dimanche 27 juillet 2008
Templiers Andy
Je me présente: André BARELLO et mon pseudonyme est "andy".
J'ai fait des recherches pendant de nombreuses années sur les templiers de Haute Provence.
En effet, prés de Tourtour (Var), où j'habite l'été, on découvre un site étonnant, connu de tous ceux qui s'intéressent à l' Esotérisme et à l'Histoire Médiévale: TRIGANCE.
J'y ai découvert un château: VALCROS et j'ai réussi à percer son mystère.
Voici donc ci-après, cet histoire romancée: "Une Légende du Haut-Pays".
Vous pourrez le lire en ligne.
Je l'ai par ailleurs fait imprimer avec, comme illustration, plusieurs dessins et planches.
Si vous êtes intéressé, vous pourrez le commander sur mon e-mail: prix dix euros + port.
De plus, j'ai déjà publié un premier roman, presque autobiographique, paru en 1995, aux éditions du Prieuré.
Je conserve encore quelques exemplaires, prix quinze euros + port.
C'est l'histoire d'un jeune engagé dans la Légion Etrangère sur la période de 1950 à 55, qui "baroude" en Indochine et en Algérie.
Là encore, on y trouve une partie philosophique et ésotérique.
Son titre : "Antoine, Soldat ou Ermite".
Une Légende du Haut-Pays - NOUVELLE FANTASTIQUE et TEMPLIÈRE
Une Légende du Haut-Pays
AVERTISSEMENT :
Cette histoire, un peu romancée, est vraie.
Sauf les personnages dont les noms sont différents, les lieux sont exacts.
La date, aussi, est considérablement avancée dans le temps.
Les recherches ont été effectuées dès 1975 et continuées au château de Valcros , à Trigance, jusqu’en 2000.
NOUVELLE FANTASTIQUE et TEMPLIÈRE
Une Légende du Haut-Pays
- Avant-Prologue : Où Antoine réapparaît
- Prologue
- Chapitre 1er : Le Deffends Oriental
- Chapitre 2 : Antoine-Baptiste et les transhumants
- Chapitre 3 : Baphomet
- Épilogue
AVANT-PROLOGUE - Où Antoine réapparaît :
1ére Partie :
Des Nouvelles d’AntoineAntoine Bondy ? Vous rappelez-vous de ses aventures ?
Vaillant soldat en Indochine et en Algérie, son cœur avait toujours battu pour l’Amour (avec un grand A !) et non pour la guerre et la mort donnée par l’Homme. A tel point que, volontaire, il s’était engagé dans la Légion Etrangère par amour pour la France, lui, petit fils d’immigrés ayant aimé leur nouvelle patrie.
En effet, dès leur arrivée, ces étrangers qui avaient été accueillis à bras ouvert comme travailleurs, sans causer de problèmes, restaient à leur place et respectaient les lois de la République laïque. Son père lui avait transmis cette foi en la France, « terre d’accueil » et, bien qu’il se souviendrait toujours de son pays d’origine, il conservait, néanmoins, certaines coutumes et croyances ancestrales.
Elevé dans cet esprit, Antoine voulait porter avec fierté au-delà des frontières les vrais valeurs républicaines et sociales ancrées dans l’esprit de la nation. A la veille de ses vingt ans, après une solide formation de commando, il allait voguer vers les lointains rivages de l’Indochine. A ces valeurs, allait encore s’ajouter, sur le terrain de ce beau pays, une dimension philosophique et cultuelle qui le marquerait jusqu’à la fin de ses jours. Rappellez-vous les féroces combats auxquels il avait participé ?
C’était, dès septembre 1950, le commencement de la fin pour le Corps Expéditionnaire Français. En l’occurrence, une colonne militaire était encerclée dans le Haut Tonkin. C’était le plus au nord, à Cao-Bang. Une colonne montante devait venir la dégager. La Route Coloniale N° 4 (la R.C.4) longe la Chine sur 116 kms de jungle montagneuse. Des postes avaient été disséminés tout au long de cette voie fort dangereuse, car la brousse fourmillait de viets. Un jeune général indochinois, le Général Giap, avait passé la frontière avec 100.000 hommes bien équipés. Un premier poste, Dong-Khé, était tombé. Il était urgent de rapatrier l’Armée du Haut-Tonkin, forte seulement de 4.500 hommes. Ce fut la première grande défaite de l’Armée face aux Viets. Plus tard, en mai 1954 viendrait celle de Dien-Bien-Phu.
Le Commandement français avait donc décidé d’évacuer le Haut-Tonkin. En moins de 8 jours, on allait assister à la plus spectaculaire et dramatique embuscade de l’Histoire militaire ( on l’a surnommée la Route du Sang ). Il y avait donc 6.000 hommes sur 2 colonnes. La première, l’Armée du Haut Tonkin, 4.500 hommes répartis dans plusieurs postes, le long de la R.C.4 et la colonne montante, forte d’un peu plus de 1.500 hommes, composée de troupes d’élite renforcée, en plus, du Bataillon Etranger de Parachutistes (1er B.E.P.) auquel Antoine appartenait. La colonne de secours allait rejoindre les soldats, qui avaient abandonné leurs postes après les avoir fait sauter, au sud de Dong-Khé, qui avait déjà été investi. Au terme de 80 kms de brousse et de pistes, la jonction allait se faire. Mais le combat resterait inégal, étant donné le nombre d’ennemis.
Le long d’une route étroite, les français devraient se battre contre un ennemi invisible. Leur tactique était simple et ils étaient les maîtres du jeu : jamais il n’y eut un combat tangible et continu. Ils surveillaient la progression de la colonne et, lorsque le terrain le permettait, par exemple un rétrécissement ou plusieurs virages assez rapprochés, de jour comme de nuit, des escarmouches éclataient en bordure de jungle très fortes et sporadiques et, tout d’un coup, ils disparaissaient aussi vite qu’ils étaient apparus. Les français le savaient. Ils restaient vigilants bien soudés, protégés dans leurs véhicules blindés mais, si un seul homme faisait un écart, il était abattu. Ce qui était le plus terrible, c’étaient les arrêts intempestifs : quand la colonne stoppait pour une raison ou une autre, on s’attendait à une attaque en règle.
C’était d’autant plus compliqué pour la troupe française que de nombreux civils l’avaient suivie. Il y avait là, pêle-mêle, des compagnes autochtones et leurs enfants,souvent nés de quelques militaires. Il y avait aussi des auxiliaires supplétifs de l’Armée, se sachant condamnés par les viets, pour collaboration. Il y avait également une population de confession chrétienne avec leurs prêtres. Au fil des jours et des kilomètres, ce fut le massacre général, perpétré par un ennemi trop nombreux.Il n’y aura que très peu de survivants et quelques rares prisonniers. Ce fut une implacable tuerie qui restera dans la mémoire des hommes allés se battre sur ce sol.
Antoine, se rappellera toute sa vie de ses premiers camarades tombés au champ d’honneur, lors des premiers combats, avant même la défaite de Dien-Bien-PhuAntoine s’en était sorti avec quelques légionnaires. Lorsqu’ils sentirent le désastre, les rares officiers survivants leurs intimèrent l’ordre d’imiter les viets : la nuit, ils s’échappèrent dans la jungle et se fondirent, sans bruit, dans l’épaisse nature. Ils rejoignirent That Khé et, plus loin, Lang Son pour reformer un Bataillon de Choc.
Au cours de cette bataille, Antoine avait fait la connaissance d’un moine tibétain :Tzu Kapa. Ce jeune lama avait à peu près le même âge qu’Antoine. Comment se trouvait-il en même temps que lui sur la R.C.4 ? Faisons un peu d’histoire : Mao Tsé Toung avait chassé Tchang Kaï Tchek de Chine et s’était emparé du pouvoir en septembre 1950. Sur sa lancée, il avait envahi le Tibet, courant Octobre. Le Dalaï Lama, ayant eu vent des intentions du maître de la Chine communiste, avait pris certaines précautions en ce qui concerne ses trésors et surtout son « intelligentsia ». Tzu-Kapa, jeune lama médecin, parlant couramment le français, à l’époque langue très connue dans le monde - c’était la langue diplomatique-, avait été désigné pour rejoindre le monde occidental par l’Indochine. De par son rang social, Tzu Kapa était destiné à devenir un personnage important dans la hiérarchie tibétaine. Au cours de son périple,Tzu Kapa avait franchi la frontière chinoise, transformé en coolie, transportant du matériel destiné à la grande offensive que préparait le Général Giap.
Il était arrivé jusqu’au premier poste français : Cao-Bang.Bientôt, il se rendit compte que les militaires allaient plier bagage et il les suivit, pour rejoindre Hanoï. Pris dans la tourmente de la R.C.4, il allait rencontrer le jeune Antoine, au cours d’un accrochage. En fait, devant la souffrance des blessés, après chaque escarmouche, il aida les soldats-infirmiers et les toubibs, étant donné ses connaissances médicales. Pendant une fusillade très nourrie, Antoine avait admiré le courage et le sang-froid de ce petit asiatique, portant au bras un brassard de la Croix-Rouge.
Depuis ce moment, jusqu’à Lang-Son, ils ne se quittèrent plus, traversant même la jungle ensemble. Il y eut, dès leur premier regard, un courant qui passa. Le soir, dans la jungle, ils firent mieux connaissance. Antoine lui raconta sa vie, mettant surtout l’accent sur sa foi inébranlable, nécessaire dans des moments pareils, cette foi qui lui avait été communiquée par sa grand-mère… La preuve, sa première blessure presque anodine : un éclat de grenade lui ayant endommagé l’avant-bras gauche, son cher compagnon, le Sergent-Chef Kranz, après l’avoir soigné, lui avait dit, dans un mauvais français, avec son accent guttural :« Antoine, puisque tu aimes Jésus, je vais ‘encrer’ ! Sa croix dans ta chair !! ».
Depuis, Antoine se rappelait tous ses moments difficiles, en regardant cette croix indélébile, souvenir inoubliable de sa jeunesse guerrière ! Antoine, appelé par sa vie militaire, devait rejoindre un B.E.P. reconstitué. Il avait donc confié Tzu-Kapa à Lang-Son, au Père Louis, missionnaire atypique. Il ne devait le revoir que bien plus tard, en 1983, à Lourdes, lors de la visite de Jean-Paul II. Converti à la religion chrétienne, grâce à la foi d’Antoine et à l’exemple du Père Louis se dévouant pour tous les orphelins de la guerre. En effet, sans oublier sa philosophie tibétaine, il avait été touché par le côté « déiste » de sa nouvelle religion. En plus de l’Amour de Jésus pour les humains, il se consacrait maintenant à l’autre, un peu comme l’Abbé Pierre, sans distinction de race ou de religion. Quant à Antoine, tout en restant chrétien, Tzu-Kapa lui avait innoculé sa connaissance de l’être humain, chère aux bouddhistes.
Dès les premiers jours de leur fraternité dans la bataille, et, fort de leurs conversations qui devenaient, réciproquement, enseignement, Antoine apprit la philosophie Zen. Mais qu’est-ce que la philosophie Zen ? : c’est la pratique issue du Bouddhisme. Cette dernière vient d’un homme surnommé Bouddha. C’est un prophète natif de l’Inde qui a élaboré cette pratique au VI ème siècle avant J.C.. Le Bouddhisme est, pourrait-on dire, un système philosophico-religieux qui constitue l’exemple le plus typique de religion athée, c’est-à-dire sans invocation à Dieu, sans culte à une divinité quelconque. Sa raison primordiale est le salut de l’homme par la « concentration intérieure », mais aussi la recherche de son « Moi ». Il faut essayer d’éliminer la souffrance, car, selon Bouddha, « tout est souffrance ». Il existe en l’homme des « états passagers », successifs : ce sont ces états qui provoquent le karma, essence même de cette doctrine. Bouddha ne nie pas l’existence d’un être supérieur à l’homme : il l’ignore. L’homme a, en lui, son salut. Personne ne peut aider chacun de nous. On trace soi-même son chemin, au moyen de ses seules forces que l’on puise depuis notre plus profond être. Cela s’appelle son « Soi permanent ».
Pour cela, il y a les 5 Règles de Vie :1) la Compassion : respecter toute forme de vie. 2) ne pas prendre le Bien d’Autrui. 3) ne jamais mentir ni haïr. 4) éviter tout excitant, pour rester soi-même. 5) respecter la femme.
A cela, il faut ajouter les 8 vertus de la Voie : tout doit-être pur : la Pensée, la Volonté, la Vie, la Vue, l’Action, l’ Effort, le Langage.
On arrive ainsi à la principale : la Méditation.
Ces formes de vertu sont symbolisées par le Lotus. Pour résumer le Bouddhisme tibétain, Tzu Kapa avait pour habitude de raconter une histoire qu’il appelait « le syndrome de la Calèche » : Cette calèche était constituée d’un attelage de chevaux ( il expliquait alors longuement, comme pour chaque image, que c’était la tête qui fonçait vers l’avant). Il y avait aussi le cocher ( c’est le maître, celui qui donne les grandes lignes de la voie à prendre).
Il y avait encore les passagers à l’intérieur : ce sont les fidèles : ils subissent les chaos du chemin mais doivent rectifier leur conduite et avancer dans la voie pour arriver à la Sagesse). Depuis cette rencontre, Antoine appliquera, toute sa vie, Zazen : Silence et Méditation. Tous les jours, au lever du jour, dans le calme de l’aurore, sur sa terrasse, il se recueille pour ses exercices, en pratiquant la respiration à 3 temps. C’est alors une regénérescence de son être qui lui permet de renouveler ses cellules. C’est peut-être pour cela qu’il ne paraît pas son âge ! De plus, la méditation profonde ( celle que l’on appelle transcendentale ), apprend à mieux se connaître et transformer son Soi Profond : oublier son moi pour devenir soi-même. Alors, tout s’éclaire : on sent que l’on doit vivre pour l’Autre et non pour regarder son nombril !
On sait que l ‘argent, la puissance et la gloire ne sont qu’éphémères. Rien ne vaut la Fraternité, la Tolérance et l’Amour en toutes choses. Comme dit Bouddha : « Fais le Silence en toi et …écoute ! ». On est alors en phase pour écouter l’Autre et l’on rejoint Jésus dans sa vision idyllique de l’Homme : » Aimez-vous les uns, les autres ». Quand on a assisté, jeune homme combattant, à tant de massacres inutiles, on comprend que l’Homme doit rejoindre, par sa spiritualité, le Cosmos et oublier la matérialité la plus triviale. Alors, seulement, on pourra se fondre dans la Claire Lumière !
-Pour plus de détails, se reporter au premier roman : l’Armée de l’Ombre
-Antoine,lorsqu’il s’était engagé, n’avait pas donné son véritable nom. En fait, il s’appelait Anton Barowsky Von Unia. L’histoire de sa famille mérite d’être racontée : sa grand-mère paternelle, qui l’avait élevé, l’avait mis dans le secret. Tout le monde à Cannes, les connaissait sous le nom d’Unia. Après la première guerre mondiale, les Unia étaient devenus de riches commerçants ne possédant pas moins de trois magasins. Ces magasins, tous de chaussures, étaient situés dans la rue « Grande », appelée aujourd’hui rue Meynadier. Le plus important, était celui de l’entrée de cette rue, côté est, un peu après l’actuel supermarché Champion, situé sur le même trottoir, en face la pharmacie toujours existante. Une petite anecdote, en passant : à l’âge de 5 ans, le petit Anton avait eu le bras cassé, en voulant traverser pour aller chercher un bonbon ! Leur voisin immédiat était la Chapellerie Cintelli aujourd’hui disparue. Le chiffre d’affaires de ce magasin concurrençait, à l’époque, celui des Chaussures Jacques Loup, pourtant mieux agencé dans la rue principale, la rue d’Antibes. Ce premier magasin Unia, vendu en 1939, avait connu diverses fortunes. Néanmmoins, il a porté ce nom jusque dans les années 1990 comme magasin de fruits et légumes : Unia Prim. Devant ce succès, sa grand-mère avait acquis un second magasin dans les années 1920. Situé dans la même rue, plus à l’ouest, c’est, actuellement, les Chaussures Parachini, à côté du Traiteur Ernest. Un peu plus tard, elle avait encore acheté, dans le petit cul-de-sac finissant la rue Grande, après la rue Gazagnaire, une petite échoppe d’un cordonnier. Lorsqu’elle la revendit, en 1938 à la famille Bergia, celle-ci installa le premier magasin de sports de Cannes : Bergia-Sports.
