieux par une préparation d’ambiance : les papilles sont aiguisées par les odeurs agréables et les sons envoûtent les esprits ! Il sert un dernier verre qu’il boiront ensemble. Le verre tendu, elle s’asseoit sur lui, dans le fauteuil, pour partager ce dernier élexir d’amour avant l’acte ! cela arrive alors très vite : le verre non encore achevé, elle l’embrasse très lentement, ses lèvres souples et charnues enveloppant les siennes, ouvrant sa bouche avec délicatesse, afin d’effleurer sa langue. Antoine commence à sentir son émoi monter d’un cran. Il glisse lentement ses mains sous son corsage, lui massant des seins volumineux qui sont nus sous la soie.
Il sent ce beau corps abandonné, frémir sous ses doigts. Il pense que les préliminaires sont suffisants et la porte sur le lit.

Il accentue encore les caresses, tout en la déshabillant lentement, effeuillant ses sous-vêtements avec délicatesse. Malgrè la pénombre, il admire les lignes harmonieuses de cette silhouette. N’y tenant plus, ses mains expertes explorent son bas-ventre et vont là où le plaisir sublime commence à s’ébaucher avec des gémissements à peine audibles mais de plus en plus longs. C’est l’acte sexuel qui ponctue ce ballet des deux corps dans une plénitude qui approche l’extase. Le lendemain matin, la laissant dormir, il se lève pour préparer le petit déjeuner. Il ne peut s’empêcher, avec le soleil levant qui parvient jusqu’au lit, d’admirer ce corps qui s’offre à sa vue, entièrement nu sur les draps et exposé sur le dos, les bras en croix, les jambes écartées. Cela lui fait penser au tableau de Gustave Courbet : « l’origine du monde ». C’est exactement la même pose : on admire les seins bien pointés et les cuisses largement ouvertes laissant une vue imprenable sur ses entre-cuisses et sa toison brune et abondante !

Ce qui fait plaisir à Antoine c’est que cette relation ne s’effiloche pas. Au contraire, elle est suivie. Se voyant régulièrement, les liens se renforcent, les deux êtres se complétant dans plusieurs domaines. Antoine, petit à petit, s’habitue à cette relation et sa philosophie amoureuse commence à changer, au grand dam de ses copains ! Gina s’arrange toujours pour lui consacrer deux ou trois soirées par semaine et quelques rares week-end, ses occupations professionnelles étant très accaparantes.

Implicitement, Antoine, pour la première fois avec une femme, agit comme s’il vivait déjà en couple. Dans une relation amoureuse, il faut tenir compte de l’affectif, mais aussi de plusieurs autres facteurs. Dans le cas présent, il est confronté à quelques soucis majeurs. D’abord, la différence d’âge.

Il y avait longtemps qu’Antoine, comme on le sait, célibataire endurci, n’avait pas connu de liaisons durables, tout au plus quelques mois, et encore chacun chez soi. Mais là, le problème à résoudre est le suivant : Gina n’a qu’une petite chambre de fonction à l’Hôtel. Aussi, dès qu’elle est libre, elle se rend chez son amant. Petit à petit, comme l’on dit vulgairement « elle s’est installée ! ». Cela veut dire qu’elle occupe, avec ses vêtements, des placards qu’Antoine lui a cédé gentiment. La salle de bain, quant à elle, est encombrée d’une foule de fioles diverses ! Il n’avait jamais vu çà ! Même la cuisine n’est plus comme avant ! des produits italiens ont envahi le réfrigérateur ou traînent sur les étagères ! Dans son for intérieur, il « rouspète » un peu, mais au fond est content du changement : une tornade inhabituelle est passée dans l’appartement ! Pour les années supplémentaires, cela peut encore s’arranger : coquet, beau garçon, sportif, il ne paraît pas son âge, et Gina est fière de sortir à son bras, n’ayant pas, comme beaucoup de femmes, le complexe de vivre avec quelqu’un de plus mûr ! Ensuite, rentier, il dispose de tout son temps, contrairement à sa compagne.

