dimanche 27 juillet 2008

CHAPITRE 1er : Le DEFFENDS ORIENTAL

CHAPITRE 1er : Le DEFFENDS ORIENTAL

Je m’appelle Antoine-Baptiste Chiabaud. Après avoir fait de solides études au Collège des Maristes à La Seyne-sur-Mer, dans le Var, je présentais mon concours à l’École de Médecine de Marseille. Reçu 133ème sur 160 admis, je mettais ensuite les bouchées doubles pour sortir dans les premiers et choisir une spécialité. “Potache” studieux, d’abord et “carabin” exemplaire ensuite ! La dernière année avant d’entrer comme interne à l’hôpital “La Timone” à Marseille, j’étais épuisé, après les examens. Je décidais donc d’aller un peu me reposer quelques semaines à la montagne, dans les Alpes-Maritimes, chez mon oncle. Mon père, André Chiabaud, était natif de Saint-Auban. Il avait un frère, René, célibataire, qui avait toujours vécu à la ferme familiale avec leur mère. Mon père, chirurgien-dentiste à Marseille, avait laissé la propriété familiale à son frère, étant donné qu’il s’était toujours occupé de leur mère, avec dévouement, jusqu’à sa mort.

Je débarquais donc, un jour, à Saint-Auban, avec ma petite voiture. C’était le 24 Juin 2013, le jour de la St Jean-Baptiste, presque ma fête. Dès ma plus tendre enfance, je me rappelais avec émotion de mon père. C’était un “papa-gâteau”, plein d’attentions pour moi et d’une gentillesse irréelle . Je ne pouvais partager ces joies avec aucun frère et sœur car j’étais fils unique. Mon père avait une vie sans histoire. Très apprécié dans sa profession, il avait un cabinet dentaire qui tournait bien. C’était le meilleur spécialiste des implants de Marseille. Nous étions donc à l’aise sur le plan financier et je n’avais aucun souci à me faire pour mes études. Mon père était prêt à me laisser faire toutes les spécialités qui me feraient envie et, s’il le fallait, tous les voyages à l’étranger que je désirerais pour me confronter à d’autres médecines ! Je pouvais donc envisager de poursuivre ma vie d’étudiant jusqu’à 30 ans passés. Mon père, André était adorable avec ma mère Monique. Cette dernière, bonne épouse, bonne mère était douce et agréable avec tout le monde. De plus, grande, jolie, blonde aux yeux très bleus, elle avait une classe toute naturelle et se faisait aimer de tous. Elle avait de nombreux amis avec lesquels elle faisait des parties acharnées de bridge.

Outre son intérieur, toujours impeccable, elle s’occupait des œuvres charitables de la Paroisse. Mon père était bon avec toutes les personnes du quartier. Il soignait souvent des patients gratuitement, surtout ceux de condition modeste et ne pouvant supporter financièrement des soins dentaires toujours onéreux et très peu pris en charge. Il disait toujours que, plus qu’une question d’esthétique, c’était avant tout une question d’hygiène stomacale. Comme il le rappelait souvent: “il faut être avant tout Humaniste “. D’ailleurs, j’avais appris qu’il était Franc-Maçon et même Vénérable-Maître de sa Loge. Il partait quelquefois, le soir. Une fois rentré de son cabinet, il s’habillait en costume sombre, chemise blanche, nœud papillon noir et chaussures vernies. Il avait toujours avec lui un gros sac de sport à la main. En plaisantant, il disait : “Ce sont mes décors! “. Quant à moi, né en 1990, le 7 janvier, j’étais un beau jeune homme de 23 ans. Grand, mais pas trop, 1m80, j’étais sportif et je pratiquais beaucoup tout ce qui avait trait à la mer, principalement la voile. J’étais même moniteur au club de Cassis. Assez athlétique, mais sans musculature excessive, je pesais 73 kilos. J’étais plutôt filiforme, avec de longues jambes musclées. Mes cheveux, toujours parfaitement coiffés, fins et souples, de couleur châtain foncé, faisaient quelques crans rebelles. Mon visage, au teint hâlé, était la caractéristique des gens qui vivent au grand air. Car, en plus de la voile et des sports de glisse sur l’eau, je m’adonnais, l’hiver à Pra-Loup, au ski alpin, principalement le hors-piste. Mes parents avaient, en effet, un petit chalet, tout en bois.

