CHAPITRE 2 : Antoine-Baptiste et les " Transhumants "
Mon oncle René était habitué à une nourriture plutôt frugale et presque toujours la même.Je me rappelais qu'avant Noël, vers le 21 Décembre, qui est, en montagne, la nuit la plus froide, il "tuait le cochon". J'étais venu l'aider une fois ou deux, car lorsque ma grand-mère était vivante, nous venions passer la veillée de Noël en famille, avec eux.Je montais donc quelques jours avant et, cette nuit-là, c'était " la nuit de la charcuterie".Dans un porc, rien ne se perd.
Il achetait, sur pied, le 20 Décembre, dans une ferme d'Aiglun, une grosse pièce.Lorsqu’on l’abattait, le plus dur était de l’entendre gémir, une fois égorgé et que l'on récupérait son sang dans une bassine. Mais il ne souffrait pas longtemps. Avec le sang, c'était le boudin, que l'on préparait avec des oignons frits, sur le fourneau allumé à cet effet. Il fallait découper ensuite les quatre jambons: deux cuisses et deux épaules. – ( il nous donnait d'ailleurs chaque année pour notre consommation, un jambon de la cuisse et des saucissons)-
Tous les petits morceaux de viande récupérés étaient passés à la machine à hacher, que l'on enfilait ensuite dans de longs boyaux pour faire des saucissons. Le tout, ensuite, était descendu dans la cave fraiche, pour les suspendre à des crochets fixés à demeure. Mon oncle prenait soin de saler ses jambons et les surveillait sans arrêt.Il restait à faire quelques petits pâtés et le fromage de tête, ce qui était le plus délicat. Le lendemain, on faisait un festin avec les pieds du cochon accompagnés d’une bonne sauce aux capres. Rien ne se perdait : même les entrailles étaient utilisées.Tout au long de l’année,ses repas étaient frugaux :mon oncle se contentait, à midi, d'un plat de pommes de terre- ( cela ne manquait pas , puisqu'il en retirait des tonnes de ses champs qu'il vendait ensuite ) – accompagné d'un morceau de petit salé ou de jambon cru. Les rondelles de saucisson étaient réservées pour les « goustarouns » dans les champs vers la fin de l’après-midi, lorsqu’il travaillait jusqu’à fort tard.Rares étaient les jours où il achetait au boucher ambulant de la viande : quelquefois des côtelettes d’agneau sauf à Päques où il dégustait le traditionnel gigot.Le soir, il se faisait seulement une soupe de légumes.
Mais, comme il travaillait la terre, il buvait bien un litre de vin par jour.Son péché mignon était d'étaler sur une tartine de bon pain de campagne un gros morceau de fromage de chèvre.Il avait l'habitude de prendre cette spécialité toujours au même endroit.Un soir, il me déclara : " Je profite que tu es là : peux-tu m'emmener demain en voiture chercher une provision de fromages ? ".Le lendemain matin, nous voilà partis, tous deux, en voiture, dans un petit village voisin : Le Mas.En partant du Deffends, on se dirige vers le Col de Bleyne. A cinq kilomètres environs, à l'embranchement vers ce col, on va vers Aiglun. Le Mas est à peine à deux kilomètres.Cette route est très pittoresque.
Après Le Mas, on s'engage vers la clue d'Aiglun et celle du Riolm pour redescendre par Sigale vers Roquesteron, la clue de la Péguière et rejoindre la route de Nice à Puget-ThéniersAvant d'arriver au Mas, il y a un petit hameau, " Les Sausses " : c'est là que nous allions.Mon oncle avait pris le soin, avant de partir, de faire un beau bouquet de fleurs des champs. Ce bouquet était vraiment joli, très varié et multicolore.En route, il m'expliqua que nous allions voir deux fromagères; l'une, plus âgée, Madame Guédiguian et l'autre bien plus jeune, Mademoiselle Purzio. Leur fromagerie était située un peu au-dessus des Sausses, dans un endroit très isolé. On y trouvait deux jolies petites fermes bien propres, en tous les cas,blanchies à la chaux. Un grand enclos se situait devant ces bâtiments. Il y avait dans cet enclos, côte à côte, des chèvres et des brebis qui paissaient tranquillement.Chacune faisait une variété de fromage, l'une de bons pavés de chèvre, l'autre une tome de brebis renommée.Anne Guédiguian avait un troupeau de chèvres qu'elle amenait à flanc de colline tous les jours. Cette dernière était dénudée car les chèvres mangeaient les broussailles et même les petits arbustes.