Son père, Karl Von Unia était déjà connu à Milan. Toute l’aristocratie venait jusqu’à Savigliano et Alba où il possédait des boutiques à la mode. Mais, il était attiré par l’Eldorado de la Côte d’Azur française et, atteint par la bougeotte, voulait changer d’air. Un beau matin, il laissa les boutiques à un cousin qu’il avait formé et, prenant sa famille dans une belle diligence attelée de deux chevaux, il embarqua avec sa femme, ses trois filles et un garçon en bas-âge. Il traversa la frontière pour aller jusqu’à Cannes dont la réputation était dejà connue pour accueillir les plus grandes familles anglaises, russes et allemandes. Sa réputation fut vite faite, se spécialisant dans les bottines sur mesure pour dames. Il évoluait dans sa luxueuse boutique située au milieu du boulevard des Italiens, aujourd’hui boulevard de la République, en face le Lycée Jules Ferry.
Son éducation étant parfaite, il parlait plusieurs langues outre l’italien, le français, l’allemand et le hongrois, ce qui lui permettait de comprendre le russe. En outre, fervent chrétien, il faisait fonction de sacristain à l’Eglise du Prado. Il donna, ainsi, une bonne éducation à ses trois filles : Pierrina, l’aînée, la grand-mère d’Anton, Carlotta et Célina qui furent élevée chez les sœurs de l’Institut Lochabair, réservée aux enfants de la bourgeoisie et de la noblesse. A part quelques rares bonnes familles locales, personne ne sut jamais leur véritable identité, se faisant simplement appelé Unia. Mais Anton, outre les confidences de sa grand-mère, vit toujours, accroché dans la salle à manger familiale, au-dessus de la cheminée, le blason de la famille : une petite île au milieu d’un lac de montagne, avec une ferme fortifiée. Cela ne ressemblait pas à un petit château car le toit était en ardoise grise. C’était plutôt une sorte de grande gentilhommière pour hobereau campagnard. Sa devise était, en allemand, « Gott und Das Vaterland », soit Dieu et Patrie.
Cette histoire remontait à 1810, lorsque l’armée austro-hongroise occupa l’Italie du nord, chassant les français de Napoléon. Dans les environs de Turin, une unité de cavalerie avait son état-major dans un château. Le jeune mèdecin-capitaine, le Comte Anton Barowsky Von Unia, fit la connaissance d’une jeune fille de bonne famille. Ce fut le coup de foudre et ils décidèrent de se marier. Cet officier, démobilisé, s’installa bientôt comme mèdecin à Savigliano, l’Italie du Nord étant toujours sous la coupe des Autrichiens.
Il venait du fond de la Hongrie, entre les Carpates et les Balkans et était issu de la branche directe du roi des Uniates, sortes de catholiques, noyés au milieu des orthodoxes. Les Uniates sont exactement les descendants de l’Eglise gréco-catholique. Répartis entre plusieurs pays, ils sont près de six millions, massés sur les frontières de l’Ukraine, la Pologne la Slovaquie, la Hongrie et la Moldavie. Après le schisme d’Orient, qui est la séparation en 1054 entre l’Eglise d’Occident ( Rome) et celle d’Orient ( Constantinople), plusieurs fractions oscillèrent entre les deux : c’est le cas des Uniates. Les Unia était une des familles de la noblesse maggiare les plus connues. C’est, à ce titre que les autrichiens voulurent les honorer en leur donnant la particule, Von en allemand. Une épine dorsale montagneuse traverse la Hongrie : il y a d’abord, dominant le lac Balaton, les monts Bakony, puis les monts Matra dont les sommets les plus hauts de la chaîne, culminent à 1.000 mètres.
Dans la Hongrie du nord coule le fleuve Tisza et les villes les plus importantes sont Miskolc et Sàtoraljàujhely qui est à cheval, sur la frontière avec l’Ukraine. Après les monts Matra, se trouvent la chaîne des montagnes Bükk. Ensuite, on arrive à une contrée, comparable au Piémont, couverte de vignobles dont le vin est excellent, le Tokaï, c’est le passage de la Hongrie du nord à celle de l’Alföld. Sur la frontière avec l’Ukraine, près de Sàtoraljàujhely, se situe le berceau des Unia.
De leur domaine, immense, on peut voir, au loin, les monts Bükk qui surplombent Miskolc. C’est un paysage grandiose : on se croirait dans le Tyrol. Dans sa jeunesse, sa grand_mère avait voulu montrer le berceau familial à Anton : il avait adoré. Il revoyait toujours dans ses rêves les plus fous, le petit lac, au milieu de forêts et prairies, ensemble qui constituait la partie agricole de ce domaine. Cerise sur le gâteau le petit château ancestral était toujours aussi majestueux.
Pierrina, qui avait reçu une bonne éducation, avait trouvé, au début du siècle, à 20 ans une place de secrétaire de confiance chez la comtesse Tolstoï. La colonie russe était très importante sur la Côte d’Azur, notamment à Nice et Cannes. Deux églises orthodoxes, magnifiques, y avaient été construites que l’on peut encore admirer aujourd’hui, notamment celle de Nice qui ressemble, en plus petit, à celle de Moscou. Le Comte Léon Tolstoï, écrivain déjà célèbre, possédait une belle villa dans le quartier de la Californie et un spacieux appartement à Paris, sur les Champs-Elysées.
La comtesse aimait beaucoup Pierrina, vive, intelligente, parlant et écrivant plusieurs langues et, de surcroit, très jolie fille. Elle accompagnait souvent sa patronne à Paris et là, introduite dans le milieu aristocratique russe, elle fit la connaissance du jeune Prince Ruspoï. Une idylle se noua bientôt et les jeunes gens furent plus qu’intimes. Mais la déclaration de guerre arriva bientôt et le jeune Prince dut rejoindre son régiment. Ils correspondirent, au début, et la Révolution de 1917 n’arrangea pas les choses. On ne revit jamais plus cette noblesse en France. Quelques-uns purent s’échapper, au moment de la prise de pouvoir par les Bolcheviks et formèrent une petite phalange, surtout à Paris. Mais, ruinés, ils gagnèrent leur vie en travaillant : les chauffeurs de taxis avaient surtout l’accent russe !
Au moment de leur splendeur, la comtesse, comme beaucoup de russes, dépensait sans compter. En plus de ses gages, chaque fois qu’elle était contente de ses services, elle donnait à sa secrétaire, un louis d’or. Lorsqu’elle rentra au bercail, elle put, grâce au magot amassé, s’acheter ses propres magasins. A 25 ans, c’était une femme indépendante. Mais, enceinte à Paris, elle accoucha d’un beau garçon qui ne connut jamais son père et rentra définitivement à Cannes avec son marmot. On fit passer le message suivant : mariée à Paris, son mari était mort sur les champs de bataille ! La guerre peut, quelquefois, sauver des situations dramatiques surtout à cette époque où, les femmes célibataires n’étaient pas acceptées ; Des années ont passé. Antoine est mainteant sexagénaire. Il vient tout juste de prendre sa retraite.
Il a gardé sa foi et son amour pour la Patrie, cette France qui est un pays au rayonnement exceptionnel. Il l’a bien servie, cette patrie, ce qui lui a donné bien des peines mais aussi beaucoup de joie, notamment sa vie aventureuse dans les théâtres d’opérations extérieures et, ensuite tout ce qu’il a connu de palpitant dans les Services Secrets. Il a toujours en mémoire une formule qu’il a pratiquée toute la vie : « Carpe Diem » ! Il fait tout pour profiter des bons moments : célibataire endurci, il ne manque pourtant pas d ‘aventures amoureuses. La dernièr en vaut la peine d’être contée : Antoine, cannois d’origine, a beaucoup d’amis dans cette cité. Il n’a pas le temps de s’ennuyer, même sans activités professionnelles !
Les matinées commencent à 10 heures : footing-décrassage le long du boulevard du Midi, entre le Port et La Bocca. Effectué à petite allure, des pauses sont consacrées à des exercices de relaxation et de souplesse. De nombreux cannois à la retraite le rejoignent : le Dr Arnaud, rhumatologue, les Kinés Jean Whol et Jean-Claude Beneteau. En particulier, Jean Whol est un sportif très connu, nageur, pratiquant de Water-Polo, il a même gagné, en son temps, la traversée du Lac de Tibériade en Israël. Ensuite tout le monde, et même d’autres, se retrouvent sur une plage privée du Boulevard du Midi, le Blue Beach, chez Bernard Lajoux. Des parties acharnées de Volley-Ball sont organisées jusqu’à Midi. Cela se termine souvent par un apéritif avec tapas au Bar du Suquet ou encore une douzaine d’huitres, mangées sur le pouce avec un verre de muscadet, chez Astoux. Les fins d’après-midi ou les soirées sont réservées au Bridge. Avec des gens passionnés d’annonces ou de jeu de la carte subtil et raffiné, il joue jusqu’à fort tard, se risquant même quelquefois à « intéresser les parties ».
Il a une autre occupation nocturne : trois ou quatre fois par mois, il se rend à « Castrum Romanum » pour des soirées philosophiques et ésotériques. Il a, ainsi, l’occasion de rencontrer des hommes et des femmes, passionnés comme lui, de Fraternité. Ils se retrouvent pour cultiver l’Amour de l’Autre, pour rechercher la Vérité et aussi se perfectionner par l’étude des rites, des mythes et des symboles. Cela développe l’intellect en général et la spiritualité en particulier.
Les Dimanches matins, la joyeuse équipe sportive se retrouve pour disputer des tournois de Beach Volley sur les grandes plages de La Croisette. A la fin de la saison d’hiver, traditionnellement, l’Hôtel Carlton, qui possède la plage la plus chic de Cannes, organise un grand Tournoi, regroupant tous les vainqueurs des compétitions précédentes. Cette année là, un peu avant Pâques, Antoine et ses deux coéquipiers, avaient gagné le « Grand Chelem de Cannes. », version sénior. La remise des Coupes a lieu à l’Hôtel, le soir même, suivie d’un dîner dansant, en tenue de soirée. Antoine est fier d’exhiber cette Coupe, remise par le Directeur Général de l’établissement, en personne, Alan KimberIl découvre, à ses côtés, une charmante jeune femme, qui est l’Attachée de Presse de l’hôtel. Ils échangent quelques mots et, Antoine, plus tard, est heureux de la retrouver à ses côtés, au dîner de Gala. Il apprend, alors, au cours de la conversation qui s’engage entr’eux, qu’elle est italienne et qu’elle se nomme Gina Mattera .
A peine quadragénaire, elle est dans la plénitude de son âge et paraît plus jeune, étant très mince et , sans doute, sportive.
Elle fait penser, pour Antoine qui a fréquenté et connu presque toutes les éditions du Festival du Film, à l’actrice italienne, Gina Lollobrigida. Il a approché cette dernière, puisque, à l’époque, elle était une habituée du Festival. Pour la bonne raison qu’elle a été la tendre amie du producteur de films, Georges Cheyko, cannois et qui, plus est, ancien volleyeur de l’A.S. Cannes, là où Antoine l’a fréquenté. Comme elle, Gina est grande, élancée, très brune, avec des yeux noirs et de longs cils, la taille très mince avec, comme souvent les femmes italiennes, une opulente poitrine.
Inutile de dire qu’An toine, au cours de ce dîner mémorable, s’évertue à la conquérir. Evidemment, il est sous le charme d’une femme qui a l’habitude de ces situations et, métier oblige, sait tirer avantage de sa silhouette, de sa conversation et, atout supplémentaire, de son léger accent italien, ce qui ajoute un plus ! Que se passe-t-il dans sa tête, lui, habituellement assez réservé avec la gent féminine, surtout à la première rencontre ? Là, au contraire, il fait assaut de compliments et de séduction. S’il voulait une aventure, et peut-être plus, il n’agirait pas mieux ! Où sont passées ses résolutions de rester célibataire jusqu’à la mort ! C’est peut-être le syndrome du séxagénaire qui arrive !
Aussi, à la fin de cet excellent moment, il souhaite le prolonger et, timidement, lui propose de boire un dernier verre au New Brummel, la boîte de nuit du Casino Municipal. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’elle accepte avec une joie évidente dans son regard. Tout se passe sereinement jusqu’au moment du slow fatidique souvent programmé dans les lieux de plaisirs, après les rythmes endiablés.
Là, tout s’emballe. Pour quelles raisons Antoine va-t-il s’abandonner contre elle, au moment du refrain chanté par Franck Sinatra « Strangers in the night » ? Il faut dire que leurs deux corps sont enlacés langoureusement sur la piste et que l’inévitable va se produire à la fin de la danse : pour la remercier , il s’approche de son visage et, alors, elle lui tend ses lèvres ! C’est le coup de foudre ! Gina, sans protester un instant, accepte de suivre Antoine, chez lui, pour un dernier verre ! Antoine l’emmène donc dans sa gentille garçonnière.
Cette dernière est charmante, bien meublée, sobrement, mais avec goût. C’est un studio assez spacieux, au plus haut de la rue Saint –Dizier, dans le Suquet, le cœur du Vieux Cannes. C’est aussi le quartier des restautants typiques de la Cité. Au plus haut de cette rue, dans la rue Coste-au-Corail, au dernier étage, se situe cet appartement. De la grande baie vitrée, dominant une large terrasse, s’étale La Croisette et, en premier lieu, le Casino Municipal et la Jetée Albert-Edouard avec ses grands yachts. Au loin, sur la mer, on devine les deux îles de Lérins, joyaux de la Baie de Cannes. Cette baie, tel un écrin, renferme deux perles rares : Sainte Marguerite et, presque juxtaposée, Saint Honorat, vers le large.
Au III ème siècle, un frère, Honorat était le Supérieur des moines cisterciens de cette île. Quant à sa sœur, Marguerite, supérieure des religieuses du monastère de l’autre île, elle se lamentait de ne pas voir assez son cher frère. Ce dernier lui promit, alors, de se revoir, chaque fois que les cerisiers fleuriraient. O, miracle ! les cerisiers, depuis, bourgeonnent deux fois par an sur ces îles : au printemps et avant l’automne.
Mais, à deux doigts de la terrasse, on touche presque la nef de l’Eglise du Suquet. N.D. d’Espérance. A Cannes, les deux églises principales ont des noms significatifs : N.D. de Bon Voyage et celle de l’Espérance, en haut du mont Chevalier. En effet, les pêcheurs cannois se sont toujours mis sous la protection de la Vierge. D’ailleurs, le jour du 15 Août, une grande procession se déroule dans les rues du Suquet où les pêcheurs promènent sa statue. Après avoir introduit la clé dans la serrure, Antoine n’allume qu’une petite lampe à abat-jour, à l’entrée, qui donne une clarté diffuse, suffisante. Ce n’est pas le moment de montrer les lieux à Gina ! donc les flots de lumière, ce sera pour plus tard ! Il est tout ému de tenir cette jolie femme contre lui. Cette dernière est un peu gaie, car au New-Brummel, ils ont encore ingurgité deux coupes de Champagne !
Elle l’enlace tendrement et s’accroche langoureusement à lui. Antoine la dépose doucement sur un fauteuil et allume quelques bâtons d’encens, pour faire atmoshère ! Il allume aussi son poste de radio et remet le CD de Sinatra déjà écouté tout à l’heure, mais si envoûtant pour des amoureux ! Antoine a toujours pensé qu’il faut accompagner ces moments délicieux par une préparation d’ambiance : les papilles sont aiguisées par les odeurs agréables et les sons envoûtent les esprits ! Il sert un dernier verre qu’il boiront ensemble. Le verre tendu, elle s’asseoit sur lui, dans le fauteuil, pour partager ce dernier élexir d’amour avant l’acte ! cela arrive alors très vite : le verre non encore achevé, elle l’embrasse très lentement, ses lèvres souples et charnues enveloppant les siennes, ouvrant sa bouche avec délicatesse, afin d’effleurer sa langue. Antoine commence à sentir son émoi monter d’un cran. Il glisse lentement ses mains sous son corsage, lui massant des seins volumineux qui sont nus sous la soie.
Il sent ce beau corps abandonné, frémir sous ses doigts. Il pense que les préliminaires sont suffisants et la porte sur le lit.