Maintenant qu’ils étaient plus âgés, ils ne faisaient plus de ski et donc n’y venaient plus souvent. Aussi, régulièrement, je montais avec une bande de copains, bons skieurs et c’étaient alors des week-end de rêve. Mon sourire dévoilait des dents très blanches et sans défaut - (mon père n’y était pas pour rien !) - Mais surtout, j’avais des yeux d’un bleu incroyable (ma mère n’y était pas pour rien !) d’un bleu de ciel de montagne, comme disait mon père. Ce bleu profond et très clair surprenait les gens à chaque regard. Il subjuguait les filles, surtout celles de la fac. Mais je n’avais pas de fiancée. Je préférais “batifoler” et passer de l’une à l’autre. Je ne buvais pas d’alcool, sauf rarement, principalement lorsqu’on organisait des soirées de potaches. Je ne fumais pas non plus : je voyais trop les dégâts que causait la cigarette, je pouvais le constater à l’hôpital, lorsque nous faisions les visites avec le “Patron”. Donc, le 24 Juin de l’année 2013, je me décidais à partir à la montagne, chez mon oncle René, à St-Auban. En démarrant un peu tôt de Marseille, je serais pour le déjeuner à mon point de chute, sans me presser. Il y a moins de 200 kms. Je prenais l’autoroute jusqu’à l’embranchement de Cannes-Mougins. Là, je montais par la “pénétrante” jusqu’à Grasse. J’aimais bien rejoindre St Vallier-de-Thiey par Cabris.

La route, un peu sinueuse, est très jolie. On voit un magnifique panorama. On peut apercevoir, au loin, la mer Méditerranée, les deux iles de Lérins et le massif de l’Estérel.Après St-Vallier, il y a à peine ¾ d’heure de route. La Nationale est belle jusqu’au Logis-du-Pin : c’est la Route Napoléon. Jusqu’à St-Auban, il y a encore 15 kms, faits de nombreux lacets. Cette route est empruntée, chaque année en janvier par le Rallye de Monte­Carlo. J’étais de bonne humeur en arrivant dans la plaine de St-Auban, vers 11 heures. Je décidais même de faire un tour jusqu’au petit lac où, enfant, j’allais pêcher les truites. Je flânais un peu le long des berges pour regarder les poissons bondir après les libellules, mais c’était encore trop tôt. Je me déterminais alors à ne pas aller déranger mon oncle. De toutes façons il prenait son repas, très frugal, assez tard, étant donné qu’il devait, sur son tracteur, être dans les champs pour couper les foins. Je savais pertinemment que c’était le moment, car, tout jeune, armé d’une fourche, je l’aidais. Pourquoi alors ne pas aller au village ? Cela me rappellerait de bons souvenirs de jeunesse. Sur la place,les garçons, dont je faisais partie, se réunissaient souvent avec les filles, pour des discussions interminables. Des couples se formaient ainsi quelquefois.

Cela ne durait d’ailleurs que la saison d’été ! J’allais donc, de ce pas, monter au bourg principal. Sur la place, près de l’abreuvoir, il y a la mairie. Trois pâtés de maisons plus loin, dans un dédale de petites rues au sol empierré, se trouve l’hôtel-restaurant du “Tracastel”. Je me dirigeais vers cet établissement. J’arrivais au moment de l’apéritif. J’étais ébloui par le beau soleil, déjà chaud, qui baignait le village. En entrant, je fus surpris par la pénombre. Par rapport à l’extérieur, la pièce était sombre, comme les estaminets d’autrefois. La salle était joliment décorée à l’ancienne : on se serait cru revenu au temps des troubadours. J’apercevais à peine, assis sur un tabouret, une masse trapue, qui sirotait un pastis. Dans la salle, il y avait peu de monde. Je remarquais, d’entrée, un couple attablé. Je reconnus bientôt au comptoir “Pierrot” Colmar, un voisin de mon oncle. Au premier abord, mon visage ne lui rappela rien, car mon absence au village avait été longue. La dernière visite devait remonter à la mort de ma grand-mère, il y avait trois ou quatre ans. Je m’approchais et demandais aussi un apéritif car la route m’avait assoiffé. Pierrot m’aperçut et nous engagèrent un banal dialogue sur les ”ragots” du coin. Il ne m’apprit rien de bien nouveau sur la contrée que je ne sache déjà par mon oncle. J’entrais aussi en conversation avec le patron, auquel je demandais si je pouvais déjeuner. Pierrot partit presque aussitôt, car il devait relever sa mère, qui gardait le troupeau de moutons familial, sur les flancs de la montagne, au-dessus de leur ferme, située légèrement en contrebas de celle de mon oncle. Mais avant, il me présenta au couple assis à une table et qui déjeunait.- “Tiens, Antoine-Baptiste, je te présente le receveur des Postes, Honoré Camatta. Et notre institutrice, Mademoiselle Sylvie Richelmi.” Après les présentations faites, je m’installais à une table pas très éloignée de la leur. Je décidais de ne prendre que le plat du jour car je savais que le soir, mon oncle mettrait les petits plats dans les grands ! Le patron, dans sa jeunesse, avait été “gaucho” en Argentine.