La jeune femme, Yasmina Purzio, possédait quelques belles brebis, vraiment séléctionnées car son frère , berger, avait un gros troupeau de moutons qu'il montait, à la belle saison, en altitude. Quant à elle, pour les besoins de la vente de sa production, elle gardait ces quelques brebis.En été, Le Mas est très animé par les nombreux vacanciers qui viennent occuper leur résidence secondaire. Par contre, l'hiver, il y a peu d'habitants, peut-être seulement ces deux femmes et le frère qui redescend des alpages.En arrivant,mon oncle, tout en rougissant et baissant les yeux, tendit le bouquet à la plus âgée qui parut très heureuse de ce geste. En vieux célibataire endurci, je sentis qu'il n'oserait jamais lui faire la cour, car les femmes le paralysaient.Anne Guédiguian, d'origine arménienne, avait longtemps vécu à Cannes. Après la mort de son mari, son fils Georges élevé,elle avait décidé de se retirer dans ce coin perdu, car elle aimait la solitude et la méditation. Elle vivait simplement de la vente des fromages de chèvre.
Elle avait convaincu sa jeune associée de l’accompagner dans une lamaserie bouddhiste de la région.Je fus surpris par la beauté de Yasmina. Sensiblement de mon âge, elle ressemblait à une "sauvageonne". Je sus, plus tard, qu'elle n'avait même pas d'amoureux.Assez grande, 1mètre 74, elle avait un type méditerranéen assez prononcé : entre la femme corse et la femme sarde. Des cheveux longs, très noirs, à peine bouclés. Son visage était fin, une ligne pure avec un nez aquilin et deux grands yeux noirs.Sa bouche était éclatante avec des dents régulières et saines. L'éclat de sa dentition contrastait avec sa peau mate et bronzée.Avec un prénom pareil, peut-être était-elle d'origine tunisienne?Alors qu'elle était mince et une taille bien fine, on devinait , sous sa mince blouse presque transparente, une poitrine opulente mais ferme sans toutefois être trop grosse.Elle avait aussi de longues jambes fuselées et surtout des chevilles de princesse.Pour une paysanne vivant loin de tout, elle était très soignée dans son apparence et très propre dans sa toilette.Contrairement aux jeunes femmes de sa génération, elle ne cédait pas à la mode des "jeans", mais une jolie robe pimpante, aux couleurs variées qui lui seyait à ravir.Aux pieds, elle avait des espadrilles multicolores, très fantaisie. Il faut dire qu'elle allait souvent, avec sa camionnette, vendre sa production au marché de Castellane.
D'emblée je fus subjugué et entièrement sous son charme. Je pense qu'elle s'en aperçut car elle se montra avec moi pleine d'attentions, s'occupant de mes désirs, me faisant visiter son exploitation et n'arrêtant pas de converser à bâton rompu, de tout et de rien.Est-ce que,elle aussi, était tombée amoureuse ? en tous les cas la question m'effleura l'espritPeut-être, un "coup de foudre" réciproque ?Mon oncle, de son côté, parlait avec Anne. De ce fait, Yasmina et moi, et cela nous arrangeait bien, étions comme seuls au monde.Ainsi, j'en appris beaucoup, ce jour-là, sur l'élevage des moutons et sur la façon de faire les fromages au lait cru.Elle m'emmena ensuite dans sa petite maison, séparée de celle d'Anne.
Elle vivait dans celle-ci avec son frère , lorsqu'il ne gardait pas les moutons en alpage. Ce dernier, prénommé Jean, vivait de la production de viande : il la vendait aux abattoirs de Puget-Théniers, à des grossistes, sous le label "Agneau de Sisteron".Tous deux, n'arrêtant pas d'échanger des idées, nous ne vîmmes pas le temps passer. A la nuit tombante, il fallut bien penser à reprendre le chemin de la maison.Je promis à Yasmina de revenir la voir très bientôt : je vis, alors son visage s'éclairer d'un sourire.Entretemps, je lui avais parlé de ma carrière qui commencerait dès l'automne à l'Hôpital de la Timone.Je restais silencieux tout au long du parcours de retour, ne pensant qu'à ma rencontre avec Yasmina.Le soir, je me retirais bien vite après un bol de soupe pris en vitesse avec mon oncle. Je ne pouvais m'empêcher de revoir en rêve, cette belle créature, un peu sauvage, dans ce magnifique environnement champêtre.