Cela décale toutes les tâches ménagères, inhérentes à la vie courante. Là, encore, cela ne le gêne pas trop de se substituer au rôle de la maîtresse de maison.Antoine est, depuis longtemps tout seul, sans aucune fratrie, à part quelques rares cousins, qui ne vivent pas dans la région. Gina, par contre, italienne et très attachée à la famille. Elle ne rêve que de l’emmener voir toute sa « tribu » à Ischia ! Cela gêne énormément Antoine car, conscient de sa démarche, il ne peut tout à fait y souscrire : présenté comme un prétendant sérieux, comment pourra-t-il lui donner une descendance ? Mais l’amour et l’attachement sont plus forts que tout : il accepte, au mois de juin suivant, de partir en voyage avec elle, dans cette belle province de l’Italie du Sud. Les deux amoureux prennent donc à Nice, un matin, assez tôt, huit heures, l’avion direct d’Alitalia qui les conduit à l’Aéroport de Naples.

Une surprise attend Gina dans l’avion. Au moment de s’asseoir, elle découvre, à côté d’elle, une amie qu’elle ne s’attendait pas à trouver là : c’est Christiane Domenici, très connue à Cannes dans les domaines de la danse et du sport : elle tient, en effet, une salle polyvalente de danse et de sport au boulevard Montfleury. Gina va y pratiquer la méthode Pilatès, très efficace pour la silhouette et la tenue du corps. Christiane est brésilienne, très mince, brune, ressemblant à une autre brésilienne : Christina Réali, elle aussi d’origine itallienne. Evidemment, comme toutes femmes, elles bavardent tout au long du parcours. Antoine apprendra, plus tard, qu’elle rejoint, régulièrement son fiancé, jeune chirurgien napolitain avec lequel elle va se marier prochainement, en grande pompe à Sao Paulo !

A part cela, voyage sans histoire, très court, un peu plus d’une heure . Par contre, le taxi qui les conduit à l’un des ports de Naples où les attend un bateau rapide, un « motoscafi ! », met assez de temps pour traverser la ville. Antoine le soupçonne de les « ballader » car, il averti Gina, avec son accent traînant de « Nabolidano ! », qu’il allait leur faire visiter sa bonne ville ! Gina lui répond, du tac au tac, qu’elle la connaît par cœur, mais il insiste, étant donné , il est dix heures, que le bateau ne partira qu’à onze heures trente !

De ce fait, toutes les ruelles étroites sont prises. Même, à un moment donné, devant un embouteillage monstre, comme connaît cette ville aux heures de pointe, avec concert de klaxons en plus ! il n’hésite pas à prendre un sens interdit ! A la remarque d’Antoine, il répond que c’est courant ici. D’ailleurs, cela s’avère exact : à deux encablures, donc, assez loin, on se trouve nez à nez avec un autre taxi. Ce dernier lui fait les appels de phare et se gare dans un tout petit espace pour les laisser passer ! Le prix de la course est relativement correct.
Gina lui laisse, de plus, un généreux pourboire. Du coup, ce tout petit bonhomme, sans qu’on le lui demande, porte les volumineux bagages de Gina, Antoine se contentant de son grand sac marin habituel, comme du temps de l’Armée !

Ischia est une île relativement moyenne. Avant elle, sur la pointe nord est, on trouve Procida, qui est minuscule et touche presque sa grande sœur. Elles se situent, toutes deux, légèrement en dehors de cette baie somptueuse. Par contre, la célèbre île de Capri se trouve bien plus au sud, presque en droite ligne de Naples. Mais, Gina est originaire d’Ischia et c’est leur destination terminale. Durant leur court voyage, pas tout à fait une heure, le bateau fait une escale à Capri. A l’intention des touristes, il se permet même d’aborder l’île par le côté est pour apercevoir, pas trop loin, la fameuse grotte.