Il avait rapporté une recette de “Chili con carne” qu’il mitonnait lui-même. En guise de régime, je fis un véritable festin ! Mes voisins m’observaient avec attention. Le receveur me demanda : “Est-ce que vous appréciez, jeune homme ?“. Il est vrai qu’à mon âge, on ne m’aurait donné pas plus de 18 ans !“ Comme vous, puisque je vois que vous dégustez le même plat ! “. La conversation s’engagea alors : Je leur répondis, qu’en guise de “jeune homme”! , j’avais fini mes études de médecine, et qu’en septembre, je commencerai comme interne à la Timone, hôpital de Marseille, dans un service de médecine générale.

La jeune femme s’empressa de me demander :“Docteur, j’ai de tous petits problèmes de santé. Comme le médecin cantonal est absent en ce moment, pourriez-vous m’accorder une consultation, dès que possible ?” “Chère Mademoiselle, je n’ai pas encore le droit d’exercer, avant mon internat. De toutes façons, je suis en vacances chez mon oncle, René Chiabaud, pour un bon moment. Cependant, j’accepterai volontiers, au cours d’une conversation, de vous orienter, quand vous m'aurez décrit les symptômes. “Avec plaisir. Voulez-vous passer en début de soirée à l’école où je loge. C’est bientôt les grandes vacances et nous allons mettre la clé sous la porte. “Je passerai sûrement ce soir, après avoir déposé mes bagages à la ferme, aux Deffends, je pense vers 17 heures ? “. ( Antoine réfléchit alors et pensa devoir décommander le dîner avec son oncle !). Cela eut l’air de lui convenir. Sylvie Richelmi (puisque Pierrot me l’avait présentée ainsi !) avait dans les 23 ans, pas plus de 25 en tous les cas. Elle était très jolie : elle avait des cheveux resplendissants, d’une teinte auburn éclatante.

Son visage était ravissant mais sa bouche large et sensuelle était frappante : ses lèvres rouges, pourtant naturelles, ressemblaient plutôt à celles siliconées des superbes artistes d’Hollywood. Ses dents étaient régulières et éclatantes de blancheur. Mais, ses yeux dépassaient tout : ils étaient d’un vert brillant et très clair. Ils contrastaient avec son opulente chevelure longue. Son corps était très bien équilibré : assez grande (1m70), avec de belles jambes musclées ; on sentait qu’elle était très sportive. Elle avait aussi une taille très marquée. En face d’elle, le receveur, Henri Camatta. Il semblait être quadragénaire. Ce n’était pas un adonis : il ressemblait à l’acteur Yul Brynner, de l’autre siècle, avec son crâne rasé. Très bronzé, assez grand, ses yeux avait une couleur bleue délavée et sa figure était encombrée d’un grand nez, un peu aplati. Mais on sentait, à son regard énamouré, qu’il était épris de Sylvie. Y avait-il quelque chose entre eux ? Je ne le pensais pas, mais je ne pouvais le jurer, à première vue. De ce que j’avais vu, au cours du repas, dans leur conversation que j’avais très bien saisie, c’était juste deux fonctionnaires célibataires et seuls dans le village qui prenaient le repas de midi ensemble ! Sylvie n’avait pas un comportement de femme éprise ou aimante.

J’en saurais plus, bientôt, en allant la voir. J’arrivais donc vers 15 heures chez mon oncle. Je savais que c’était la bonne heure. Après un repas rapide vers 13 heures, il avait l’habitude de siroter son café et de boire un coup de gnole, avant d’aller se reposer pour une petite sieste, traditionnelle en Provence. D’ailleurs, fin juin, c’était le moment des foins et il faisait trop chaud pour reprendre le travail au zénith du soleil. Se réveillant vers 15 heures, je savais que je le surprendrais, avant qu’il n’aille à nouveau reprendre sa besogne. Pour descendre du village, on passe par la plaine, devant la ferme Bonome, où l’on va toujours chercher le lait frais, les œufs et les légumes “bio”. Un peu plus loin, arrivé au carrefour qui se dirige vers le lac, on prend la route du col de Bleyne et des villages du Mas et d’Aiglun. Je n’allais pas jusque là. Je n’allais d’ailleurs plus très loin : à environ 500 mètres, après avoir passé la ferme de Pierrot, que j’avais rencontré au Tracastel, il y a un virage à angle droit.