Il accentue encore les caresses, tout en la déshabillant lentement, effeuillant ses sous-vêtements avec délicatesse. Malgrè la pénombre, il admire les lignes harmonieuses de cette silhouette. N’y tenant plus, ses mains expertes explorent son bas-ventre et vont là où le plaisir sublime commence à s’ébaucher avec des gémissements à peine audibles mais de plus en plus longs. C’est l’acte sexuel qui ponctue ce ballet des deux corps dans une plénitude qui approche l’extase. Le lendemain matin, la laissant dormir, il se lève pour préparer le petit déjeuner. Il ne peut s’empêcher, avec le soleil levant qui parvient jusqu’au lit, d’admirer ce corps qui s’offre à sa vue, entièrement nu sur les draps et exposé sur le dos, les bras en croix, les jambes écartées. Cela lui fait penser au tableau de Gustave Courbet : « l’origine du monde ». C’est exactement la même pose : on admire les seins bien pointés et les cuisses largement ouvertes laissant une vue imprenable sur ses entre-cuisses et sa toison brune et abondante !
Ce qui fait plaisir à Antoine c’est que cette relation ne s’effiloche pas. Au contraire, elle est suivie. Se voyant régulièrement, les liens se renforcent, les deux êtres se complétant dans plusieurs domaines. Antoine, petit à petit, s’habitue à cette relation et sa philosophie amoureuse commence à changer, au grand dam de ses copains ! Gina s’arrange toujours pour lui consacrer deux ou trois soirées par semaine et quelques rares week-end, ses occupations professionnelles étant très accaparantes.
Implicitement, Antoine, pour la première fois avec une femme, agit comme s’il vivait déjà en couple. Dans une relation amoureuse, il faut tenir compte de l’affectif, mais aussi de plusieurs autres facteurs. Dans le cas présent, il est confronté à quelques soucis majeurs. D’abord, la différence d’âge.
Il y avait longtemps qu’Antoine, comme on le sait, célibataire endurci, n’avait pas connu de liaisons durables, tout au plus quelques mois, et encore chacun chez soi. Mais là, le problème à résoudre est le suivant : Gina n’a qu’une petite chambre de fonction à l’Hôtel. Aussi, dès qu’elle est libre, elle se rend chez son amant. Petit à petit, comme l’on dit vulgairement « elle s’est installée ! ». Cela veut dire qu’elle occupe, avec ses vêtements, des placards qu’Antoine lui a cédé gentiment. La salle de bain, quant à elle, est encombrée d’une foule de fioles diverses ! Il n’avait jamais vu çà ! Même la cuisine n’est plus comme avant ! des produits italiens ont envahi le réfrigérateur ou traînent sur les étagères ! Dans son for intérieur, il « rouspète » un peu, mais au fond est content du changement : une tornade inhabituelle est passée dans l’appartement ! Pour les années supplémentaires, cela peut encore s’arranger : coquet, beau garçon, sportif, il ne paraît pas son âge, et Gina est fière de sortir à son bras, n’ayant pas, comme beaucoup de femmes, le complexe de vivre avec quelqu’un de plus mûr ! Ensuite, rentier, il dispose de tout son temps, contrairement à sa compagne.
Cela décale toutes les tâches ménagères, inhérentes à la vie courante. Là, encore, cela ne le gêne pas trop de se substituer au rôle de la maîtresse de maison.Antoine est, depuis longtemps tout seul, sans aucune fratrie, à part quelques rares cousins, qui ne vivent pas dans la région. Gina, par contre, italienne et très attachée à la famille. Elle ne rêve que de l’emmener voir toute sa « tribu » à Ischia ! Cela gêne énormément Antoine car, conscient de sa démarche, il ne peut tout à fait y souscrire : présenté comme un prétendant sérieux, comment pourra-t-il lui donner une descendance ? Mais l’amour et l’attachement sont plus forts que tout : il accepte, au mois de juin suivant, de partir en voyage avec elle, dans cette belle province de l’Italie du Sud. Les deux amoureux prennent donc à Nice, un matin, assez tôt, huit heures, l’avion direct d’Alitalia qui les conduit à l’Aéroport de Naples.
Une surprise attend Gina dans l’avion. Au moment de s’asseoir, elle découvre, à côté d’elle, une amie qu’elle ne s’attendait pas à trouver là : c’est Christiane Domenici, très connue à Cannes dans les domaines de la danse et du sport : elle tient, en effet, une salle polyvalente de danse et de sport au boulevard Montfleury. Gina va y pratiquer la méthode Pilatès, très efficace pour la silhouette et la tenue du corps. Christiane est brésilienne, très mince, brune, ressemblant à une autre brésilienne : Christina Réali, elle aussi d’origine itallienne. Evidemment, comme toutes femmes, elles bavardent tout au long du parcours. Antoine apprendra, plus tard, qu’elle rejoint, régulièrement son fiancé, jeune chirurgien napolitain avec lequel elle va se marier prochainement, en grande pompe à Sao Paulo !
A part cela, voyage sans histoire, très court, un peu plus d’une heure . Par contre, le taxi qui les conduit à l’un des ports de Naples où les attend un bateau rapide, un « motoscafi ! », met assez de temps pour traverser la ville. Antoine le soupçonne de les « ballader » car, il averti Gina, avec son accent traînant de « Nabolidano ! », qu’il allait leur faire visiter sa bonne ville ! Gina lui répond, du tac au tac, qu’elle la connaît par cœur, mais il insiste, étant donné , il est dix heures, que le bateau ne partira qu’à onze heures trente !
De ce fait, toutes les ruelles étroites sont prises. Même, à un moment donné, devant un embouteillage monstre, comme connaît cette ville aux heures de pointe, avec concert de klaxons en plus ! il n’hésite pas à prendre un sens interdit ! A la remarque d’Antoine, il répond que c’est courant ici. D’ailleurs, cela s’avère exact : à deux encablures, donc, assez loin, on se trouve nez à nez avec un autre taxi. Ce dernier lui fait les appels de phare et se gare dans un tout petit espace pour les laisser passer ! Le prix de la course est relativement correct.
Gina lui laisse, de plus, un généreux pourboire. Du coup, ce tout petit bonhomme, sans qu’on le lui demande, porte les volumineux bagages de Gina, Antoine se contentant de son grand sac marin habituel, comme du temps de l’Armée !
Ischia est une île relativement moyenne. Avant elle, sur la pointe nord est, on trouve Procida, qui est minuscule et touche presque sa grande sœur. Elles se situent, toutes deux, légèrement en dehors de cette baie somptueuse. Par contre, la célèbre île de Capri se trouve bien plus au sud, presque en droite ligne de Naples. Mais, Gina est originaire d’Ischia et c’est leur destination terminale. Durant leur court voyage, pas tout à fait une heure, le bateau fait une escale à Capri. A l’intention des touristes, il se permet même d’aborder l’île par le côté est pour apercevoir, pas trop loin, la fameuse grotte.
Vers treize heures, ils accostent à Porto Ischia. Une autre escale se situe à Casamicciola. Ils passent au large de Lacco Améno, doublent le cap nord-ouest et se retrouvent enfin au terminus : Forio. Il est treize heures trente. Ils décident de déjeuner dans une petite trattoria du port. Leur poisson grillé avalé, ils prennent le taxi pour San’Angelo. La ballade est magnifique car, en plus de suivre la côte, la route serpente ensuite dans la montagne, avant de redescendre sur la côte sud. De Forio à la station thermale, Acque Termo Minéralé, c’est le bord de mer. Ensuite, par plusieurs lacets, c’est la corniche jusqu’à Serrara Fontana.
On redescend ensuite, plein sud jusqu’à San’Angelo.La particularité de ce petit port de pêche, devenu célèbre par la thalassothérapie pratiquée dans des hôtels de luxe, fréquentés par un clientèle venue du nord de l’Italie : Milan, Turin et aussi de la capitale, Rome, c’est qu’aucun véhicule ne peut y circuler. Le taxi les laisse au plus haut d’une côte, dans un grand parking où stationnent tous les véhicules.
Là, des petites voitures électriques vous attendent et vous prennent en charge pour vous redescendre, par une ruelle étroite, vers le nœud du village : une place avec quelques maisons, des restaurants et la plage.
Antoine y découvre un paradis : c’est féérique. Tout le monde se connaît, s’interpelle et malgrè l’étroitesse des lieux, les habitants sortent leurs chaises, des conversations s’engagent, interminables, jusqu’à très tard. Comme la rue est bordée de magasins divers, les commerçants vous laissent entrer dans leurs échoppes et vous payez en sortant : ils ne se dérangent même pas pour vérifier ce que vous avez pris ! On se croirait revenus deux siècles en arrière ! Le spectacle, depuis l’appartement des parents de Gina, c’est de se poster sur le balcon et de regarder, en bas, « la comédia del’arte ! » qui s’y déroule constamment. Gina est une bonne cicéronne ! En quelques jours, Antoine va apprécier les odeurs de la garrigue et les couleurs exceptionnelles des paysages, contraste frappant entre la mer et la montagne :D’abord, après Serrara Fontana, il faut prendre la route vers les cimes.
Au sommet du col dominant, avant la route, côté est qui redescend vers Ischia par Molara, on aperçoit, le Monté Trippodi, et surtout, au loin, le plus haut sommet de l’île, le Monté Epoméo, qui culmine à 787 mètres d’altitude. A partir de ce col, on s’aventure sur un petit chemin de terre qui vous emmène vers une vieille chapelle, presque en ruine : cette dernière est entourée d’oliviers.
A part le concert strident fait par le chœur des cigales, c’est le calme plat. On peut admirer, dans une légère brume de chaleur, le relief du continent, avec dans le creux de la baie, le scintillement des immeubles de Naples. Dans le fond, on devine Salerne, avec ses falaise abruptes et, au-delà, Positano et Amalfi. Quant on redescend vers Porto Ischia, on découvre une belle ville avec des magasins très bien achalandés. Antoine y choisit quelque chemises et un pantalon fantaisie. Le soir, sur la jetée, on distingue les lanternes des barques de pêcheurs, bercées par le chuintement des vaguelettes. Mais les restaurants sont pleins à craquer de touristes, friands de poissons grillés. Des musiciens donnent l’aubade sur les terrasses. Les chants napolitains, comme « O solé mio », fusent, accompa gnés en sourdine par les sons aigus des mandolines et des guitares.
Avant Serra Fontana, le chef lieu et San’Angelo, se trouve un village très pittoresque : Panza.
La bourgade se continue vers le littoral par la Cima, pour arriver sur la mer, à la grotte di Mavoné. Le ciel brille d’un éclat éblouissant, la mer est une merveille d’azur, surplombée par quelques roches rouges, caractéristiques du relief volcanique de l’île. On descend par une petite route à peine goudronnée, laissant apparaître, par endroits, des ornières encore pleines d’eau. A peine dépassé le village, se trouvent quelques maisonnettes de pêcheurs. On aperçoit, autour des masures, des jardins plantés de légumes, avec, entre les raies, quelques massifs de fleurs qui donnent un côté chatoyant au paysage. Plus loin, avant la plage où sont ancrés les barques pour la pêche, les arbres se clairsèment, laissant la place à une végétation de petits buissons. Tout au long de son séjour, Antoine put admirer la beauté insolente et sauvage de cet îlot. Pourtant, il connaissait la Corse, cette magnifique Ile de Beauté, pour avoir séjourné dans le camp d’entraînement de la Légion à Calvi.
Le chapelet des terres autour de la Baie de Naples, avait, en plus, une intensité de lumière, souvent exploitée par les peintres. On sentait que l’on s’approchait de la mer Egée et des îles grecques, car ces promontoires étaient encore plus brûlants et ensoleillés. En un mot, toute cette contrée de ce côté de la Méditerrannée avait une particularité bien spécifiques, à nulle autre pareille. Antoine put constater que les autochtones étaient particulièrement hospitaliers et avenants. Il parlait à peine l’italien, mais le comprenait mieux ( souvenir de la Légion, mosaïque de langues, où le français était obligatoire dans toutes les conversations. Mais on ne pouvait empêcher les hommes de se réunir par ethnies et parler leurs langues maternelles !). Il put rapidement correspondre et apprécier la gentillesse des gens abordés, surtout la famille de Gina.
A part Gabriellé, le « Dottoré » de Rome, qui venait tous les week-end en moto, étant cousin des Mattera, les autres étaient plutôt simples et besogneux. La plupart travaillaient dans les hôtels environnants,quelques-uns tenaient les boutiques ou les restaurants et les plages, autour du port. Adossé à une colline très verdoyante, San’Angelo ressemble à un village grec : les maisons, toutes blanches sont rassemblées autour de l’Eglise qui se détache par sa blancheur éclatante, surmontée d’un toit bleu.La famille de Gina l’accueillit avec chaleur, principalement son père et sa mère.
Dans la journée, c’était le « farnienté » à la plage, chez le cousin Fédérico. Le soir, c’était la tournée des bons restaurants. D’abord, l’incontournable « Pirate » : il vient lui-même vous servir l’apéritif avec un enchaînement de petits hors-d’œuvre de poissons, sorte de kémia des pieds-noirs ! C’est un véritable « loup de mer », avec sa tenue blanche, sa taïolle rouge, son bandeau noir sur ses cheveux, noués avec un katogan et sa grosse boucle d’oreille en or. Il y a aussi la « Vigna da Alberto » dans la montagne, après Serrara Fontana. Alberto ne reçoit que des amis, hôtes payants à sa table. Mais comme Gina lui envoie tous ses clients du Carlton, il sont reçus en seigneurs ! On ne commande jamais rien chez Alberto : sa femme fait la cuisine et lui son vin ! on mange et boit jusqu’à plus faim et plus soif pour un prix, d’ailleurs, très raisonnable. Il y a encore « le Neptune », dans le village : tenu par un cousin de Gina, le poisson y est excellent, grillé à point, avec des « contorno » typiquement napolitains.
Enfin, on ne peut se passer de faire la promenade en bateau jusqu’aux ruines de Pompéi. On doit aussi passer par Positano et Amalfi. Positano est la pointe de la mode en Italie. La ville est une succession de ruelles qu’il faut gravir : on ne s’aperçoit pas de la pente, tellement on rentre et sort d’échoppes, tant de chaussures que de vêtements. Gina s’empresse de faire emplette de parures très à la mode qui feront sensations à Cannes ! Une semaine passe vite et c’est bientôt le départ pour la pleine saison dans leur cité azuréenne.
Le train-train de la vie commune s’installe mais, en pleine saison, il est rare que Gina ait un week-end complet. Lorsque cela se produit Antoine l’emmène à Saint-Auban. Il y possède une petite «datcha ». Saint Auban, situé dans les Alpes-Maritimes, au plus haut du département, limitrophe avec les Alpes de Haute- Provence, est un canton de montagne. Après la route Napoléon, au Logis du Pin, il reste encore 15 kms de route sinueuse pour y parvenir. C’est le bout du monde et d’un calme absolu : la seule manifestation qui puisse déranger et qui fasse du bruit, c’est le Rallye de Monte-Carlo qui ne passe qu’un jour, fin janvier !
Là, Antoine a réparé une vieille bergerie, qu’il a transformée en modeste habitation : une salle commune, avec au fond une cheminée et, au-dessus, une chambre avec commodités. C’est simple mais habitable, d’autant que les murs, très épais, presque un mètre d’épaisseur de pierres, protègent du froid l’hiver. Il apprécie le calme et la proximité de la forêt : il peut se ressourcer et pratiquer, tout à loisir, la méditation zen ! Ce pied-à-terre se trouve, avant l’entrée du village, après l’embranchement qui conduit au Col de Bleyne. A un kilomètre de cette intersection, une petite montée se dirige vers un minuscule pâté de maisons, trois exactement. C’est un cul-de-sac, avec une placette où l’on ne peut garer que deux voitures maximum. Un lavoir décore l’endroit avec un bac supplémentaire où les bêtes, le soir, avant de rentrer à l’étable, viennent épancher leur soif. Les montagnes se détachent, au loin, dans l’azur du ciel : on se croirait dans le Tyrol. Dans le dernier virage avant le lavoir se situe une maisonnette, celle du facteur du village, Monsieur Davy. Après le lavoir, en contre-bas, une longue maisonnée appartenant à la famille Chiabaud où vit le seul exploitant agricole du coin .