Vers treize heures, ils accostent à Porto Ischia. Une autre escale se situe à Casamicciola. Ils passent au large de Lacco Améno, doublent le cap nord-ouest et se retrouvent enfin au terminus : Forio. Il est treize heures trente. Ils décident de déjeuner dans une petite trattoria du port. Leur poisson grillé avalé, ils prennent le taxi pour San’Angelo. La ballade est magnifique car, en plus de suivre la côte, la route serpente ensuite dans la montagne, avant de redescendre sur la côte sud. De Forio à la station thermale, Acque Termo Minéralé, c’est le bord de mer. Ensuite, par plusieurs lacets, c’est la corniche jusqu’à Serrara Fontana.
On redescend ensuite, plein sud jusqu’à San’Angelo.La particularité de ce petit port de pêche, devenu célèbre par la thalassothérapie pratiquée dans des hôtels de luxe, fréquentés par un clientèle venue du nord de l’Italie : Milan, Turin et aussi de la capitale, Rome, c’est qu’aucun véhicule ne peut y circuler. Le taxi les laisse au plus haut d’une côte, dans un grand parking où stationnent tous les véhicules.

Là, des petites voitures électriques vous attendent et vous prennent en charge pour vous redescendre, par une ruelle étroite, vers le nœud du village : une place avec quelques maisons, des restaurants et la plage.
Antoine y découvre un paradis : c’est féérique. Tout le monde se connaît, s’interpelle et malgrè l’étroitesse des lieux, les habitants sortent leurs chaises, des conversations s’engagent, interminables, jusqu’à très tard. Comme la rue est bordée de magasins divers, les commerçants vous laissent entrer dans leurs échoppes et vous payez en sortant : ils ne se dérangent même pas pour vérifier ce que vous avez pris ! On se croirait revenus deux siècles en arrière ! Le spectacle, depuis l’appartement des parents de Gina, c’est de se poster sur le balcon et de regarder, en bas, « la comédia del’arte ! » qui s’y déroule constamment. Gina est une bonne cicéronne ! En quelques jours, Antoine va apprécier les odeurs de la garrigue et les couleurs exceptionnelles des paysages, contraste frappant entre la mer et la montagne :D’abord, après Serrara Fontana, il faut prendre la route vers les cimes.

Au sommet du col dominant, avant la route, côté est qui redescend vers Ischia par Molara, on aperçoit, le Monté Trippodi, et surtout, au loin, le plus haut sommet de l’île, le Monté Epoméo, qui culmine à 787 mètres d’altitude. A partir de ce col, on s’aventure sur un petit chemin de terre qui vous emmène vers une vieille chapelle, presque en ruine : cette dernière est entourée d’oliviers.

A part le concert strident fait par le chœur des cigales, c’est le calme plat. On peut admirer, dans une légère brume de chaleur, le relief du continent, avec dans le creux de la baie, le scintillement des immeubles de Naples. Dans le fond, on devine Salerne, avec ses falaise abruptes et, au-delà, Positano et Amalfi. Quant on redescend vers Porto Ischia, on découvre une belle ville avec des magasins très bien achalandés. Antoine y choisit quelque chemises et un pantalon fantaisie. Le soir, sur la jetée, on distingue les lanternes des barques de pêcheurs, bercées par le chuintement des vaguelettes. Mais les restaurants sont pleins à craquer de touristes, friands de poissons grillés. Des musiciens donnent l’aubade sur les terrasses. Les chants napolitains, comme « O solé mio », fusent, accompa gnés en sourdine par les sons aigus des mandolines et des guitares.