C’est d’ailleurs, au moment du Rallye Automobile de Monte-Carlo, le poste fixe pour changer de pneumatiques. Cette compétition se déroule en janvier et il est nécessaire de mettre les pneus cloutés pour escalader la pente raide du col de Bleyne, toujours enneigé sur sa face nord. C’est à cet endroit que l’on monte vers le Deffends Oriental, là où commence mon histoire. Pourquoi cette appellation des Deffends ? On la retrouve souvent en Provence, car, au Moyen-Age et même avant, les hordes de soldats, brigands et maures qui battaient la campagne pour piller et massacrer les paysans, avaient l’habitude de razzier le Haut-Pays. Ils s’organisaient donc, se transmettaient des informations prévenant ces hordes. Ils faisaient sonner le tocsin et rassemblaient tout le monde au château : Deffends ou “défensière” en patois voulait dire “défense du bourg“, du côté oriental. C’était le premier bastion. Je montais donc, à gauche dans ce virage, une petite pente qui arrivait, en cul-de-sac, au hameau supérieur. Là, il y avait, de part et d’autres de l’abreuvoir pour faire boire les bêtes, à gauche, une grande maison et ses dépendances. C’est la propriété, modeste certes, du facteur du village, Albert Davy. Sur la droite, vers l’est, une grande et longue bâtisse, domaine des Chiabaud.

La première maison est celle de mon oncle. Assez coquette, de deux étages, les écuries se situant en dessous. A la suite, deux immenses granges qui servent à entreposer le foin pour l’hiver. Sur le chemin du dessous, qui permet d’accéder aux écuries, on arrive au bout du bâtiment. A cet endroit, se situe une petite maisonnette, assez originale, toute en bois dans la partie supérieure : on dirait un petit chalet savoyard. Comme je l’ai expliqué, mon père a tout laissé à son frère, mais, ce dernier, nous réserve cette petite maison indépendante pour, éventuellement, passer des vacances. C’est donc là que je résiderai, tout heureux d’être seul, au calme. J’arrivais donc à 15 heures. Je tapais à la porte. L’oncle René savait que c’était moi, averti par ma mère le matin même. Il avait fait un effort : bien rasé, sans son béret crasseux habituel, il m’accueillit avec des vêtements propres : une chemise rayée à grosses côtes, comme un "cow-boy” et un “jean” flambant neuf. J’étais heureux de le retrouver car c’était un homme simple mais bon, sans jamais aucune histoire avec ses voisins. Outre le père Davy, veuf, qui vivait seul et Pierrot et sa mère, dont la ferme était un peu plus avant, au bas de la côte, il y avait, dans le plan intermédiaire, une coquette maison, habitée par François Bonamy qui avait perdu récemment sa mère. C’était, lui aussi, un vieux célibataire endurci. On le surnommait “Mistral” car il pouvait être, comme le vent, froid et violent. Garçon d’une soixantaine d’années, du fait d’être célibataire, il était resté jeune d’allure et, contrairement aux autres hommes du hameau, toujours tiré à quatre épingles. Intelligent et instruit , c’était le correspondant de Nice-Matin et ses reportages étaient toujours très documentés et plein d’humour. Il était assez aisé et allait souvent à la ville la plus proche, Castellane. Il faisait la fête avec les copains et allait souvent voir les filles : il avait la réputation d’un homme aimant la belle vie, alors que les gens du coin étaient, bien que riches, assez avares. C’était son côté sympathique et j’aimais m’arrêter chez lui discuter de tout, notamment de politique. Il était aussi président de la Société de Chasse de St-Auban et l’hiver, organisait dans le coin toutes les battues de sangliers.

Mon oncle, contrairement à son frère, était plutôt petit et râblé. André, de sept ans son aîné, était grand, athlétique, blond, les yeux bleus. René, quant à lui, était noiraud de peau, des cheveux noirs, les yeux ronds très foncés avec une chevelure très abondante, toute hirsute, qu’il cachait bien sous son béret. Mon père ressemblait à son père et René à sa mère.Depuis sa mort, célibataire endurci, René avaient eu trés peu d’aventures, peut-être seulement avec quelques fermières de la région. Ces dernières ne voulant surtout pas se marier avec un paysan.Il avait donc reporté toute son affection sur sa jument “Poule”. Elle était maintenant assez âgée, mais lui avait rendu d’énormes services pour son travail agricole. Il avait longtemps labouré avec un vieux socle de charrue attelé derrière sa grosse jument.