Au fil des ans, ce dernier voyant Antoine travailler dur à la réparation de sa bicoque, des relations amicales se sont nouées entre eux. Cela n’a pas été facile, au début, car, les montagnards, qui ont une vie très rude, sont très méfiants envers les étrangers : ils les appellent d’ailleurs les intrus ! Mais Antoine sut amadouer son voisin : un jour il l’emmena à Cannes pour lui faire couper sa grosse tignasse et ses moustaches de sapeur. Depuis, ils étaient devenus copains et, de temps à autre, il lui prodiguait des conseils et l’aidait dans sa besogne, par exemple pour charrier des poutres avec sa jument ! D’autant que Monsieur Chiabaud était heureux de ces travaux : la maison, maintenant rénovée, insérée dans le long pâté de maisons lui appartenant, confortait la solidité générale.
Les liens s’étant encore resserrés ces dernières années, Antoine se permettait de lui téléphoner la veille de son arrivée : il trouvait ainsi un bon feu le lendemain soir. Monsieur Chiabaud, depuis la mort de sa mère, éternel célibataire, vivait seul. Il avait pourtant un frère qui habitait à Marseille. Sa belle-soeur venait passer les vacances d’été avec son fils. Là encore, Antoine avait fait la connaissance de ce jeune garçon. Ce dernier s’occupait des vaches avec son oncle mais, lorsqu’Antoine arrivait, il ne le quittait plus d’une semelle. Antoine n’avait pas eu d’enfant mais était captivé par leur intelligence naissante et leur capacité d’apprendre les choses de la vie, dites par des hommes d’expérience comme lui .
Aussi c’était un terreau tout neuf pour écouter ses histoires et sa conception du monde et des humains. Le soir tard, assis dans le pré, tous deux regardaient les étoiles, en silence.
D’autrefois, il lui énumérait les points spécifiques de sa philosophie personnelle, en les simplifiant toutefois pour un garçon de son âge.
Ce garçon était passionné et lui en demandait encore plus.
Il s’attachait surtout à lui dire qu’un homme doit toujours être franc et honnête et respectueux de la vérité. Il ne savait pas que l’élève dépasserait, un jour le maître !
PROLOGUE
Voilà ! je vais enfin me décider à crier la Vérité vraie, (comme on dit à Marseille).
Mais d’abord, qu’est-ce que la Vérité ?
Acceptons-nous de voir la Vérité ”toute nue“ lorsqu’elle se présente à nous ?
Croyons-nous détenir le vrai sujet sans faille ?
En un mot, est-ce que toute vérité est objective ou subjective.Au fur et à mesure, nous croyons que ce que nous venons de découvrir dans notre subconscient est vraiment le “maillon qui manquait à la chaîne” pour comprendre, pour trouver la solution évidente.
Fallait-il que je le communique au reste du monde ?
Ou bien le garder au fond de moi-même ?
Cette recherche me semblait personnelle.
Pourtant la question suivante revenait souvent à mon esprit: “Comment gardes-tu pour toi cette RÉVÉLATION alors qu’elle pourra apporter la LUMIÈRE aux hommes à ce sujet ?“.
Loin des vieux tabous, on pourra ainsi connaître tout, ABSOLUMENT TOUT !
C’est peut-être cela le symbole de la SAGESSE : donner son trésor à l’autre pour qu’il comprenne.
C’est peut-être une REALITÉ qui sautera aux yeux de ceux qui voudront bien comprendre ?
La recherche de la Vérité est sûrement un acte de Foi.
Face au mystère, j’ai pu évaluer mon tourment et me confier, enfin !, à des pages blanches.
En fait, j’ai voulu raconter cette histoire, arrivée il y a plus de vingt ans, qui m’a fait comprendre le but de la vie : à côté du “matériel” nécessaire, il faut laisser une place importante au “spirituel”.
Des générations avant nous, beaucoup d’hommes, sains de corps et d’esprit, l’ont compris. A la lecture des feuillets suivants, vous allez être, j’espère, passionné par cette Vérité, trouvée un peu par hasard.
CHAPITRE 1er : Le DEFFENDS ORIENTAL
Je m’appelle Antoine-Baptiste Chiabaud. Après avoir fait de solides études au Collège des Maristes à La Seyne-sur-Mer, dans le Var, je présentais mon concours à l’École de Médecine de Marseille. Reçu 133ème sur 160 admis, je mettais ensuite les bouchées doubles pour sortir dans les premiers et choisir une spécialité. “Potache” studieux, d’abord et “carabin” exemplaire ensuite ! La dernière année avant d’entrer comme interne à l’hôpital “La Timone” à Marseille, j’étais épuisé, après les examens. Je décidais donc d’aller un peu me reposer quelques semaines à la montagne, dans les Alpes-Maritimes, chez mon oncle. Mon père, André Chiabaud, était natif de Saint-Auban. Il avait un frère, René, célibataire, qui avait toujours vécu à la ferme familiale avec leur mère. Mon père, chirurgien-dentiste à Marseille, avait laissé la propriété familiale à son frère, étant donné qu’il s’était toujours occupé de leur mère, avec dévouement, jusqu’à sa mort.
Je débarquais donc, un jour, à Saint-Auban, avec ma petite voiture. C’était le 24 Juin 2013, le jour de la St Jean-Baptiste, presque ma fête. Dès ma plus tendre enfance, je me rappelais avec émotion de mon père. C’était un “papa-gâteau”, plein d’attentions pour moi et d’une gentillesse irréelle . Je ne pouvais partager ces joies avec aucun frère et sœur car j’étais fils unique. Mon père avait une vie sans histoire. Très apprécié dans sa profession, il avait un cabinet dentaire qui tournait bien. C’était le meilleur spécialiste des implants de Marseille. Nous étions donc à l’aise sur le plan financier et je n’avais aucun souci à me faire pour mes études. Mon père était prêt à me laisser faire toutes les spécialités qui me feraient envie et, s’il le fallait, tous les voyages à l’étranger que je désirerais pour me confronter à d’autres médecines ! Je pouvais donc envisager de poursuivre ma vie d’étudiant jusqu’à 30 ans passés. Mon père, André était adorable avec ma mère Monique. Cette dernière, bonne épouse, bonne mère était douce et agréable avec tout le monde. De plus, grande, jolie, blonde aux yeux très bleus, elle avait une classe toute naturelle et se faisait aimer de tous. Elle avait de nombreux amis avec lesquels elle faisait des parties acharnées de bridge.
Outre son intérieur, toujours impeccable, elle s’occupait des œuvres charitables de la Paroisse. Mon père était bon avec toutes les personnes du quartier. Il soignait souvent des patients gratuitement, surtout ceux de condition modeste et ne pouvant supporter financièrement des soins dentaires toujours onéreux et très peu pris en charge. Il disait toujours que, plus qu’une question d’esthétique, c’était avant tout une question d’hygiène stomacale. Comme il le rappelait souvent: “il faut être avant tout Humaniste “. D’ailleurs, j’avais appris qu’il était Franc-Maçon et même Vénérable-Maître de sa Loge. Il partait quelquefois, le soir. Une fois rentré de son cabinet, il s’habillait en costume sombre, chemise blanche, nœud papillon noir et chaussures vernies. Il avait toujours avec lui un gros sac de sport à la main. En plaisantant, il disait : “Ce sont mes décors! “. Quant à moi, né en 1990, le 7 janvier, j’étais un beau jeune homme de 23 ans. Grand, mais pas trop, 1m80, j’étais sportif et je pratiquais beaucoup tout ce qui avait trait à la mer, principalement la voile. J’étais même moniteur au club de Cassis. Assez athlétique, mais sans musculature excessive, je pesais 73 kilos. J’étais plutôt filiforme, avec de longues jambes musclées. Mes cheveux, toujours parfaitement coiffés, fins et souples, de couleur châtain foncé, faisaient quelques crans rebelles. Mon visage, au teint hâlé, était la caractéristique des gens qui vivent au grand air. Car, en plus de la voile et des sports de glisse sur l’eau, je m’adonnais, l’hiver à Pra-Loup, au ski alpin, principalement le hors-piste. Mes parents avaient, en effet, un petit chalet, tout en bois.
Maintenant qu’ils étaient plus âgés, ils ne faisaient plus de ski et donc n’y venaient plus souvent. Aussi, régulièrement, je montais avec une bande de copains, bons skieurs et c’étaient alors des week-end de rêve. Mon sourire dévoilait des dents très blanches et sans défaut - (mon père n’y était pas pour rien !) - Mais surtout, j’avais des yeux d’un bleu incroyable (ma mère n’y était pas pour rien !) d’un bleu de ciel de montagne, comme disait mon père. Ce bleu profond et très clair surprenait les gens à chaque regard. Il subjuguait les filles, surtout celles de la fac. Mais je n’avais pas de fiancée. Je préférais “batifoler” et passer de l’une à l’autre. Je ne buvais pas d’alcool, sauf rarement, principalement lorsqu’on organisait des soirées de potaches. Je ne fumais pas non plus : je voyais trop les dégâts que causait la cigarette, je pouvais le constater à l’hôpital, lorsque nous faisions les visites avec le “Patron”. Donc, le 24 Juin de l’année 2013, je me décidais à partir à la montagne, chez mon oncle René, à St-Auban. En démarrant un peu tôt de Marseille, je serais pour le déjeuner à mon point de chute, sans me presser. Il y a moins de 200 kms. Je prenais l’autoroute jusqu’à l’embranchement de Cannes-Mougins. Là, je montais par la “pénétrante” jusqu’à Grasse. J’aimais bien rejoindre St Vallier-de-Thiey par Cabris.
La route, un peu sinueuse, est très jolie. On voit un magnifique panorama. On peut apercevoir, au loin, la mer Méditerranée, les deux iles de Lérins et le massif de l’Estérel.Après St-Vallier, il y a à peine ¾ d’heure de route. La Nationale est belle jusqu’au Logis-du-Pin : c’est la Route Napoléon. Jusqu’à St-Auban, il y a encore 15 kms, faits de nombreux lacets. Cette route est empruntée, chaque année en janvier par le Rallye de MonteCarlo. J’étais de bonne humeur en arrivant dans la plaine de St-Auban, vers 11 heures. Je décidais même de faire un tour jusqu’au petit lac où, enfant, j’allais pêcher les truites. Je flânais un peu le long des berges pour regarder les poissons bondir après les libellules, mais c’était encore trop tôt. Je me déterminais alors à ne pas aller déranger mon oncle. De toutes façons il prenait son repas, très frugal, assez tard, étant donné qu’il devait, sur son tracteur, être dans les champs pour couper les foins. Je savais pertinemment que c’était le moment, car, tout jeune, armé d’une fourche, je l’aidais. Pourquoi alors ne pas aller au village ? Cela me rappellerait de bons souvenirs de jeunesse. Sur la place,les garçons, dont je faisais partie, se réunissaient souvent avec les filles, pour des discussions interminables. Des couples se formaient ainsi quelquefois.
Cela ne durait d’ailleurs que la saison d’été ! J’allais donc, de ce pas, monter au bourg principal. Sur la place, près de l’abreuvoir, il y a la mairie. Trois pâtés de maisons plus loin, dans un dédale de petites rues au sol empierré, se trouve l’hôtel-restaurant du “Tracastel”. Je me dirigeais vers cet établissement. J’arrivais au moment de l’apéritif. J’étais ébloui par le beau soleil, déjà chaud, qui baignait le village. En entrant, je fus surpris par la pénombre. Par rapport à l’extérieur, la pièce était sombre, comme les estaminets d’autrefois. La salle était joliment décorée à l’ancienne : on se serait cru revenu au temps des troubadours. J’apercevais à peine, assis sur un tabouret, une masse trapue, qui sirotait un pastis. Dans la salle, il y avait peu de monde. Je remarquais, d’entrée, un couple attablé. Je reconnus bientôt au comptoir “Pierrot” Colmar, un voisin de mon oncle. Au premier abord, mon visage ne lui rappela rien, car mon absence au village avait été longue. La dernière visite devait remonter à la mort de ma grand-mère, il y avait trois ou quatre ans. Je m’approchais et demandais aussi un apéritif car la route m’avait assoiffé. Pierrot m’aperçut et nous engagèrent un banal dialogue sur les ”ragots” du coin. Il ne m’apprit rien de bien nouveau sur la contrée que je ne sache déjà par mon oncle. J’entrais aussi en conversation avec le patron, auquel je demandais si je pouvais déjeuner. Pierrot partit presque aussitôt, car il devait relever sa mère, qui gardait le troupeau de moutons familial, sur les flancs de la montagne, au-dessus de leur ferme, située légèrement en contrebas de celle de mon oncle. Mais avant, il me présenta au couple assis à une table et qui déjeunait.- “Tiens, Antoine-Baptiste, je te présente le receveur des Postes, Honoré Camatta. Et notre institutrice, Mademoiselle Sylvie Richelmi.” Après les présentations faites, je m’installais à une table pas très éloignée de la leur. Je décidais de ne prendre que le plat du jour car je savais que le soir, mon oncle mettrait les petits plats dans les grands ! Le patron, dans sa jeunesse, avait été “gaucho” en Argentine.
Il avait rapporté une recette de “Chili con carne” qu’il mitonnait lui-même. En guise de régime, je fis un véritable festin ! Mes voisins m’observaient avec attention. Le receveur me demanda : “Est-ce que vous appréciez, jeune homme ?“. Il est vrai qu’à mon âge, on ne m’aurait donné pas plus de 18 ans !“ Comme vous, puisque je vois que vous dégustez le même plat ! “. La conversation s’engagea alors : Je leur répondis, qu’en guise de “jeune homme”! , j’avais fini mes études de médecine, et qu’en septembre, je commencerai comme interne à la Timone, hôpital de Marseille, dans un service de médecine générale.
La jeune femme s’empressa de me demander :“Docteur, j’ai de tous petits problèmes de santé. Comme le médecin cantonal est absent en ce moment, pourriez-vous m’accorder une consultation, dès que possible ?” “Chère Mademoiselle, je n’ai pas encore le droit d’exercer, avant mon internat. De toutes façons, je suis en vacances chez mon oncle, René Chiabaud, pour un bon moment. Cependant, j’accepterai volontiers, au cours d’une conversation, de vous orienter, quand vous m'aurez décrit les symptômes. “Avec plaisir. Voulez-vous passer en début de soirée à l’école où je loge. C’est bientôt les grandes vacances et nous allons mettre la clé sous la porte. “Je passerai sûrement ce soir, après avoir déposé mes bagages à la ferme, aux Deffends, je pense vers 17 heures ? “. ( Antoine réfléchit alors et pensa devoir décommander le dîner avec son oncle !). Cela eut l’air de lui convenir. Sylvie Richelmi (puisque Pierrot me l’avait présentée ainsi !) avait dans les 23 ans, pas plus de 25 en tous les cas. Elle était très jolie : elle avait des cheveux resplendissants, d’une teinte auburn éclatante.
Son visage était ravissant mais sa bouche large et sensuelle était frappante : ses lèvres rouges, pourtant naturelles, ressemblaient plutôt à celles siliconées des superbes artistes d’Hollywood. Ses dents étaient régulières et éclatantes de blancheur. Mais, ses yeux dépassaient tout : ils étaient d’un vert brillant et très clair. Ils contrastaient avec son opulente chevelure longue. Son corps était très bien équilibré : assez grande (1m70), avec de belles jambes musclées ; on sentait qu’elle était très sportive. Elle avait aussi une taille très marquée. En face d’elle, le receveur, Henri Camatta. Il semblait être quadragénaire. Ce n’était pas un adonis : il ressemblait à l’acteur Yul Brynner, de l’autre siècle, avec son crâne rasé. Très bronzé, assez grand, ses yeux avait une couleur bleue délavée et sa figure était encombrée d’un grand nez, un peu aplati. Mais on sentait, à son regard énamouré, qu’il était épris de Sylvie. Y avait-il quelque chose entre eux ? Je ne le pensais pas, mais je ne pouvais le jurer, à première vue. De ce que j’avais vu, au cours du repas, dans leur conversation que j’avais très bien saisie, c’était juste deux fonctionnaires célibataires et seuls dans le village qui prenaient le repas de midi ensemble ! Sylvie n’avait pas un comportement de femme éprise ou aimante.