Avant Serra Fontana, le chef lieu et San’Angelo, se trouve un village très pittoresque : Panza.
La bourgade se continue vers le littoral par la Cima, pour arriver sur la mer, à la grotte di Mavoné. Le ciel brille d’un éclat éblouissant, la mer est une merveille d’azur, surplombée par quelques roches rouges, caractéristiques du relief volcanique de l’île. On descend par une petite route à peine goudronnée, laissant apparaître, par endroits, des ornières encore pleines d’eau. A peine dépassé le village, se trouvent quelques maisonnettes de pêcheurs. On aperçoit, autour des masures, des jardins plantés de légumes, avec, entre les raies, quelques massifs de fleurs qui donnent un côté chatoyant au paysage. Plus loin, avant la plage où sont ancrés les barques pour la pêche, les arbres se clairsèment, laissant la place à une végétation de petits buissons. Tout au long de son séjour, Antoine put admirer la beauté insolente et sauvage de cet îlot. Pourtant, il connaissait la Corse, cette magnifique Ile de Beauté, pour avoir séjourné dans le camp d’entraînement de la Légion à Calvi.

Le chapelet des terres autour de la Baie de Naples, avait, en plus, une intensité de lumière, souvent exploitée par les peintres. On sentait que l’on s’approchait de la mer Egée et des îles grecques, car ces promontoires étaient encore plus brûlants et ensoleillés. En un mot, toute cette contrée de ce côté de la Méditerrannée avait une particularité bien spécifiques, à nulle autre pareille. Antoine put constater que les autochtones étaient particulièrement hospitaliers et avenants. Il parlait à peine l’italien, mais le comprenait mieux ( souvenir de la Légion, mosaïque de langues, où le français était obligatoire dans toutes les conversations. Mais on ne pouvait empêcher les hommes de se réunir par ethnies et parler leurs langues maternelles !). Il put rapidement correspondre et apprécier la gentillesse des gens abordés, surtout la famille de Gina.

A part Gabriellé, le « Dottoré » de Rome, qui venait tous les week-end en moto, étant cousin des Mattera, les autres étaient plutôt simples et besogneux. La plupart travaillaient dans les hôtels environnants,quelques-uns tenaient les boutiques ou les restaurants et les plages, autour du port. Adossé à une colline très verdoyante, San’Angelo ressemble à un village grec : les maisons, toutes blanches sont rassemblées autour de l’Eglise qui se détache par sa blancheur éclatante, surmontée d’un toit bleu.La famille de Gina l’accueillit avec chaleur, principalement son père et sa mère.

Dans la journée, c’était le « farnienté » à la plage, chez le cousin Fédérico. Le soir, c’était la tournée des bons restaurants. D’abord, l’incontournable « Pirate » : il vient lui-même vous servir l’apéritif avec un enchaînement de petits hors-d’œuvre de poissons, sorte de kémia des pieds-noirs ! C’est un véritable « loup de mer », avec sa tenue blanche, sa taïolle rouge, son bandeau noir sur ses cheveux, noués avec un katogan et sa grosse boucle d’oreille en or. Il y a aussi la « Vigna da Alberto » dans la montagne, après Serrara Fontana. Alberto ne reçoit que des amis, hôtes payants à sa table. Mais comme Gina lui envoie tous ses clients du Carlton, il sont reçus en seigneurs ! On ne commande jamais rien chez Alberto : sa femme fait la cuisine et lui son vin ! on mange et boit jusqu’à plus faim et plus soif pour un prix, d’ailleurs, très raisonnable. Il y a encore « le Neptune », dans le village : tenu par un cousin de Gina, le poisson y est excellent, grillé à point, avec des « contorno » typiquement napolitains.

Enfin, on ne peut se passer de faire la promenade en bateau jusqu’aux ruines de Pompéi. On doit aussi passer par Positano et Amalfi. Positano est la pointe de la mode en Italie. La ville est une succession de ruelles qu’il faut gravir : on ne s’aperçoit pas de la pente, tellement on rentre et sort d’échoppes, tant de chaussures que de vêtements. Gina s’empresse de faire emplette de parures très à la mode qui feront sensations à Cannes ! Une semaine passe vite et c’est bientôt le départ pour la pleine saison dans leur cité azuréenne.