Maintenant, comme tous les agriculteurs du haut-pays, il n’y avait que la rentabilité qui comptait. La plupart, comme mon oncle, était équipé de gros tracteurs "Caterpillar", car toutes les restanques étaient en hauteur.La principale culture dans toute la vallée était la pomme de terre dite de “Manosque”. Elle ne valait évidemment pas la qualité de celle de Noirmoutier mais elle était quand-même excellente. Pourtant les grossistes la vendait bien et mon oncle cédait sa production, d’une année sur l’autre, sur pied. C’était la principale ressource du coin et tous les paysans étaient à l’aise, du fait qu’ils produisaient de gros tonnages. Au Deffends, seul Pierrot Colmar était en plus, éleveur de moutons. Il vendait son bétail aux abattoirs de Nice, celui de Puget-Théniers étant fermé depuis longtemps.En plus mon oncle était connu pour sa production de myrtilles, fraises des bois et surtout framboises cultivées sous serre. Là encore, toute sa récolte était achetée par l’Hôtel Carlton de Cannes qui servait des fruits frais et surtout des flûtes de champagne aux framboises écrasées.Évidemment, mon oncle coupait les foins au début de l’été, afin de nourrir Poule.Ma famille avait peut être des origines nobles : mon oncle gardait toujours dans la salle à manger, un vieux tableau poussiéreux représentant des armoiries notées Chiabaud de Mallamaire.En effet, pas très loin de St-Auban, un peu après le Logis du Pin, sur la route Napoléon, il y avait un petit bourg nommé Mallamaire. Ce dernier, était rehaussé d’un petit lac, situé au fond des prés, en bordure de la forêt. Il n’était pas très grand mais avait, en son centre, un îlot flanqué d’une petite construction.

Or, sur le blason de la famille, ily avait la même représentation.Dans la grange de Poule, au fond, il y avait une calèche faite pour être attelée. Elle m’avait toujours intrigué. Je posais donc la question à mon oncle. Pour quelle raison gardait-il cette antiquité d’un autre âge ? Il me répondit, qu’appartenant à son voisin, Monsieur Valentin, mort depuis, elle avait servi dans le film qu’avait tourné le metteur en scène René Clément dans la région en 1951. Elle était toujours très jolie et bien conservée malgré son âge : blanche et verte, toute travaillée, avec des ciselures croisées sur les côtés. C’était donc la carriole sur laquelle étaient installés pour se promener, les deux enfants du film “Jeux interdits”, qui se nommaient Brigitte Fossey et Pouloudji. Ce film, dans le temps, avait eu beaucoup de succès.L’appartement dans lequel je vivais, était situé, comme je l’ai dit plus haut, au bout du bâtiment, après la principale maison et les granges. Mon oncle l’avait gardé et conservé pour son frère, qui avait bien voulu tout lui laisser.

Il l’entretenait avec un soin tout particulier et faisait même quelquefois le ménage, car nous y avions laissé quelques meubles de valeur. Donc, à l’est du bâtiment, on pénétrait dans ce grand chalet en bois par un escalier de sept marches qui donnait sur un perron. Comme à la montagne, une première porte servait de sas, avant d’entrer dans la maison par une seconde porte vitrée. Le sol était en beau plancher ciré. Une grande pièce servait de salle à manger avec, au centre une longue et majestueuse table en bois taillée grossièrement, ayant des bancs autour. Cette pièce avait, dans le fond , une cheminée où, au-dessus, était sculptées les armoiries de la famille. Au nord, se trouvait une petite cuisine avec un grand fourneau à bois et un réchaud électrique. Il y avait aussi deux chambres spacieuses qui donnaient sur le sud avec vue sur le grand pré de la propriété. Une de celles-ci, la plus grande, pour mes parents et la mienne, coquette mais plus petite. Un cabinet de toilettes avec douche terminait cet ensemble sobre mais confortable.Souvent mon oncle m’amenait, quand j’étais petit, au col de Lescuissier qui dominait le Deffends Supérieur où nous habitions. Lescuissier était une déformation provençale et locale de l’Écuyer. Sur la carte de la région, le Pas de l’Écuyer culminait à 1300 mètres alors que nos habitations se situaient à 1150 mètres.