J’en saurais plus, bientôt, en allant la voir. J’arrivais donc vers 15 heures chez mon oncle. Je savais que c’était la bonne heure. Après un repas rapide vers 13 heures, il avait l’habitude de siroter son café et de boire un coup de gnole, avant d’aller se reposer pour une petite sieste, traditionnelle en Provence. D’ailleurs, fin juin, c’était le moment des foins et il faisait trop chaud pour reprendre le travail au zénith du soleil. Se réveillant vers 15 heures, je savais que je le surprendrais, avant qu’il n’aille à nouveau reprendre sa besogne. Pour descendre du village, on passe par la plaine, devant la ferme Bonome, où l’on va toujours chercher le lait frais, les œufs et les légumes “bio”. Un peu plus loin, arrivé au carrefour qui se dirige vers le lac, on prend la route du col de Bleyne et des villages du Mas et d’Aiglun. Je n’allais pas jusque là. Je n’allais d’ailleurs plus très loin : à environ 500 mètres, après avoir passé la ferme de Pierrot, que j’avais rencontré au Tracastel, il y a un virage à angle droit.
C’est d’ailleurs, au moment du Rallye Automobile de Monte-Carlo, le poste fixe pour changer de pneumatiques. Cette compétition se déroule en janvier et il est nécessaire de mettre les pneus cloutés pour escalader la pente raide du col de Bleyne, toujours enneigé sur sa face nord. C’est à cet endroit que l’on monte vers le Deffends Oriental, là où commence mon histoire. Pourquoi cette appellation des Deffends ? On la retrouve souvent en Provence, car, au Moyen-Age et même avant, les hordes de soldats, brigands et maures qui battaient la campagne pour piller et massacrer les paysans, avaient l’habitude de razzier le Haut-Pays. Ils s’organisaient donc, se transmettaient des informations prévenant ces hordes. Ils faisaient sonner le tocsin et rassemblaient tout le monde au château : Deffends ou “défensière” en patois voulait dire “défense du bourg“, du côté oriental. C’était le premier bastion. Je montais donc, à gauche dans ce virage, une petite pente qui arrivait, en cul-de-sac, au hameau supérieur. Là, il y avait, de part et d’autres de l’abreuvoir pour faire boire les bêtes, à gauche, une grande maison et ses dépendances. C’est la propriété, modeste certes, du facteur du village, Albert Davy. Sur la droite, vers l’est, une grande et longue bâtisse, domaine des Chiabaud.
La première maison est celle de mon oncle. Assez coquette, de deux étages, les écuries se situant en dessous. A la suite, deux immenses granges qui servent à entreposer le foin pour l’hiver. Sur le chemin du dessous, qui permet d’accéder aux écuries, on arrive au bout du bâtiment. A cet endroit, se situe une petite maisonnette, assez originale, toute en bois dans la partie supérieure : on dirait un petit chalet savoyard. Comme je l’ai expliqué, mon père a tout laissé à son frère, mais, ce dernier, nous réserve cette petite maison indépendante pour, éventuellement, passer des vacances. C’est donc là que je résiderai, tout heureux d’être seul, au calme. J’arrivais donc à 15 heures. Je tapais à la porte. L’oncle René savait que c’était moi, averti par ma mère le matin même. Il avait fait un effort : bien rasé, sans son béret crasseux habituel, il m’accueillit avec des vêtements propres : une chemise rayée à grosses côtes, comme un "cow-boy” et un “jean” flambant neuf. J’étais heureux de le retrouver car c’était un homme simple mais bon, sans jamais aucune histoire avec ses voisins. Outre le père Davy, veuf, qui vivait seul et Pierrot et sa mère, dont la ferme était un peu plus avant, au bas de la côte, il y avait, dans le plan intermédiaire, une coquette maison, habitée par François Bonamy qui avait perdu récemment sa mère. C’était, lui aussi, un vieux célibataire endurci. On le surnommait “Mistral” car il pouvait être, comme le vent, froid et violent. Garçon d’une soixantaine d’années, du fait d’être célibataire, il était resté jeune d’allure et, contrairement aux autres hommes du hameau, toujours tiré à quatre épingles. Intelligent et instruit , c’était le correspondant de Nice-Matin et ses reportages étaient toujours très documentés et plein d’humour. Il était assez aisé et allait souvent à la ville la plus proche, Castellane. Il faisait la fête avec les copains et allait souvent voir les filles : il avait la réputation d’un homme aimant la belle vie, alors que les gens du coin étaient, bien que riches, assez avares. C’était son côté sympathique et j’aimais m’arrêter chez lui discuter de tout, notamment de politique. Il était aussi président de la Société de Chasse de St-Auban et l’hiver, organisait dans le coin toutes les battues de sangliers.
Mon oncle, contrairement à son frère, était plutôt petit et râblé. André, de sept ans son aîné, était grand, athlétique, blond, les yeux bleus. René, quant à lui, était noiraud de peau, des cheveux noirs, les yeux ronds très foncés avec une chevelure très abondante, toute hirsute, qu’il cachait bien sous son béret. Mon père ressemblait à son père et René à sa mère.Depuis sa mort, célibataire endurci, René avaient eu trés peu d’aventures, peut-être seulement avec quelques fermières de la région. Ces dernières ne voulant surtout pas se marier avec un paysan.Il avait donc reporté toute son affection sur sa jument “Poule”. Elle était maintenant assez âgée, mais lui avait rendu d’énormes services pour son travail agricole. Il avait longtemps labouré avec un vieux socle de charrue attelé derrière sa grosse jument.
Maintenant, comme tous les agriculteurs du haut-pays, il n’y avait que la rentabilité qui comptait. La plupart, comme mon oncle, était équipé de gros tracteurs "Caterpillar", car toutes les restanques étaient en hauteur.La principale culture dans toute la vallée était la pomme de terre dite de “Manosque”. Elle ne valait évidemment pas la qualité de celle de Noirmoutier mais elle était quand-même excellente. Pourtant les grossistes la vendait bien et mon oncle cédait sa production, d’une année sur l’autre, sur pied. C’était la principale ressource du coin et tous les paysans étaient à l’aise, du fait qu’ils produisaient de gros tonnages. Au Deffends, seul Pierrot Colmar était en plus, éleveur de moutons. Il vendait son bétail aux abattoirs de Nice, celui de Puget-Théniers étant fermé depuis longtemps.En plus mon oncle était connu pour sa production de myrtilles, fraises des bois et surtout framboises cultivées sous serre. Là encore, toute sa récolte était achetée par l’Hôtel Carlton de Cannes qui servait des fruits frais et surtout des flûtes de champagne aux framboises écrasées.Évidemment, mon oncle coupait les foins au début de l’été, afin de nourrir Poule.Ma famille avait peut être des origines nobles : mon oncle gardait toujours dans la salle à manger, un vieux tableau poussiéreux représentant des armoiries notées Chiabaud de Mallamaire.En effet, pas très loin de St-Auban, un peu après le Logis du Pin, sur la route Napoléon, il y avait un petit bourg nommé Mallamaire. Ce dernier, était rehaussé d’un petit lac, situé au fond des prés, en bordure de la forêt. Il n’était pas très grand mais avait, en son centre, un îlot flanqué d’une petite construction.
Or, sur le blason de la famille, ily avait la même représentation.Dans la grange de Poule, au fond, il y avait une calèche faite pour être attelée. Elle m’avait toujours intrigué. Je posais donc la question à mon oncle. Pour quelle raison gardait-il cette antiquité d’un autre âge ? Il me répondit, qu’appartenant à son voisin, Monsieur Valentin, mort depuis, elle avait servi dans le film qu’avait tourné le metteur en scène René Clément dans la région en 1951. Elle était toujours très jolie et bien conservée malgré son âge : blanche et verte, toute travaillée, avec des ciselures croisées sur les côtés. C’était donc la carriole sur laquelle étaient installés pour se promener, les deux enfants du film “Jeux interdits”, qui se nommaient Brigitte Fossey et Pouloudji. Ce film, dans le temps, avait eu beaucoup de succès.L’appartement dans lequel je vivais, était situé, comme je l’ai dit plus haut, au bout du bâtiment, après la principale maison et les granges. Mon oncle l’avait gardé et conservé pour son frère, qui avait bien voulu tout lui laisser.
Il l’entretenait avec un soin tout particulier et faisait même quelquefois le ménage, car nous y avions laissé quelques meubles de valeur. Donc, à l’est du bâtiment, on pénétrait dans ce grand chalet en bois par un escalier de sept marches qui donnait sur un perron. Comme à la montagne, une première porte servait de sas, avant d’entrer dans la maison par une seconde porte vitrée. Le sol était en beau plancher ciré. Une grande pièce servait de salle à manger avec, au centre une longue et majestueuse table en bois taillée grossièrement, ayant des bancs autour. Cette pièce avait, dans le fond , une cheminée où, au-dessus, était sculptées les armoiries de la famille. Au nord, se trouvait une petite cuisine avec un grand fourneau à bois et un réchaud électrique. Il y avait aussi deux chambres spacieuses qui donnaient sur le sud avec vue sur le grand pré de la propriété. Une de celles-ci, la plus grande, pour mes parents et la mienne, coquette mais plus petite. Un cabinet de toilettes avec douche terminait cet ensemble sobre mais confortable.Souvent mon oncle m’amenait, quand j’étais petit, au col de Lescuissier qui dominait le Deffends Supérieur où nous habitions. Lescuissier était une déformation provençale et locale de l’Écuyer. Sur la carte de la région, le Pas de l’Écuyer culminait à 1300 mètres alors que nos habitations se situaient à 1150 mètres.
Un petit chemin de terre y conduisait. Les hommes de la commune qui participaient aux battues de sangliers, dont mon oncle, l’empruntaient même l’hiver sous la neige, sous la direction de “Mistral”. En effet, il y avait beaucoup de ces prédateurs qui, au moment des grands froids, descendaient en horde, pour se nourrir, dans les champs de pommes de terre situés dans la plaine en dessous.Ce chemin, à peine large d’un mètre, ne pouvait servir qu’aux paysans, aux chasseurs ou aux randonneurs. Il serpentait d’abord à travers quelques champs de patates situés sur des restanques, puis dans une jolie forêt de hêtres et pins où l’on trouvait d’ailleurs beaucoup de champignons: sanguins surtout mais girolles au printemps et cèpes ensuite après les grandes pluies de fin août.Enfin, on arrivait au pied du col mais devant une barrière de grands buis. Il fallait connaître la faille entre eux pour pouvoir, en quelques mètres se retrouver au sommet, sur un plateau dominant, au sud la plaine des Deffends, avec, au loin, le col de Bleyne séparant notre vallée de celle de Thorenc. Mais surtout à l’est on trouvait un chemin qui serpentait en une longue pente vers le mont dominant la vallée : Harpille, le plus haut sommet du coin, culminant à 1686 mètres. Au nord, on apercevait l’autre vallée, avec, blotti au fond des gorges, un village, Briançonnet qui était particulièrement pittoresque et où je descendais quelquefois par le petit sentier qui prenait naissance à cet endroit.À propos de cette faille, mon oncle m’avait raconté, qu’au cours de la dernière guerre mondiale, les résistants du coin avaient installé là un maquis. Grâce à ce miracle de la nature, les Allemands n’avaient jamais pu les trouver.J’avais donc dit à Sylvie, l’institutrice, que je me rendrais à l’école le soir même pour écouter ses “doléances médicales !“.
D’un tempérament très intuitif je supposais déjà qu’elle voulait plus qu’une consultation médicale ! Mais on verrait bientôt tout cela. Après un brin de toilettes, je m’habillais avec recherche, sans toutefois forcer, me rappelant que j’étais dans un petit village provençal et non sur la Canebière !A dix sept heures précises, je me pointais à la sortie de l’école. Comme les enfants sortaient à seize heures trente, je savais que nous serions tranquilles. Je la trouvais m’attendant, semble-t-il, avec impatience :- “Alors, Mademoiselle, qu’attendez-vous d’un futur médecin ?”- “Je vous en prie, appelez-moi Sylvie”Je compris très vite, à l’examen de son thorax découvert, que ses douleurs intercostales dont elle se plaignait, n’étaient pas très fortes. Je soupçonnais même que c’était plutôt son cœur qui battait un peu fort pour un jeune homme qui arrivait de la ville.Je lui dis donc que cela serait plus agréable pour tous deux, de converser de sa situation personnelle au cours d’un repas, ce qu’elle s’empressa d’accepter.Je l’emmenais donc à l’Auberge de la Clue, au bas de St Auban, à l’entrée du village, à l’orifice des gorges qui permettent de rejoindre Briançonnet.
De là, une petite route sinueuse et très étroite relie l’autre vallée, vers le nord.A l’auberge, chez la mère Mouska, on y dînait très bien pour un prix raisonnable. Le soir, en été, on pouvait s’installer sur la terrasse dominant les gorges. Elle était éclairée par de petites guirlandes multicolores à peine scintillantes, de manière que les couples qui le désiraient puissent trouver quelques coins dans la pénombre. Déjà, cela créait une ambiance coquine. Évidemment, je cherchais le coin le plus sombre.En arrivant, je commandais deux américanos, ce qui nous donnerait, j’en étais certain, une légère euphorie et beaucoup de complicité.Sylvie ne se fit pas prier pour le boire, accompagnés de quelques champignons sanguins, du cru, marinés dans l’huile d’olive et des herbes de Provence. La mère Mouska, fine cuisinière, avait des spécialités connues de toute la région : champignons qu’elle ramassait elle-même - l’hiver on se régalait à sa table d’un civet de marcassin à la chasseur – à Noël, c’était son fameux foie gras de canard aux truffes noires d’Aups. Mais sa spécialité était la brouillade aux truffes et aussi les truites aux amandes qu’elle pêchait dans son vivier au moment de passer à table. C’est d’ailleurs ce que je commandais.Nous nous précipitâmes sur ces plats avec un bon appétit. J’avais accompagné ces mets d’un vin de côteaux de Pierrevert : un petit rosé fruité excellent et surtout bien glacé. Je n'hésitais pas à commander deux bouteilles pour mettre Sylvie en conditon. Arrivés au dessert, nous n’en pouvions plus. Néanmoins, on eut encore la place pour ingurgiter deux crèmes brûlées faites maison, un café et un bon verre - offert - de liqueur locale de Génépi pour chacun de nous.Sylvie était tout à fait au point pour se laisser prendre la main et me laisser roucouler des mots tendres qui n’avaient rien de “médicaux”, dans ce coin sombre de la terrasse.
Elle avait, je crois, déjà oublié la raison de notre entrevue à l’école. Tout au moins, elle sentait, avec son intuition féminine, et le désirant elle-même, que j’étais mûr pour l’aider à commencer avec bonheur ses vacances, qui allaient bientôt arriver.En sortant de l’auberge, je l’embrassais tendrement dans le cou et lui proposais de venir prendre un dernier verre dans mon petit chalet. Elle ne me répondit même pas et s’assit prestement dans ma voiture pour terminer une soirée qui avait si bien commencée.Arrivés chez moi, je lui fis faire le tour du propriétaire, tout en lui demandant de ne pas faire trop de bruit, afin de ne pas réveiller mon oncle qui dormait à l’autre bout de la bâtisse.Je crois que nous n’avons jamais pris ce dernier verre car nous n’en eûmes pas le temps.Je me fis, alors, très amoureux, me serrais contre elle et commençais lentement et superficiellement mais longuement, à l’embrasser partout où je trouvais sa chair nue sous mes lèvres. Elle me rendit ces baisers en me prenant ma bouche et en s’attardant avec sa langue, au fond de mon palais.
Comme je l’ai dit, c’était une réelle beauté et je commençais à m’exciter. Quant à elle, tout son corps ressentait mes ardeurs et ses joues s’empourpraient. Pour me répondre, elle caressait lentement mes cheveux derrière la nuque avec une main très douce.- “Je te veux “, murmura Sylvie d’une voix rauque.- “Tu sais, j’attendais ce moment depuis tout à l’heure, lorsque je t’ai vue au restaurant !” lui répondis-je.Elle me dit encore: “J’aime te toucher sur tout ton corps, particulièrement en dessous du nombril. Je sens alors ta virilité monter et je désire que tu me pénètres ! “.Je la fis quand même attendre et un jeu sensuel très subtil commença entre nous.