Le train-train de la vie commune s’installe mais, en pleine saison, il est rare que Gina ait un week-end complet. Lorsque cela se produit Antoine l’emmène à Saint-Auban. Il y possède une petite «datcha ». Saint Auban, situé dans les Alpes-Maritimes, au plus haut du département, limitrophe avec les Alpes de Haute- Provence, est un canton de montagne. Après la route Napoléon, au Logis du Pin, il reste encore 15 kms de route sinueuse pour y parvenir. C’est le bout du monde et d’un calme absolu : la seule manifestation qui puisse déranger et qui fasse du bruit, c’est le Rallye de Monte-Carlo qui ne passe qu’un jour, fin janvier !

Là, Antoine a réparé une vieille bergerie, qu’il a transformée en modeste habitation : une salle commune, avec au fond une cheminée et, au-dessus, une chambre avec commodités. C’est simple mais habitable, d’autant que les murs, très épais, presque un mètre d’épaisseur de pierres, protègent du froid l’hiver. Il apprécie le calme et la proximité de la forêt : il peut se ressourcer et pratiquer, tout à loisir, la méditation zen ! Ce pied-à-terre se trouve, avant l’entrée du village, après l’embranchement qui conduit au Col de Bleyne. A un kilomètre de cette intersection, une petite montée se dirige vers un minuscule pâté de maisons, trois exactement. C’est un cul-de-sac, avec une placette où l’on ne peut garer que deux voitures maximum. Un lavoir décore l’endroit avec un bac supplémentaire où les bêtes, le soir, avant de rentrer à l’étable, viennent épancher leur soif. Les montagnes se détachent, au loin, dans l’azur du ciel : on se croirait dans le Tyrol. Dans le dernier virage avant le lavoir se situe une maisonnette, celle du facteur du village, Monsieur Davy. Après le lavoir, en contre-bas, une longue maisonnée appartenant à la famille Chiabaud où vit le seul exploitant agricole du coin .

Au fil des ans, ce dernier voyant Antoine travailler dur à la réparation de sa bicoque, des relations amicales se sont nouées entre eux. Cela n’a pas été facile, au début, car, les montagnards, qui ont une vie très rude, sont très méfiants envers les étrangers : ils les appellent d’ailleurs les intrus ! Mais Antoine sut amadouer son voisin : un jour il l’emmena à Cannes pour lui faire couper sa grosse tignasse et ses moustaches de sapeur. Depuis, ils étaient devenus copains et, de temps à autre, il lui prodiguait des conseils et l’aidait dans sa besogne, par exemple pour charrier des poutres avec sa jument ! D’autant que Monsieur Chiabaud était heureux de ces travaux : la maison, maintenant rénovée, insérée dans le long pâté de maisons lui appartenant, confortait la solidité générale.

Les liens s’étant encore resserrés ces dernières années, Antoine se permettait de lui téléphoner la veille de son arrivée : il trouvait ainsi un bon feu le lendemain soir. Monsieur Chiabaud, depuis la mort de sa mère, éternel célibataire, vivait seul. Il avait pourtant un frère qui habitait à Marseille. Sa belle-soeur venait passer les vacances d’été avec son fils. Là encore, Antoine avait fait la connaissance de ce jeune garçon. Ce dernier s’occupait des vaches avec son oncle mais, lorsqu’Antoine arrivait, il ne le quittait plus d’une semelle. Antoine n’avait pas eu d’enfant mais était captivé par leur intelligence naissante et leur capacité d’apprendre les choses de la vie, dites par des hommes d’expérience comme lui .

Aussi c’était un terreau tout neuf pour écouter ses histoires et sa conception du monde et des humains. Le soir tard, assis dans le pré, tous deux regardaient les étoiles, en silence.
D’autrefois, il lui énumérait les points spécifiques de sa philosophie personnelle, en les simplifiant toutefois pour un garçon de son âge.
Ce garçon était passionné et lui en demandait encore plus.
Il s’attachait surtout à lui dire qu’un homme doit toujours être franc et honnête et respectueux de la vérité. Il ne savait pas que l’élève dépasserait, un jour le maître !

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