Un petit chemin de terre y conduisait. Les hommes de la commune qui participaient aux battues de sangliers, dont mon oncle, l’empruntaient même l’hiver sous la neige, sous la direction de “Mistral”. En effet, il y avait beaucoup de ces prédateurs qui, au moment des grands froids, descendaient en horde, pour se nourrir, dans les champs de pommes de terre situés dans la plaine en dessous.Ce chemin, à peine large d’un mètre, ne pouvait servir qu’aux paysans, aux chasseurs ou aux randonneurs. Il serpentait d’abord à travers quelques champs de patates situés sur des restanques, puis dans une jolie forêt de hêtres et pins où l’on trouvait d’ailleurs beaucoup de champignons: sanguins surtout mais girolles au printemps et cèpes ensuite après les grandes pluies de fin août.Enfin, on arrivait au pied du col mais devant une barrière de grands buis. Il fallait connaître la faille entre eux pour pouvoir, en quelques mètres se retrouver au sommet, sur un plateau dominant, au sud la plaine des Deffends, avec, au loin, le col de Bleyne séparant notre vallée de celle de Thorenc. Mais surtout à l’est on trouvait un chemin qui serpentait en une longue pente vers le mont dominant la vallée : Harpille, le plus haut sommet du coin, culminant à 1686 mètres. Au nord, on apercevait l’autre vallée, avec, blotti au fond des gorges, un village, Briançonnet qui était particulièrement pittoresque et où je descendais quelquefois par le petit sentier qui prenait naissance à cet endroit.À propos de cette faille, mon oncle m’avait raconté, qu’au cours de la dernière guerre mondiale, les résistants du coin avaient installé là un maquis. Grâce à ce miracle de la nature, les Allemands n’avaient jamais pu les trouver.J’avais donc dit à Sylvie, l’institutrice, que je me rendrais à l’école le soir même pour écouter ses “doléances médicales !“.

D’un tempérament très intuitif je supposais déjà qu’elle voulait plus qu’une consultation médicale ! Mais on verrait bientôt tout cela. Après un brin de toilettes, je m’habillais avec recherche, sans toutefois forcer, me rappelant que j’étais dans un petit village provençal et non sur la Canebière !A dix sept heures précises, je me pointais à la sortie de l’école. Comme les enfants sortaient à seize heures trente, je savais que nous serions tranquilles. Je la trouvais m’attendant, semble-t-il, avec impatience :- “Alors, Mademoiselle, qu’attendez-vous d’un futur médecin ?”- “Je vous en prie, appelez-moi Sylvie”Je compris très vite, à l’examen de son thorax découvert, que ses douleurs intercostales dont elle se plaignait, n’étaient pas très fortes. Je soupçonnais même que c’était plutôt son cœur qui battait un peu fort pour un jeune homme qui arrivait de la ville.Je lui dis donc que cela serait plus agréable pour tous deux, de converser de sa situation personnelle au cours d’un repas, ce qu’elle s’empressa d’accepter.Je l’emmenais donc à l’Auberge de la Clue, au bas de St Auban, à l’entrée du village, à l’orifice des gorges qui permettent de rejoindre Briançonnet.

De là, une petite route sinueuse et très étroite relie l’autre vallée, vers le nord.A l’auberge, chez la mère Mouska, on y dînait très bien pour un prix raisonnable. Le soir, en été, on pouvait s’installer sur la terrasse dominant les gorges. Elle était éclairée par de petites guirlandes multicolores à peine scintillantes, de manière que les couples qui le désiraient puissent trouver quelques coins dans la pénombre. Déjà, cela créait une ambiance coquine. Évidemment, je cherchais le coin le plus sombre.En arrivant, je commandais deux américanos, ce qui nous donnerait, j’en étais certain, une légère euphorie et beaucoup de complicité.Sylvie ne se fit pas prier pour le boire, accompagnés de quelques champignons sanguins, du cru, marinés dans l’huile d’olive et des herbes de Provence. La mère Mouska, fine cuisinière, avait des spécialités connues de toute la région : champignons qu’elle ramassait elle-même - l’hiver on se régalait à sa table d’un civet de marcassin à la chasseur – à Noël, c’était son fameux foie gras de canard aux truffes noires d’Aups. Mais sa spécialité était la brouillade aux truffes et aussi les truites aux amandes qu’elle pêchait dans son vivier au moment de passer à table. C’est d’ailleurs ce que je commandais.Nous nous précipitâmes sur ces plats avec un bon appétit. J’avais accompagné ces mets d’un vin de côteaux de Pierrevert : un petit rosé fruité excellent et surtout bien glacé. Je n'hésitais pas à commander deux bouteilles pour mettre Sylvie en conditon. Arrivés au dessert, nous n’en pouvions plus. Néanmoins, on eut encore la place pour ingurgiter deux crèmes brûlées faites maison, un café et un bon verre - offert - de liqueur locale de Génépi pour chacun de nous.Sylvie était tout à fait au point pour se laisser prendre la main et me laisser roucouler des mots tendres qui n’avaient rien de “médicaux”, dans ce coin sombre de la terrasse.