Elle s’assit sur le rebord du lit et m’attira contre elle, tout en ouvrant légèrement ses cuisses. Je la caressais avec amour en commençant par ses longs cheveux. Elle avait mis ses mains derrière la nuque et s’abandonnait, petit à petit, tout en s’allongeant totalement sur le lit. Délicatement, elle me donnait des petits coups de langue sur le visage : elle me léchait comme si j’avais été un petit cabri ! Elle riait et, me regardant, me disait que mon visage avait le goût du sel.Je me serrais encore plus fort contre elle. Sylvie commença à émettre de petits gémissements de plus en plus sourds et longs.En même temps que je la déshabillais, ma langue lui donnait des petites caresses partout, surtout en s’attardant sur la pointes des seins.Je remontais alors jusqu’à ses lèvres et l’embrassais goulûment.
Tandis que je continuais lentement à ôter sa robe, je découvris carrément la totalité de ses seins : j’y plongeais mon visage pour fureter, tout en admirant ses rondeurs très ferme. Subrepticement, je continuais à faire glisser sa robe le long de ses hanches : la ligne de ces dernières était parfaite, tout en contraste avec la longueur fuselée des jambes.Je percevais maintenant son jolie petit ventre tendu, je tâtais son nombril et sentis alors sous mes doigts, en dessous, ce qui devait être sa toison. Elle était là, très fournie et lui cachant son bien suprême : deux lèvres prêtes à l’emploi, sécrétant un baume qui avait une odeur de parfum de nard.Tout en me maintenant sur elle, je poussais au loin, avec mes pieds ce léger tissu qui lui servait d’habit afin qu’elle soit totalement dévoilée : le spectacle était charmant d’un corps presque laiteux sur un plaid aux couleurs vives.Je sentis que sa toison bien épaisse cachait un pubis tendu et plein de désir.Je commençais à le fouiller avec une main experte et tout était, à l’intérieur, comme un voile léger qui devenait humide : cela devenait agréable au toucher.Je caressais encore le haut de ses cuisses et remontais lentement jusqu’à son bas-ventre.
A ce moment, je pris, avec mes deux mains, ses deux petites fesses en forme de poires, pour les presser contre mon corps.Je me débarrassais du peu de sous-vêtement qui me restait. Les sexes furent alors en contact . Là, la symbiose s’accomplit lorsque les corps fusionnèrent. Dès cet instant,elle commença à gémir et le râle se fit de plus en plus fort.Après un long travail de ma part,dans son intimité, ce fut un orgasme réciproque et simultané qui nous laissa pantois tous deux.Cette idylle dura presque deux semaines.
L’école n’était pas encore tout à fait finie et, les élèves une fois en vacances, elle devrait tout laisser en ordre, prêt pour l’année prochaine. Sylvie était seule institutrice pour donner des cours à trois classes élémentaires, comprenant près de 25 élèves.Donc, vers mi-juillet, elle partirait rejoindre ses parents pour quelques jours et repasserait à St-Auban pour me voir quelques temps avant d’aller assumer la direction d’une colonie de vacances au mois d’août près de Gap.Elle m’avait promis qu’elle m’enverrait une carte postale de chez ses parents. Non seulement je ne reçus pas de carte mais elle ne repassa pas par le village. Cependant, début août, je trouvais dans ma boîte aux lettres, une missive venant de Gap où elle m’expliquait les conditions agréable de sa mission : enfants on ne peut plus gentils et collègues - la plupart des hommes - qui l’invitaient souvent à aller danser.Je sus alors que notre aventure était terminée. Comme elle ne m’avait pas donné d’adresse précise, je ne pus même pas lui répondre.J’aidais donc mon oncle à ramasser les foins dans la journée. Le soir, fourbu, je n’avais même pas envie d’aller au village rejoindre des jeunes de mon âge, que j’avais connu en vacances lorsque nous étions enfants.Il m’arrivait de m’étendre dans le pré devant le chalet, pour contempler les astres et surprendre les étoiles filantes, très importantes à cette époque de l’année.
Les cieux, en été, dans la montagne, sont d’une pureté inégalable.Tout en regardant les étoiles sur ma tête, je pensais au “Petit Prince” d’Antoine de St-Exupéry.Je connaissais, grâce à mon père, les textes philosophiques connus et en particulier ceux traitant d’ésotérisme. Donc, je revoyais, phrase par phrase, la synthèse qui se dégageait de ce texte.En fait, Saint Exupéry, dans cette histoire qu’il fallait lire au second degré, était allé à la rencontre de lui-même, pour découvrir ce trésor que nous possédons tous : l’intériorité.Évidemment, assez croyant, j’étais attiré par cette manière de voir les choses, c’est-à-dire ne pas être trop matérialiste et mettre toujours une touche de spiritualité dans la vie quotidienne. Comme je l’ai dit, au début, nos visites matinales avec le “patron”, nous faisaient toucher du doigt la misère humaine. Un toubib qui fait le serment d’Hippocrate, doit, avant tout, avoir de la compassion pour l’autre.L’auteur du “Petit Prince”, à travers ces lignes, me semblait le plus en phase avec cette réalité de la vie : lui, aviateur dans la postale et disparu dans les cieux au cours de la seconde guerre mondiale, était devenu, par la force des choses, un “extra-terrestre” habitant une autre planète et, peut-être, nous observant de là-haut !N’a-t-il pas dit : L’essentiel est invisible pour les yeux : il faut le regarder avec le cœur.
Quoi de plus simple que de dessiner un mouton ? Et pourtant dans le désert lorsqu’il rencontre une “autre lumière” au cœur sensible, prêt à s’évaporer dans “l’invisible” pour des rencontres singulières, vers d’autres planètes ? : il comprend alors le message divin. Mais là, comme sur terre, il trouve des êtres seulement préoccupés par leur “ego” et leur promotion dans la vie sociale.Après bien des péripéties dans l’Univers des planètes, le Petit Prince comprendra l’importance de l’Amour. Tout va le conduire à l’intuitivité, à la sensibilité, à la pureté des actes gratuits.Une à une, toutes ses “étoiles de foi en l’être” peuvent s’allumer dans un Cosmos d’Amour.Il comprend qu’il faut se dévouer pour le prochain. La vision du “cœur de l’homme” devient évidente et créera, sans doute, des rapprochements dans le silence, dans la méditation. C’est ce que le Petit Prince a découvert dans cette étendue désertique.Cette manne intérieure doit nous transcender et guider notre vie intime.
On ne s’accomplira véritablement que dans le dévouement pour les grandes causes de l’humanité entière.Voilà ce que je comprenais en regardant les cieux et en me remémorant les belles lignes de ce conte pour enfants, qui cachait, en fait, l’essentiel d’une vie d’homme.Plus que jamais, je désirais être Médecin du Monde pour une meilleure approche des soins à dispenser aux plus pauvres de cette planète.Comme l’avait dit si bien St Augustin: “Aime et fais ce que tu voudras ! “.Après cette première aventure imagée en termes érotiques, je crois que cela fait du bien de prendre un peu de recul et de contempler cette immensité au-dessus de nos têtes.
Voir en grandeur nature cette voûte étoilée et peut-être s’imaginer au lointain le Créateur ! cela nous fait comprendre que l’Amour peut aussi sublimer notre âme!
CHAPITRE 2 : Antoine-Baptiste et les " Transhumants "
Mon oncle René était habitué à une nourriture plutôt frugale et presque toujours la même.Je me rappelais qu'avant Noël, vers le 21 Décembre, qui est, en montagne, la nuit la plus froide, il "tuait le cochon". J'étais venu l'aider une fois ou deux, car lorsque ma grand-mère était vivante, nous venions passer la veillée de Noël en famille, avec eux.Je montais donc quelques jours avant et, cette nuit-là, c'était " la nuit de la charcuterie".Dans un porc, rien ne se perd.
Il achetait, sur pied, le 20 Décembre, dans une ferme d'Aiglun, une grosse pièce.Lorsqu’on l’abattait, le plus dur était de l’entendre gémir, une fois égorgé et que l'on récupérait son sang dans une bassine. Mais il ne souffrait pas longtemps. Avec le sang, c'était le boudin, que l'on préparait avec des oignons frits, sur le fourneau allumé à cet effet. Il fallait découper ensuite les quatre jambons: deux cuisses et deux épaules. – ( il nous donnait d'ailleurs chaque année pour notre consommation, un jambon de la cuisse et des saucissons)-
Tous les petits morceaux de viande récupérés étaient passés à la machine à hacher, que l'on enfilait ensuite dans de longs boyaux pour faire des saucissons. Le tout, ensuite, était descendu dans la cave fraiche, pour les suspendre à des crochets fixés à demeure. Mon oncle prenait soin de saler ses jambons et les surveillait sans arrêt.Il restait à faire quelques petits pâtés et le fromage de tête, ce qui était le plus délicat. Le lendemain, on faisait un festin avec les pieds du cochon accompagnés d’une bonne sauce aux capres. Rien ne se perdait : même les entrailles étaient utilisées.Tout au long de l’année,ses repas étaient frugaux :mon oncle se contentait, à midi, d'un plat de pommes de terre- ( cela ne manquait pas , puisqu'il en retirait des tonnes de ses champs qu'il vendait ensuite ) – accompagné d'un morceau de petit salé ou de jambon cru. Les rondelles de saucisson étaient réservées pour les « goustarouns » dans les champs vers la fin de l’après-midi, lorsqu’il travaillait jusqu’à fort tard.Rares étaient les jours où il achetait au boucher ambulant de la viande : quelquefois des côtelettes d’agneau sauf à Päques où il dégustait le traditionnel gigot.Le soir, il se faisait seulement une soupe de légumes.
Mais, comme il travaillait la terre, il buvait bien un litre de vin par jour.Son péché mignon était d'étaler sur une tartine de bon pain de campagne un gros morceau de fromage de chèvre.Il avait l'habitude de prendre cette spécialité toujours au même endroit.Un soir, il me déclara : " Je profite que tu es là : peux-tu m'emmener demain en voiture chercher une provision de fromages ? ".Le lendemain matin, nous voilà partis, tous deux, en voiture, dans un petit village voisin : Le Mas.En partant du Deffends, on se dirige vers le Col de Bleyne. A cinq kilomètres environs, à l'embranchement vers ce col, on va vers Aiglun. Le Mas est à peine à deux kilomètres.Cette route est très pittoresque.
Après Le Mas, on s'engage vers la clue d'Aiglun et celle du Riolm pour redescendre par Sigale vers Roquesteron, la clue de la Péguière et rejoindre la route de Nice à Puget-ThéniersAvant d'arriver au Mas, il y a un petit hameau, " Les Sausses " : c'est là que nous allions.Mon oncle avait pris le soin, avant de partir, de faire un beau bouquet de fleurs des champs. Ce bouquet était vraiment joli, très varié et multicolore.En route, il m'expliqua que nous allions voir deux fromagères; l'une, plus âgée, Madame Guédiguian et l'autre bien plus jeune, Mademoiselle Purzio. Leur fromagerie était située un peu au-dessus des Sausses, dans un endroit très isolé. On y trouvait deux jolies petites fermes bien propres, en tous les cas,blanchies à la chaux. Un grand enclos se situait devant ces bâtiments. Il y avait dans cet enclos, côte à côte, des chèvres et des brebis qui paissaient tranquillement.Chacune faisait une variété de fromage, l'une de bons pavés de chèvre, l'autre une tome de brebis renommée.Anne Guédiguian avait un troupeau de chèvres qu'elle amenait à flanc de colline tous les jours. Cette dernière était dénudée car les chèvres mangeaient les broussailles et même les petits arbustes.
La jeune femme, Yasmina Purzio, possédait quelques belles brebis, vraiment séléctionnées car son frère , berger, avait un gros troupeau de moutons qu'il montait, à la belle saison, en altitude. Quant à elle, pour les besoins de la vente de sa production, elle gardait ces quelques brebis.En été, Le Mas est très animé par les nombreux vacanciers qui viennent occuper leur résidence secondaire. Par contre, l'hiver, il y a peu d'habitants, peut-être seulement ces deux femmes et le frère qui redescend des alpages.En arrivant,mon oncle, tout en rougissant et baissant les yeux, tendit le bouquet à la plus âgée qui parut très heureuse de ce geste. En vieux célibataire endurci, je sentis qu'il n'oserait jamais lui faire la cour, car les femmes le paralysaient.Anne Guédiguian, d'origine arménienne, avait longtemps vécu à Cannes. Après la mort de son mari, son fils Georges élevé,elle avait décidé de se retirer dans ce coin perdu, car elle aimait la solitude et la méditation. Elle vivait simplement de la vente des fromages de chèvre.
Elle avait convaincu sa jeune associée de l’accompagner dans une lamaserie bouddhiste de la région.Je fus surpris par la beauté de Yasmina. Sensiblement de mon âge, elle ressemblait à une "sauvageonne". Je sus, plus tard, qu'elle n'avait même pas d'amoureux.Assez grande, 1mètre 74, elle avait un type méditerranéen assez prononcé : entre la femme corse et la femme sarde. Des cheveux longs, très noirs, à peine bouclés. Son visage était fin, une ligne pure avec un nez aquilin et deux grands yeux noirs.Sa bouche était éclatante avec des dents régulières et saines. L'éclat de sa dentition contrastait avec sa peau mate et bronzée.Avec un prénom pareil, peut-être était-elle d'origine tunisienne?Alors qu'elle était mince et une taille bien fine, on devinait , sous sa mince blouse presque transparente, une poitrine opulente mais ferme sans toutefois être trop grosse.Elle avait aussi de longues jambes fuselées et surtout des chevilles de princesse.Pour une paysanne vivant loin de tout, elle était très soignée dans son apparence et très propre dans sa toilette.Contrairement aux jeunes femmes de sa génération, elle ne cédait pas à la mode des "jeans", mais une jolie robe pimpante, aux couleurs variées qui lui seyait à ravir.Aux pieds, elle avait des espadrilles multicolores, très fantaisie. Il faut dire qu'elle allait souvent, avec sa camionnette, vendre sa production au marché de Castellane.
D'emblée je fus subjugué et entièrement sous son charme. Je pense qu'elle s'en aperçut car elle se montra avec moi pleine d'attentions, s'occupant de mes désirs, me faisant visiter son exploitation et n'arrêtant pas de converser à bâton rompu, de tout et de rien.Est-ce que,elle aussi, était tombée amoureuse ? en tous les cas la question m'effleura l'espritPeut-être, un "coup de foudre" réciproque ?Mon oncle, de son côté, parlait avec Anne. De ce fait, Yasmina et moi, et cela nous arrangeait bien, étions comme seuls au monde.Ainsi, j'en appris beaucoup, ce jour-là, sur l'élevage des moutons et sur la façon de faire les fromages au lait cru.Elle m'emmena ensuite dans sa petite maison, séparée de celle d'Anne.
Elle vivait dans celle-ci avec son frère , lorsqu'il ne gardait pas les moutons en alpage. Ce dernier, prénommé Jean, vivait de la production de viande : il la vendait aux abattoirs de Puget-Théniers, à des grossistes, sous le label "Agneau de Sisteron".Tous deux, n'arrêtant pas d'échanger des idées, nous ne vîmmes pas le temps passer. A la nuit tombante, il fallut bien penser à reprendre le chemin de la maison.Je promis à Yasmina de revenir la voir très bientôt : je vis, alors son visage s'éclairer d'un sourire.Entretemps, je lui avais parlé de ma carrière qui commencerait dès l'automne à l'Hôpital de la Timone.Je restais silencieux tout au long du parcours de retour, ne pensant qu'à ma rencontre avec Yasmina.Le soir, je me retirais bien vite après un bol de soupe pris en vitesse avec mon oncle. Je ne pouvais m'empêcher de revoir en rêve, cette belle créature, un peu sauvage, dans ce magnifique environnement champêtre.
Longtemps encore, elle hanta mes pensées, jusqu'à ce que je puisse m'endormir.Le lendemain matin, je me levais plein d'enthousiasme. Comme Yasmina m'avait donné son numéro de téléphone, j'entendis bientôt, dans le combiné son timbre de voix qui me fit frissonner : cela ressemblait à une musique agréable.Elle m'expliqua qu'elle n'irait pas au marché aujourd'hui, devant s'occuper de petits agnelets.Comme l'après-midi même, elle pensait fabriquer du fromage, elle me proposa de venir l'assister.Je lui dis oui sans hésiterEn début d'après-midi, j'arrivais chez elle, suffisamment assez tôt.Je passais un moment délicieux, plein de découvertes en tout genre.Elle m'apprit aussi que, bientôt, elle monterait avec son âne, ravitailler les transhumants qui se trouvaient dans les alpages, au bas du mont Harpille.