Longtemps encore, elle hanta mes pensées, jusqu'à ce que je puisse m'endormir.Le lendemain matin, je me levais plein d'enthousiasme. Comme Yasmina m'avait donné son numéro de téléphone, j'entendis bientôt, dans le combiné son timbre de voix qui me fit frissonner : cela ressemblait à une musique agréable.Elle m'expliqua qu'elle n'irait pas au marché aujourd'hui, devant s'occuper de petits agnelets.Comme l'après-midi même, elle pensait fabriquer du fromage, elle me proposa de venir l'assister.Je lui dis oui sans hésiterEn début d'après-midi, j'arrivais chez elle, suffisamment assez tôt.Je passais un moment délicieux, plein de découvertes en tout genre.Elle m'apprit aussi que, bientôt, elle monterait avec son âne, ravitailler les transhumants qui se trouvaient dans les alpages, au bas du mont Harpille.
Je lui dis que je connaissais ce mont, puisque, à partir du Deffends, j'y parvenais par la voie nord, en passant par le col de Lescuissier. De ce côté là, on surplombait la vallée du Briançonnet, tout en circulant sous de grands arbres.Par contre, sur le versant sud, Yasmina montait par un long chemin assez large et peu pentu, tout en transversale mais assez aride et à découvert.Elle s'arrêtait au lieu dit "l'Hôpital", là où était construite une longue bergerie pouvant, le soir, accueillir cinq cents moutons. En liberté le jour, les moutons étaient rabattus des alpages par les chiens, la nuit venue, par crainte de l'attaque des loups.Son frère n'était pas le seul berger avec son troupeau. Deux hommes plus âgés, venant de Comps avec leurs bêtes, séjournaient régulièrement l'été,avec lui là-haut.Yasmina montait souvent les voir, emportant des provisions pour tous trois.Elle me proposa de l'accompagner la prochaine fois, qui était d'ailleurs le surlendemain. Elle me demanda de préparer des effets et des provisions de bouche pour mon usage personnel, pour environ trois ou quatre jours. Je pensais donc à prendre mon sac de couchage,une lampe tempête et des vêtements chauds et de pluie, car c'était la pleine montagne. Il y avait, là-haut beaucoup de brouillard ou du "crachin".
Il n'était pas rare de voir éclater, soudainement , un violent orage. Alors, même en plein été, la température, subitement, descendait de quelques degrés.De plus, la nuit, il fallait se couvrir, l'atmosphère étant très fraîche.Elle m'avertit que le départ était fixé à cinq heures du matin. Il y avait trois heures de marche, très lente, à cause du bourrin chargé de provisions. Nous-mêmes devant porter, chacun, un sac très lourd, pouvant peser jusqu'à dix sept kilos.Je me reposais donc le lendemain et,le jour suivant, dès quatre heure trente, je démarrais des Deffends.Je la retrouvais à quatre heure quarante cinq, prête et pimpante, habillée comme si nous partions en expédition dans l'Annapurna.Elle m'attendait avec un bon café chaud, avalé en vitesse et nous partîmes derechef sans perdre de temps.La montée se fit tranquillement, tout en se reposant quelquefois, car les sangles des sacs à dos, trop chargés, nous tiraient sur les épaules. Mais nous ménagions surtout son âne, Prosper qui, sobre comme tous ses congénères, devait pourtant s'abreuver de temps à autre, en fait dès que nous trouvions à proximité du chemin, une petite rigole, ce qui ne manquait pas dans la montagne.Au fur et à mesure que nous montions, et après avoir vu son lever radieux, on pouvait regarder le soleil briller lentement à l'horizon.