Elle avait, je crois, déjà oublié la raison de notre entrevue à l’école. Tout au moins, elle sentait, avec son intuition féminine, et le désirant elle-même, que j’étais mûr pour l’aider à commencer avec bonheur ses vacances, qui allaient bientôt arriver.En sortant de l’auberge, je l’embrassais tendrement dans le cou et lui proposais de venir prendre un dernier verre dans mon petit chalet. Elle ne me répondit même pas et s’assit prestement dans ma voiture pour terminer une soirée qui avait si bien commencée.Arrivés chez moi, je lui fis faire le tour du propriétaire, tout en lui demandant de ne pas faire trop de bruit, afin de ne pas réveiller mon oncle qui dormait à l’autre bout de la bâtisse.Je crois que nous n’avons jamais pris ce dernier verre car nous n’en eûmes pas le temps.Je me fis, alors, très amoureux, me serrais contre elle et commençais lentement et superficiellement mais longuement, à l’embrasser partout où je trouvais sa chair nue sous mes lèvres. Elle me rendit ces baisers en me prenant ma bouche et en s’attardant avec sa langue, au fond de mon palais.

Comme je l’ai dit, c’était une réelle beauté et je commençais à m’exciter. Quant à elle, tout son corps ressentait mes ardeurs et ses joues s’empourpraient. Pour me répondre, elle caressait lentement mes cheveux derrière la nuque avec une main très douce.- “Je te veux “, murmura Sylvie d’une voix rauque.- “Tu sais, j’attendais ce moment depuis tout à l’heure, lorsque je t’ai vue au restaurant !” lui répondis-je.Elle me dit encore: “J’aime te toucher sur tout ton corps, particulièrement en dessous du nombril. Je sens alors ta virilité monter et je désire que tu me pénètres ! “.Je la fis quand même attendre et un jeu sensuel très subtil commença entre nous.

Elle s’assit sur le rebord du lit et m’attira contre elle, tout en ouvrant légèrement ses cuisses. Je la caressais avec amour en commençant par ses longs cheveux. Elle avait mis ses mains derrière la nuque et s’abandonnait, petit à petit, tout en s’allongeant totalement sur le lit. Délicatement, elle me donnait des petits coups de langue sur le visage : elle me léchait comme si j’avais été un petit cabri ! Elle riait et, me regardant, me disait que mon visage avait le goût du sel.Je me serrais encore plus fort contre elle. Sylvie commença à émettre de petits gémissements de plus en plus sourds et longs.En même temps que je la déshabillais, ma langue lui donnait des petites caresses partout, surtout en s’attardant sur la pointes des seins.Je remontais alors jusqu’à ses lèvres et l’embrassais goulûment.

Tandis que je continuais lentement à ôter sa robe, je découvris carrément la totalité de ses seins : j’y plongeais mon visage pour fureter, tout en admirant ses rondeurs très ferme. Subrepticement, je continuais à faire glisser sa robe le long de ses hanches : la ligne de ces dernières était parfaite, tout en contraste avec la longueur fuselée des jambes.Je percevais maintenant son jolie petit ventre tendu, je tâtais son nombril et sentis alors sous mes doigts, en dessous, ce qui devait être sa toison. Elle était là, très fournie et lui cachant son bien suprême : deux lèvres prêtes à l’emploi, sécrétant un baume qui avait une odeur de parfum de nard.Tout en me maintenant sur elle, je poussais au loin, avec mes pieds ce léger tissu qui lui servait d’habit afin qu’elle soit totalement dévoilée : le spectacle était charmant d’un corps presque laiteux sur un plaid aux couleurs vives.Je sentis que sa toison bien épaisse cachait un pubis tendu et plein de désir.Je commençais à le fouiller avec une main experte et tout était, à l’intérieur, comme un voile léger qui devenait humide : cela devenait agréable au toucher.Je caressais encore le haut de ses cuisses et remontais lentement jusqu’à son bas-ventre.

A ce moment, je pris, avec mes deux mains, ses deux petites fesses en forme de poires, pour les presser contre mon corps.Je me débarrassais du peu de sous-vêtement qui me restait. Les sexes furent alors en contact . Là, la symbiose s’accomplit lorsque les corps fusionnèrent. Dès cet instant,elle commença à gémir et le râle se fit de plus en plus fort.Après un long travail de ma part,dans son intimité, ce fut un orgasme réciproque et simultané qui nous laissa pantois tous deux.Cette idylle dura presque deux semaines.