Je lui dis que je connaissais ce mont, puisque, à partir du Deffends, j'y parvenais par la voie nord, en passant par le col de Lescuissier. De ce côté là, on surplombait la vallée du Briançonnet, tout en circulant sous de grands arbres.Par contre, sur le versant sud, Yasmina montait par un long chemin assez large et peu pentu, tout en transversale mais assez aride et à découvert.Elle s'arrêtait au lieu dit "l'Hôpital", là où était construite une longue bergerie pouvant, le soir, accueillir cinq cents moutons. En liberté le jour, les moutons étaient rabattus des alpages par les chiens, la nuit venue, par crainte de l'attaque des loups.Son frère n'était pas le seul berger avec son troupeau. Deux hommes plus âgés, venant de Comps avec leurs bêtes, séjournaient régulièrement l'été,avec lui là-haut.Yasmina montait souvent les voir, emportant des provisions pour tous trois.Elle me proposa de l'accompagner la prochaine fois, qui était d'ailleurs le surlendemain. Elle me demanda de préparer des effets et des provisions de bouche pour mon usage personnel, pour environ trois ou quatre jours. Je pensais donc à prendre mon sac de couchage,une lampe tempête et des vêtements chauds et de pluie, car c'était la pleine montagne. Il y avait, là-haut beaucoup de brouillard ou du "crachin".
Il n'était pas rare de voir éclater, soudainement , un violent orage. Alors, même en plein été, la température, subitement, descendait de quelques degrés.De plus, la nuit, il fallait se couvrir, l'atmosphère étant très fraîche.Elle m'avertit que le départ était fixé à cinq heures du matin. Il y avait trois heures de marche, très lente, à cause du bourrin chargé de provisions. Nous-mêmes devant porter, chacun, un sac très lourd, pouvant peser jusqu'à dix sept kilos.Je me reposais donc le lendemain et,le jour suivant, dès quatre heure trente, je démarrais des Deffends.Je la retrouvais à quatre heure quarante cinq, prête et pimpante, habillée comme si nous partions en expédition dans l'Annapurna.Elle m'attendait avec un bon café chaud, avalé en vitesse et nous partîmes derechef sans perdre de temps.La montée se fit tranquillement, tout en se reposant quelquefois, car les sangles des sacs à dos, trop chargés, nous tiraient sur les épaules. Mais nous ménagions surtout son âne, Prosper qui, sobre comme tous ses congénères, devait pourtant s'abreuver de temps à autre, en fait dès que nous trouvions à proximité du chemin, une petite rigole, ce qui ne manquait pas dans la montagne.Au fur et à mesure que nous montions, et après avoir vu son lever radieux, on pouvait regarder le soleil briller lentement à l'horizon.
On apercevait toutes les vallées environnantes à nos pieds, avec quelques chaumières au plus lointain, dont les cheminées fumaient déjà. Peut-être que les paysannes préparaient aussi pour leurs hommes un bon café bien fort et bien chaud?C'était grandiose et j'en avais le cœur qui battait, peut-être et surtout par la présence silencieuse de ma charmante compagne.De temps à autre, nous entendions le cri strident des marmottes qui surprenait dans le silence effrayant de la montagne et se répétait écho après écho.Mais, bientôt, une autre marmotte lui répondait au lointain. Peut-être, voulaient elles ainsi prévenir les animaux encore endormis, de la présence insolite d'une petite caravane.J'admirais, malgrè la charge qu'elle portait, la souplesse de cette jeune femme, marchant d'un pas alerte devant moi et parlant à son âne avec douceur. Cela me faisait penser aux bourricots arabes que j'avais vus dans le sud tunisien à Tozeur, chargés à mort et frappés par leurs maîtres. Prosper, lui, se faisait un plaisir d'obéir à sa maîtresse. Quant à moi, je regardais avec envie cette façon idyllique de concevoir la vie simple dans cette belle nature, au calme, alors qu'en ce moment même la plupart des humains se pressaient, à s’étouffer, dans les transports urbains des grandes cités du monde, cela afin de subsister. Qu'on était loin de ce matérialisme imbécile, qu'inconsciemment, les hommes subissaient. Je me demandais alors où étaient les moutons? En haut dans la nature ou en bas dans les grandes plaines ?
Nous arrivâmes,enfin, au détour d'une grande boucle, devant un long bâtiment en pierre avec un immense abreuvoir un peu à l'écart.Trois hommes nous attendaient pour décharger les provisions. Un grand, très brun,jeune et vigoureux qui s'avança et embrassa Yasmina et deux, plus âgés, dont un claudiquant mais quand même assez leste.Je fis alors connaissance de Jean, son frère et des deux autres ( l'un venant de Comps et l'autre de Manosque ) : Jacques et Michel.Jacques, grand gaillard, n'avait qu'une jambe et une gueule de baroudeur. Mais, avec sa prothèse, il se débrouillait mieux que certains avec leurs deux jambes.Michel était plus petit et trappu. Burinés par le vent des cimes, ces deux quinquagénaires étaient encore très verts.Rapidement, ils me racontèrent leur histoire. Ils s'étaient connus en Indochine.
Militaires engagés dans le Corps Expéditionnaire français, ils avaient été de tous les coups durs. D'abord, rescapés du massacre de la R.C. 4, ils furent faits prisonniers à Dien-Bien-Phu.Pendant les deux ou trois jours passés ensemble, surtout à la veillée, le soir au coin du feu, j'eus droit à connaître leurs "exploits" :Ainsi, dans le Haut-Tonkin, en septembre 1950,ils faisaient partie de la colonne du Colonel Lepage qui descendait de Cao-Bang pour rejoindre la colonne montante du Colonel Charton qui avait pour mission de les encadrer et les emmener, tant qu'il était encore temps, vers le gros des troupes françaises cantonnées dans le Bas-Tonkin.
Mais voilà, c'était déjà trop tard !Le total des deux colonnes, soit près de six mille hommes, formés de bataillons d'élite,furent rapidement encerclés par cent mille viets!Pendant quelques jours,début octobre, ce furent des combats incessants, le long de la Route Coloniale n° 4. En fait c'était du harcèlement par des coups de feu à l'improviste, venant de la jungle entourant cette voie.Ces tirs, soudains et sporadiques, étaient particulièrement meurtriers et sapaient le moral des troupes, d'autant plus, que le soir, il fallait se mettre à l'abri derrière les camions, les rafales devenant incessantes.Malgrè le renfort des parachtistes-légionnaires du 1er R.E.P., commandés par le réputé Colonel Jean-Pierre, qui se dévouèrent presque jusqu'aux derniers, cette belle phalange, partie de Cao-Bang, n'arriva jamais à That-Khé.
Ils furent tous décimés par les "coups-de-main" des soldats communistes.Pourtant les légionnaires ne baissèrent jamais les bras,la plupart des combats se terminant à l'arme blanche. Seuls, quelques-uns furent faits prisonniers. Des paras-légionnaires purent s'échapper dans la jungle et mirent plusieurs jours pour rejoindre That-Khé, épuisés, sans avoir pris de nourriture, sauf des baies sauvages, la plupart blessés plus ou moins gravement.Dans les opérations menées sur la R.C.4, Jacques avait été grièvement blessé à la jambe. C'est là,aussi, où il avait connu Michel, légionnaire du 1er REP, qui lui avait sauvé la vie, en le traînant sur plusieurs kilomètres, avant de pouvoir le faire soigner. Depuis, ils étaient devenus inséparables.Ils s'étaient retrouvés dans la cuvette de Dien-Bien-Phu en mars 1954 et avaient résisté jusqu'aux derniers jours aux hommes du Général Giap. Ils s'étaient retranchés à l'ultime point fort : la Colline Isabelle, Quartier du Général De Castries, commandant le Camp. Sortis, comme les autres, avec les honneurs de la guerre, prisonniers, ils avaient attendu, quelques mois plus tard, les accords de Genève, pour être rendus aux autorités françaises.
C'était émouvant d'entendre leurs souvenirs de jeunesse.Cependant, après un rapide calcul,je me rendis compte que cela n'était pas possible : pour avoir cinquante ans en 2013, on ne pouvait avoir 20 ans en 1950 !: ils auraient dû avoir quatre-vingt trois ans !De plus, comment combattre à Dien-Bien-Phu avec une jambe de bois !Je fis part de mes soupçons à Yasmina qui éclata de rire. En fait, ces deux comparses étaient férus d'histoire de notre patrie. Ils avaient appris par cœur, dans les livres, tous les faits d'armes de l'Armée Française en Indochine et, petit à petit, s'étaient imaginés y avoir participé.Jacques, à vingt ans, avait eu un accident de moto très grave et il avait fallu l'amputer.Elle me demanda, pour ne pas les froisser, de continuer à écouter leurs belles histoires, car, tout en rendant hommage à nos héros d'Extrême-Orient, ils se faisaient plaisir.La plupart des gens qui les entendaient, ne faisaient pas, comme moi, le calcul et, emportés par leur magnifique envolée historique,ne pouvaient que les admirer pour leurs exploits : c'est ce qu'ils recherchaient !En montant vers Harpille, le long des chemins sinueux, Yasmina m'avait raconté sa jeunesse.
Elle était native de La Roche-des-Arnauds, village dans les Hautes-Alpes, situé entre Veynes et Gap. Ses parents, commerçants ambulants, avaient été tués sur la route par un chauffard, alors qu'ils rentraient un soir à leur domicile.Yasmina avait dix huit ans et passait le bac. Elle et son frère, après un long procès,avaient touché des indemnités dues à la suite de cet accident. De plus après avoir vendu le peu de biens amassés par leurs parents, ils avaient récupéré un petit pécule.Ils avaient décidé de quitter la région, plus rien ne les y attachant et n'ayant qu'un mauvais souvenir du drame qui les avait endeuillés.Ils avaient trouvé cettre petite maison à acheter, pas trop chère dans ce coin perdu, aux Sausses , dans cette vallée éloignée, située dans le haut des Alpes-Maritimes.Alors que Yasmina était brillante en classe, son frère, pourtant jumeau, n'était pas très doué.Sans être totalement "arriéré", Jean avait toujours été en retard, sur tous les plans, par rapport à sa sœur.Dès qu'ils s'étaient retrouvés seuls, Yasmina avait tout pris en main.Son frère était incapable de retenir quoique ce soit à l'école.Aussi, elle avait décidé de lui acheter un troupeau, car, loin de la ville et des humains, il s'exprimait mieux dans la nature.Quant à elle, elle se sacrifiait, à contre-cœur car elle sentait qu'elle était indispensable à son jumeau. Il n'était plus question pour elle de faire des études : elle apprit donc, avec sa voisine Anne à faire des fromages.Voilà donc cinq ou six ans qu'ils étaient installés aux Sausses et leur petite exploitation était devenue prospère.En arrivant, je découvris donc son jumeau Jean.
Il était assez grand pour un homme : 1m85, brun, les cheveux courts, légèrement frisés. Bien, habillé pour un berger : des "pataugas" aux pieds, une salopette kaki, très propre, bien rasé, sentant bon la garrigue. De suite, on sympathisa. Il souriait tout le temps et semblait ne pas se compliquer la vie. Les trois hommes déchargèrent l'âne, répartirent les provisions de bouche en catégories et les rangèrent ensuite.Un bon café chaud nous attendait. Le temps était incertain: il y avait quelques nuages et un fort vent. A cette altitude, sans faire froid, c'était plutôt frais pour la saison. Je mis immédiatement un pull-over, car en montant, j'avais transpiré et ma chemise était moite.Jean avait un surnom que j'appris par Jacques et Michel : c'était , comme on dit en Provence "Le Ravi de la crêche". Il était heureux de vivre et se laissait totalement guider par sa sœur. On l'appelait donc "Mangédormi", car son seul plaisir, à part de garder les moutons, était de boire et manger, quand-même modérément, mais aussi de dormir comme un "bienheureux".Pas tout à fait idiot, pas trop intelligent, il se laissait surtout guider par sa sœur, qui était tout pour lui. Il avait une confiance aveugle en elle. Yasmina le dorlotait: elle le traitait comme un enfant. D'un sens général, les jumeaux sont très près l'un de l'autre et pensent souvent pareil. Là, elle avait le dessus sur lui mais ne le laissait pas paraître.
Elle l'aimait encore plus pour toutes ses faiblesses : en fait, Jean était content de son sort. Simple, n'ayant aucun souci, il savait que sa sœur ne l'abandonnerait jamais.Avant que je ne lui pose la question, Yasmina m'expliqua la raison pour laquelle son frère et elle avaient la peau bronzée et les cheveux légèrement crépus.Après la défaite des Arabes à Poitiers en 732, par le Roi Charles-Martel, la plupart des combattants vaincus essayèrent de rejoindre l'Espagne, d'où ils venaient d'ailleurs.Mais beaucoup se perdirent en route. Ainsi, en Haute-Provence, une "katiba" entière, avec femmes et enfants, arriva dans un lieu désert, aux pieds de grands rochers et établit son campement. Bien protégés, trouvant un sol fertile et étant très éloignés de leur base, le chef décida de s'y installer et d'y vivre. Ils fondirent donc un village fortifié et vécurent ainsi, en autarcie, au moins pendant deux siècles. Très évolués,ayant une grande culture, croyants et lisant et pratiquant le Coran, ils durent, -pour vivre en bon voisinage et échanger diverses denrées,- avoir des rapports avec les "roumis" des villages aux alentours.Leur foi et leurs coutumes résistèrent longtemps, mais bientôt les jeunes se fréquentèrent et il y eut des mariages mixtes. Séparés totalement de leurs anciennes autorités civiles et religieuses, ils restèrent unis encore quelques siècles et furent totalement absorbés. Ce lieu est précisemment le village de la Roche des Arnauds, près de Gap.
Les habitants de souche restent très typés, étant donné leurs origines. C'est de là que venaient Yasmina et Jean.Le soir,après un bon repas pris en commun, car j'avais joint mon petit apport en nourriture au leur, les trois hommes voulurent jouer aux cartes. Ils jouaient à un jeu peu connu en France mais quand-même pratiqué dans les montagnes frontalières avec l'Italie: le "sétté-é-mezzo", - jeu piémontais- ce qui veut dire en français sept et demi. Il fallait, pour le pratiquer réfléchir très vite.Ils riaient tous trois comme des gamins et c'était un plaisir de les regarder faire: les deux "vieux" possédaient tous le temps Jean, qui pourtant ne s'avouait pas vaincu.
Ce dernier, pas très rapide , ne trouvait jamais le premier les sept points nécessaires en trois cartes pour gagner une manche!Heureusement qu'ils ne jouaient pas d'argent!Yasmina me confia qu'elle adorait regarder les étoiles, couchée à même le sol. Il est vrai, qu'à cette altitude, les cieux sont d'une limpidité incroyable: on croirait toucher les astres. J'en avais déjà fait l'expérience dans mon pré à Saint-Auban.Laissant les hommes continuer à jouer aux cartes et éclater de rire à tous moments,Yasmina m'entraîna vers un tertre, situé un peu plus haut et d'où nous avions un panorama dégagé sur le firmament.Nous nous allongeâmmes, côte à côte et Yasmina m'expliqua tout sur notre émisphère stellaire : l'étoile du Berger qui était déjà plus à l'ouest, alors qu'elle s'était levée la première. Les formes presques identiques, comme deux chiarrots,- un grand, l'autre plus petit- de la Grande Ourse et de la Petite Ourse.Enfin les Anneaux de Saturne, sans parler du halo de la Lune qui, ce soir-là, était pleine et montanteElle m'expliqua longtemps toutes les influences que la lune avait sur les hommes, principalement sur les femmes.Son attraction sur la nature terrestre était connue de tout le monde. Je savais,quant à moi, presque tout cela, mais je faisais volontairement l'ignorant,car j'avais plaisir à l'écouter. Ensuite elle passa aux explications sur les lointaines galaxies.