On apercevait toutes les vallées environnantes à nos pieds, avec quelques chaumières au plus lointain, dont les cheminées fumaient déjà. Peut-être que les paysannes préparaient aussi pour leurs hommes un bon café bien fort et bien chaud?C'était grandiose et j'en avais le cœur qui battait, peut-être et surtout par la présence silencieuse de ma charmante compagne.De temps à autre, nous entendions le cri strident des marmottes qui surprenait dans le silence effrayant de la montagne et se répétait écho après écho.Mais, bientôt, une autre marmotte lui répondait au lointain. Peut-être, voulaient elles ainsi prévenir les animaux encore endormis, de la présence insolite d'une petite caravane.J'admirais, malgrè la charge qu'elle portait, la souplesse de cette jeune femme, marchant d'un pas alerte devant moi et parlant à son âne avec douceur. Cela me faisait penser aux bourricots arabes que j'avais vus dans le sud tunisien à Tozeur, chargés à mort et frappés par leurs maîtres. Prosper, lui, se faisait un plaisir d'obéir à sa maîtresse. Quant à moi, je regardais avec envie cette façon idyllique de concevoir la vie simple dans cette belle nature, au calme, alors qu'en ce moment même la plupart des humains se pressaient, à s’étouffer, dans les transports urbains des grandes cités du monde, cela afin de subsister. Qu'on était loin de ce matérialisme imbécile, qu'inconsciemment, les hommes subissaient. Je me demandais alors où étaient les moutons? En haut dans la nature ou en bas dans les grandes plaines ?
Nous arrivâmes,enfin, au détour d'une grande boucle, devant un long bâtiment en pierre avec un immense abreuvoir un peu à l'écart.Trois hommes nous attendaient pour décharger les provisions. Un grand, très brun,jeune et vigoureux qui s'avança et embrassa Yasmina et deux, plus âgés, dont un claudiquant mais quand même assez leste.Je fis alors connaissance de Jean, son frère et des deux autres ( l'un venant de Comps et l'autre de Manosque ) : Jacques et Michel.Jacques, grand gaillard, n'avait qu'une jambe et une gueule de baroudeur. Mais, avec sa prothèse, il se débrouillait mieux que certains avec leurs deux jambes.Michel était plus petit et trappu. Burinés par le vent des cimes, ces deux quinquagénaires étaient encore très verts.Rapidement, ils me racontèrent leur histoire. Ils s'étaient connus en Indochine.
Militaires engagés dans le Corps Expéditionnaire français, ils avaient été de tous les coups durs. D'abord, rescapés du massacre de la R.C. 4, ils furent faits prisonniers à Dien-Bien-Phu.Pendant les deux ou trois jours passés ensemble, surtout à la veillée, le soir au coin du feu, j'eus droit à connaître leurs "exploits" :Ainsi, dans le Haut-Tonkin, en septembre 1950,ils faisaient partie de la colonne du Colonel Lepage qui descendait de Cao-Bang pour rejoindre la colonne montante du Colonel Charton qui avait pour mission de les encadrer et les emmener, tant qu'il était encore temps, vers le gros des troupes françaises cantonnées dans le Bas-Tonkin.
Mais voilà, c'était déjà trop tard !Le total des deux colonnes, soit près de six mille hommes, formés de bataillons d'élite,furent rapidement encerclés par cent mille viets!Pendant quelques jours,début octobre, ce furent des combats incessants, le long de la Route Coloniale n° 4. En fait c'était du harcèlement par des coups de feu à l'improviste, venant de la jungle entourant cette voie.Ces tirs, soudains et sporadiques, étaient particulièrement meurtriers et sapaient le moral des troupes, d'autant plus, que le soir, il fallait se mettre à l'abri derrière les camions, les rafales devenant incessantes.Malgrè le renfort des parachtistes-légionnaires du 1er R.E.P., commandés par le réputé Colonel Jean-Pierre, qui se dévouèrent presque jusqu'aux derniers, cette belle phalange, partie de Cao-Bang, n'arriva jamais à That-Khé.