L’école n’était pas encore tout à fait finie et, les élèves une fois en vacances, elle devrait tout laisser en ordre, prêt pour l’année prochaine. Sylvie était seule institutrice pour donner des cours à trois classes élémentaires, comprenant près de 25 élèves.Donc, vers mi-juillet, elle partirait rejoindre ses parents pour quelques jours et repasserait à St-Auban pour me voir quelques temps avant d’aller assumer la direction d’une colonie de vacances au mois d’août près de Gap.Elle m’avait promis qu’elle m’enverrait une carte postale de chez ses parents. Non seulement je ne reçus pas de carte mais elle ne repassa pas par le village. Cependant, début août, je trouvais dans ma boîte aux lettres, une missive venant de Gap où elle m’expliquait les conditions agréable de sa mission : enfants on ne peut plus gentils et collègues - la plupart des hommes - qui l’invitaient souvent à aller danser.Je sus alors que notre aventure était terminée. Comme elle ne m’avait pas donné d’adresse précise, je ne pus même pas lui répondre.J’aidais donc mon oncle à ramasser les foins dans la journée. Le soir, fourbu, je n’avais même pas envie d’aller au village rejoindre des jeunes de mon âge, que j’avais connu en vacances lorsque nous étions enfants.Il m’arrivait de m’étendre dans le pré devant le chalet, pour contempler les astres et surprendre les étoiles filantes, très importantes à cette époque de l’année.

Les cieux, en été, dans la montagne, sont d’une pureté inégalable.Tout en regardant les étoiles sur ma tête, je pensais au “Petit Prince” d’Antoine de St-Exupéry.Je connaissais, grâce à mon père, les textes philosophiques connus et en particulier ceux traitant d’ésotérisme. Donc, je revoyais, phrase par phrase, la synthèse qui se dégageait de ce texte.En fait, Saint Exupéry, dans cette histoire qu’il fallait lire au second degré, était allé à la rencontre de lui-même, pour découvrir ce trésor que nous possédons tous : l’intériorité.Évidemment, assez croyant, j’étais attiré par cette manière de voir les choses, c’est-à-dire ne pas être trop matérialiste et mettre toujours une touche de spiritualité dans la vie quotidienne. Comme je l’ai dit, au début, nos visites matinales avec le “patron”, nous faisaient toucher du doigt la misère humaine. Un toubib qui fait le serment d’Hippocrate, doit, avant tout, avoir de la compassion pour l’autre.L’auteur du “Petit Prince”, à travers ces lignes, me semblait le plus en phase avec cette réalité de la vie : lui, aviateur dans la postale et disparu dans les cieux au cours de la seconde guerre mondiale, était devenu, par la force des choses, un “extra-terrestre” habitant une autre planète et, peut-être, nous observant de là-haut !N’a-t-il pas dit : L’essentiel est invisible pour les yeux : il faut le regarder avec le cœur.

Quoi de plus simple que de dessiner un mouton ? Et pourtant dans le désert lorsqu’il rencontre une “autre lumière” au cœur sensible, prêt à s’évaporer dans “l’invisible” pour des rencontres singulières, vers d’autres planètes ? : il comprend alors le message divin. Mais là, comme sur terre, il trouve des êtres seulement préoccupés par leur “ego” et leur promotion dans la vie sociale.Après bien des péripéties dans l’Univers des planètes, le Petit Prince comprendra l’importance de l’Amour. Tout va le conduire à l’intuitivité, à la sensibilité, à la pureté des actes gratuits.Une à une, toutes ses “étoiles de foi en l’être” peuvent s’allumer dans un Cosmos d’Amour.Il comprend qu’il faut se dévouer pour le prochain. La vision du “cœur de l’homme” devient évidente et créera, sans doute, des rapprochements dans le silence, dans la méditation. C’est ce que le Petit Prince a découvert dans cette étendue désertique.Cette manne intérieure doit nous transcender et guider notre vie intime.

On ne s’accomplira véritablement que dans le dévouement pour les grandes causes de l’humanité entière.Voilà ce que je comprenais en regardant les cieux et en me remémorant les belles lignes de ce conte pour enfants, qui cachait, en fait, l’essentiel d’une vie d’homme.Plus que jamais, je désirais être Médecin du Monde pour une meilleure approche des soins à dispenser aux plus pauvres de cette planète.Comme l’avait dit si bien St Augustin: “Aime et fais ce que tu voudras ! “.Après cette première aventure imagée en termes érotiques, je crois que cela fait du bien de prendre un peu de recul et de contempler cette immensité au-dessus de nos têtes.
Voir en grandeur nature cette voûte étoilée et peut-être s’imaginer au lointain le Créateur ! cela nous fait comprendre que l’Amour peut aussi sublimer notre âme!

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