Comme je les voyais mal, étant donné qu'elles étaient très éloignées, je m'approchais de plus en plus de son visage. Elle ne disait rien, laissant faire, semblait-il avec plaisir.Je sentais, au contraire, sa poitrine se soulever en un rythme de plus en plus accéléré.Je me mis alors contre elle, tout en lui prenant la main.A ce moment, nez contre nez, nos lèvres se touchèrent dans un baiser pudique. Pourtant, les lèvres entr'ouvertes, nos langues s'étaient mêléesNous échangeâmmes alors un long regard chargé d'électricité où toute parole était inutile. Face contre face, dans l'herbe, sentant nos haleines réciproques, nous prolongeâmmes un peu l'attente, afin de mieux exacerber nos désirs mutuels.Enfin, n'y tenant plus, notre étreinte passionnelle fut à son comble, lorsque nos lèvres se joignirent en un long baiser qui nous laissa haletant.-" Oh Yasmina, je t'aime tant " dis-je, d'une voix tremblante de désir trop longtemps contenu.Sans me répondre, elle commença à me caresser les mains. Se dévêtant mutuellement, avec un hâte fébrile d'affamés devant un festin royal, une longue nuit commença pour nous.La soif de relation sensuelle de l'un pour l'autre était si insatiable, que rien ne semblait pouvoir l'étancher.Nos caresses, nos baisers dépassaient en ardeur tout ce que l'on pouvait imaginer.D'un même élan, nos corps ne firent qu'un. Ils se laissèrent emporter par une vague de plaisir si intense, qu'on ne crût jamais en discerner les limites.Ainsi, je sentis, dès ce moment, naître un véritable et grand amour.Car, grâce peut-être à cet acte tout-à-fait sexuel, il y avait, en plus, une pureté bouleversante que je n'avais jamais encore connue avec d'autres.C'étaient deux corps qui s'unissent simplement et normalement, qui se cherchent, qui s'étreignent dans le désir : tendresse et violence d'un moment de fureur de l'acte, à la fois obscène et innocent.
C'est l'accouplement de deux êtres qui s'aiment, c'est l'acte d'amour parfait !Yasmina était l'essence même de la féminité : ses formidables cheveux noirs de jais et longs, tombant du haut du dos jusqu'à la chûte des reins.Des seins plantureux mais harmonieux, très fermes, droits comme les deux tours de l'Hôtel Carlton à Cannes, qui, de leur temps était la configuration des plus beaux seins : en fait c'étaient ceux de la Belle Otéro dessinés, en imagination, par l'architecte de cet édifice!La puissance de l'amour se traduit, chez la femme, par un corps admirable, plein de désirs et de fougue.Ses lèvres sont images de frontière entre l'extérieur et l'intérieur du corps, délivrant le souffle de son âme, lien fragile du corps : celles du haut sont l'intérieur véritable, celles du bas sont muqueuses et remontent , du centre vers le "vrai intérieur".On peut aussi extrapoler avec la chevelure : les cheveux du haut qui caractérisent la féminité mais, la toison, belle touffe du bas, entourant le sexe : c'est là le canal ou le paradis terrestre par où passe toute vie ici-bas, c'est-à-dire la germination et la conception. N'oublions pas que nous sommes tous nés de la femme!C'est le grand mystère du passage de l'âme dans la chair.
La femme sait donc être à la fois charnelle et maternelle. Elle offre son corps au bon moment avec l'amant, mais, après ses pulsions vitales et sa jouissance charnelle, elle revient aux sentiments forts qui lui font raison garder.Elle sait donc être, à la fois, luxurieuse, maîtresse enjolante, femme-enfant, femme fatale grâce au désir masculin qu'elle inspire.Mais aussi dans l'amour maternel et le silence, elle connaîtra l'angoisse de l'enfantement qui sera ensuite une grande joie. Elle élèvera, plus tard ses enfants dans le respect du foyer et surtout du pèreL'homme, plus éparpillé dans ses sentiments- et c'est souvent un euphémisme!- ne devinera jamais tous ces aspects de "l'aimante".Il ne saisit qu'une facette principale de sa compagne : la plupart du temps, il neretient que ses atours frivoles de femme apprêtée, ses postures de "putain" dans l'amour, son image de nudité à l'extrême , ce qui l'excite au plus haut point :ses seins parfaits,sa chûte de reins, sa cambrure et ses fesses arrondies, enfin son pubis avec sa belle toison fournie. Tout cela le conforte dans sa virilité de mâle.Mais malheureusement, le rôle de la femme, ce n’est pas que cela. Elle n’a pas toujours été « cajolée » par l’homme. Au cours des siècles, la Femme a été « diabolisée ». L’Eglise en est la principale fautive. Ainsi, Marie-Madeleine a, peut-être, réellement, représenté une terrible menace pour l’Eglise, dès le premier âge. D’après ce qui a été expliqué, elle est la première initiée : c’est elle qui a pénétré la première dans le Tombeau !C’est alors, pour éviter la prise de pouvoir dans l’Eglise par les femmes, que Rome a propagé cette image de prostituée envers la compagne de Jésus. Elle a, d’ailleurs dès le départ, prétexté le péché originel d’Eve, afin d’éliminer les femmes de toutes fonctions importantes dans son sein.La croisade brutale qu’elle mena, pour la « rééducation » des femmes fut édifiante. On ne peut ignorer les multiples violences et les mensonges qui ont ainsi éradiqué la Femme.
Encore de nos jours, l’Eglise romaine s’oppose farouchement au mariage des prêtres.Donc, à l’époque de l’Inquisition, il y eut la publication d’un texte que l’on peut considérer comme l’un des plus sanguinaires de l’histoire humaine.L’Encyclique Malleus Maleficarum (Le Marteau de la Sorcière), était destiné à l’endoctrinement des chrétiens sur le danger des « Libres Penseuses » !En instruisant le clergé sur la manière d’identifier ces femmes, elle leur a permis de les torturer et de les détruire. En effet, à cette époque l’Eglise appelait sorcières, toutes les femmes érudites et mystiques, les bohémiennes, les amoureuses de la nature, les herboristes, celles qui montraient un intérêt suspect pour le monde naturel. Les Sage-femmes étaient également poursuivie et mises à mort pour l’utilisation hérétique de leurs connaissances à des fins de soulagement des douleurs de l’enfantement.
Le Vatican arguait alors que c’était, pour les femmes, le juste châtiment d’Eve, qui,en consommant le Fruit de la Connaissance du Bien et du Mal, avait perpétré le péché originel !En trois cents ans, de chasse aux sorcières, Cinq Millions de femmes ! furent brûlées sur le bûcher en Europe !Le monde actuel porte encore les stigmates de cette guerre contre les femmes, même dans les deux autres religions monothéistes.Alors que dans l’Antiquité, la Femme était un chaînon indispensable dans l’éducation spirituelle, les femmes sont toujours au second rang dans tous les cultes du monde.Il y a encore peu de femmes ordonnées, qu’elles soient anglicanes, protestantes, rabbins ou imans.Il est temps que la Femme relève la tête !Nous rentrâmes très tard, exténués, essayant de ne pas faire de bruit afin de ne pas réveiller les autres qui, d'ailleurs, dormaient à poing fermés, ne se doutant jamais de notre nuit très chaude.Cette nuit-là, ou plus tôt ce matin là, nous dormiment ensemble, enlacés, presque l'un dans l'autre. Cela fut très court mais notre sommeil fut très profond et serein, comme deux petits anges.Le lendemain, la journée se passa, pour chacun, en faisant les corvées habituelles à une petite communauté qui vit seule, loin de tout. Yasmina s'occupait de la cuisine et, même plus, mitonnait quelques plats qui seraient utiles aux bergers, après notre départ. Les hommes, dans la journée, gardaient leurs troupeaux respectifs, -changeant de pâturages chaque jour-, vers le sommet du mont et ne redescendant que pour le repas de midi, laissant le soin de la garde aux chiens pour une heure.Moi-même, j'essayais de me rendre indispensable en leur coupant du bois à la tronçonneuse, car, souvent , lors de soirées plus froides, ils allumaient le feu dans la grande cheminée de la pièce principale.Le soir, après le repas, nous remontions regarder les étoiles sur notre tertre ! J'avais peur que les hommes trouvent cela bizzare, mais, mon aimée me rassura, disant, qu'auparavant, elle avait toujours pris un moment pour accomplir ce rituel.Mais le temps passait vite et ce fut bientôt la troisième et dernière journée. J'accomplissais toutes mes tâches lentement, souhaitant que le temps ne passe pas trop vite car j'étais bien installé dans ma nouvelle vie. Cependant, j'avais quand même hâte d'être au soir, pour encore avoir une nuit de folie. Je ne connaissais pas les intentions de Yasmina lorsque l'on serait redescendu et je me gardais bien de l'interroger à ce sujet.Par ses œillades incessantes, lorsque nous n'étions pas seuls, je compris qu'elle était aussi impatiente que moi de nous retrouver là-haut pour une sublime séance d'amour.Le matin, après des adieux et des recommandations à son frère, tristement, nous rassemblèrent nos quelques affaires. Alors, nous sommes redescendus vers Les Sausses, Prosper nous emboitant le pas.Prétextant une fatigue passagère due à la chaleur, j'en profitais pour demander l'hospitalité à Yasmina. Elle s'empressa d'accepter. Nous nous couchâmmes de bonne heure. Son lit n'était pas très large mais cela nous permit de nous unir encore plus fort.Après l'amour, nous sortîmmes dans le pré.
Evidemment ce n'était pas Harpille à 1700 mètres, mais nous étions quand-même à 1100 mètres et les cieux étaient presque aussi beaux.Il faut passer par ces moments pour pouvoir se détacher des soucis quotidiens. Il est indispensable d’avoir des instants pareils afin de retrouver son âme d’enfant.La solitude en montagne est comparable à celle que connaît le marin en haute-mer ou le bédouin dans le désert. Il est nécessaire de connaître ces instants pour savoir qu'on se vide, qu'on chasse de soi toute pensée négative. Il ne reste que ce silence propice à la méditation. Yasmina et moi, après l'amour, restions silencieux, savourant cette plénitude totale : liaison entre deux corps et deux esprits.Au bout d'un long moment, main dans la main, nous redescendions nous coucher pour dormir.Je revenais tous les jours voir Yasmina et, le soir nous nous mettions au lit toujours très tôt.Anne avait compris le manège et devait être heureuse pour le bonheur de son amie. Elle ne ressentait, en effet- car j'avais pu le constater à maintes reprises- aucun brin de jalousie à l'égard de quiconque. Peut-être parce qu'elle pratiquait la philosophie bouddhiste?Dans la journée, nous parlions souvent philosophie. Elles me disaient que la fréquentation des tibétains leur apportait beaucoup.En un mot, elles voulaient que je les accompagne. Après bien des hésitations, j'acceptais enfin de me joindre à elles.Un après-midi, nous voilà parti à la Lamaserie.Après avoir franchi le Col de Bleyne et redescendu, de l'autre côté sur Thorenc, nous arrivâmmes sans encombre au temple tibétain, situé entre Valderoure et La Ferrière.Dès notre arrivée, elles s'empressèrent de me présenter au maître des lieux : Kaniour Rimpotché.Il présidait à la destinée d'une vingtaine de moines. Ils avaient tous le crâne rasé et une longue robe jaune et rouge.
On devinait, en voyant ce Sage, un grand maître spirituel qui avait une "aura" certaine : par son exemple, c'était un modèle de perfection, aussi bien pour les moines que pour les visiteurs.D'emblée, on avait du respect pour lui.Au fur et à mesure de mes visites, ce dernier essaya de me faire découvrir son enseignement. Sans entrer dans le détail du bouddhisme, je découvrais une philosophie de laquelle on tire des bienfaits.En un mot, il faut découvrir sa propre vérité, par étapes successives et qui nous mènera, peut-être, à la réalisation spirituelle.Plusieurs facettes de cet enseignement m'avaient attiré :D'abord, la simple méditation. Elle se fait par la respiration à trois temps.Cette respiration consiste en une ondulation, à partir du bas-ventre, du ventre et des poumons.Cela permet évidemment de se concentrer en respirant et d'évacuer l'air vicié intérieur et prendre l'air nouveau qui va nous régénérer.Mais c'est plus subtil que cela.L'expir renvoie aussi notre souffle bénéfique vers l'extérieur ( faire profiter les autres de nos ondes positives ).L'inspir, au contraire, prend ce qui est néfaste à l'extérieur pour le transformer ( ce sont les ondes néfastes du dehors que l'on va "digérer" et transformer à notre contact ).On arrive aux rives de "l'Eveil". Plusieurs adeptes pratiquant ainsi dans le monde cette philosophie,forment une sorte de "Chaîne d'Union" entre initiés. Peut-être que cela aidera à la transformation des êtres que l'on côtoie, ou tout au moins les améliorer dans leur perception de la vie quotidienne.Il faut éradiquer le désir d'avidité, de puissance et de pouvoir, ancrés au plus profond de l'être humain.Parlons encore de la "Méditation Transcendantale".
Arrêtons nos pensées pendant quelques secondes au début et progressons ensuite pour arriver à s’évader de plus en plus loing et de plus en plus longtemps.On maîtrise, petit à petit, son esprit. Un temps d'éveil, libre de toute association mentale, s'instaure alors. Les pensées ne s'enchaînent plus sans fin dans notre esprit : on se sent libre ! La "Conscience Claire" -chère aux tibétains- devient véritablement réalité. On se sent régénéré !Alors, par cette pratique, l'être concerné devient carrément ZEN.Un vieux dicton bouddhiste dit: " Donne toi-même l'exemple. Tu seras, peut-être suivi. Fais seulement le bien mais jamais le mal à ton prochain ! " .Tout dans la doctrine tibétaine est CONVENABLE : Pensées, Aspiration, Paroles, Conduite, Effort et Intention.Ces expériences méditatives prolongées, m'ont été très utiles pour la médecine. Depuis ce temps là, j'ai toujours pratiqué cette méditation, au moins quelques minutes chaque jour. Encore aujourd'hui, je ne pourrais m'en passer.L'esprit se transforme: on se sent léger et inattaquable. Bien sûr, en contre-partie, on paraît, pour les autres, dans les nuages, mais ce n'est qu'une apparence.Notre esprit reste vif et on capte tout.
De tous temps, j'ai pu, ainsi, saisir les situations "immédiatement" et j'ai pu en tirer les conséquences qui en découlent et agir, toujours, très vite.On apprend aussi à ne jamais avoir de pensée, parole, ou action, nuisibles envers autrui : en un mot la vraie Fraternité.Je me suis aussi intéressé à leur "médecine".Tout lama sait soigner son semblable. Pour cela, il sait diagnostiquer d'où vient le mal dans le corps. Il passe alors, sur les parties concernées, des onguents ou des crêmes fabriqués à partir de plantes trouvées dans la montagne.Le Maître,lors de ses conférences, explicitait souvent ses propos par de petites histoires qui nous intéressaient tous et qui, par un exemple concret, savait nous faire comprendre la quintessence de son enseignement.J'aimais bien celle de « La Calèche ». Mon vieil ami, Antoine, m’en avait déjà parlé.En fait, c'est une légende tibétaine qui nous donne la ligne de conduite à suivre tout au long de notre vie.C'est le Syndrôme de la Calèche : dans une calèche, il y a plusieurs acteurs.Il y a la Route. C'est le chemin cahoteux, comme notre vie.Il y a des ornières partout, mais, après un virage, on trouve souvent une belle ligne droite.Il y a les Chevaux. Ce sont ceux qui mènent le train. Ils vont de l'avant, ils foncent vers leur destin mais cherchent leur chemin souvent par intuition. Ils savent enfin doser leurs efforts- ( ménager sa monture ! ) – afin de faire un "parcours sans faute !".Il y a le Cocher. C'est lui qui dirige – ( il faut toujours un conseiller pour le matériel ou le spirituel ou pour les deux ! ).Il donne des impulsions nécessaires, alors que souvent soi-même on ne sait prendre les initiatives qui conviennent !Il y a enfin le Voyageur à l'intérieur de la Calèche.C'est un peu l'image de nous-même.Laissons-nous conduire, par de bons maîtres. Ressentons les messages que l'on veut nous faire passer.Mais, en dernier ressort, faisons une analyse saine des situations qui se présentent et DECIDONS !
C'est là où intervient, selon les tibétains, notre "Moi Intérieur", rôdé à tous les cas de figure de la vie, grâce à notre silence à notre méditation, à notre esprit formé sainement, "sans haine et sans violence".En fait, c'est la synthèse du destin, que trouve, à force de SAGESSE, chaque être humain, de sa naissance à sa mort.C'est ce que les tibétains appelent la Roue de la Vie.C'est le cycle de la Naissance, de la Vie, de la Mort et de l'Au-Delà.