Ils furent tous décimés par les "coups-de-main" des soldats communistes.Pourtant les légionnaires ne baissèrent jamais les bras,la plupart des combats se terminant à l'arme blanche. Seuls, quelques-uns furent faits prisonniers. Des paras-légionnaires purent s'échapper dans la jungle et mirent plusieurs jours pour rejoindre That-Khé, épuisés, sans avoir pris de nourriture, sauf des baies sauvages, la plupart blessés plus ou moins gravement.Dans les opérations menées sur la R.C.4, Jacques avait été grièvement blessé à la jambe. C'est là,aussi, où il avait connu Michel, légionnaire du 1er REP, qui lui avait sauvé la vie, en le traînant sur plusieurs kilomètres, avant de pouvoir le faire soigner. Depuis, ils étaient devenus inséparables.Ils s'étaient retrouvés dans la cuvette de Dien-Bien-Phu en mars 1954 et avaient résisté jusqu'aux derniers jours aux hommes du Général Giap. Ils s'étaient retranchés à l'ultime point fort : la Colline Isabelle, Quartier du Général De Castries, commandant le Camp. Sortis, comme les autres, avec les honneurs de la guerre, prisonniers, ils avaient attendu, quelques mois plus tard, les accords de Genève, pour être rendus aux autorités françaises.
C'était émouvant d'entendre leurs souvenirs de jeunesse.Cependant, après un rapide calcul,je me rendis compte que cela n'était pas possible : pour avoir cinquante ans en 2013, on ne pouvait avoir 20 ans en 1950 !: ils auraient dû avoir quatre-vingt trois ans !De plus, comment combattre à Dien-Bien-Phu avec une jambe de bois !Je fis part de mes soupçons à Yasmina qui éclata de rire. En fait, ces deux comparses étaient férus d'histoire de notre patrie. Ils avaient appris par cœur, dans les livres, tous les faits d'armes de l'Armée Française en Indochine et, petit à petit, s'étaient imaginés y avoir participé.Jacques, à vingt ans, avait eu un accident de moto très grave et il avait fallu l'amputer.Elle me demanda, pour ne pas les froisser, de continuer à écouter leurs belles histoires, car, tout en rendant hommage à nos héros d'Extrême-Orient, ils se faisaient plaisir.La plupart des gens qui les entendaient, ne faisaient pas, comme moi, le calcul et, emportés par leur magnifique envolée historique,ne pouvaient que les admirer pour leurs exploits : c'est ce qu'ils recherchaient !En montant vers Harpille, le long des chemins sinueux, Yasmina m'avait raconté sa jeunesse.
Elle était native de La Roche-des-Arnauds, village dans les Hautes-Alpes, situé entre Veynes et Gap. Ses parents, commerçants ambulants, avaient été tués sur la route par un chauffard, alors qu'ils rentraient un soir à leur domicile.Yasmina avait dix huit ans et passait le bac. Elle et son frère, après un long procès,avaient touché des indemnités dues à la suite de cet accident. De plus après avoir vendu le peu de biens amassés par leurs parents, ils avaient récupéré un petit pécule.Ils avaient décidé de quitter la région, plus rien ne les y attachant et n'ayant qu'un mauvais souvenir du drame qui les avait endeuillés.Ils avaient trouvé cettre petite maison à acheter, pas trop chère dans ce coin perdu, aux Sausses , dans cette vallée éloignée, située dans le haut des Alpes-Maritimes.Alors que Yasmina était brillante en classe, son frère, pourtant jumeau, n'était pas très doué.Sans être totalement "arriéré", Jean avait toujours été en retard, sur tous les plans, par rapport à sa sœur.Dès qu'ils s'étaient retrouvés seuls, Yasmina avait tout pris en main.Son frère était incapable de retenir quoique ce soit à l'école.Aussi, elle avait décidé de lui acheter un troupeau, car, loin de la ville et des humains, il s'exprimait mieux dans la nature.Quant à elle, elle se sacrifiait, à contre-cœur car elle sentait qu'elle était indispensable à son jumeau. Il n'était plus question pour elle de faire des études : elle apprit donc, avec sa voisine Anne à faire des fromages.Voilà donc cinq ou six ans qu'ils étaient installés aux Sausses et leur petite exploitation était devenue prospère.En arrivant, je découvris donc son jumeau Jean.
Il était assez grand pour un homme : 1m85, brun, les cheveux courts, légèrement frisés. Bien, habillé pour un berger : des "pataugas" aux pieds, une salopette kaki, très propre, bien rasé, sentant bon la garrigue. De suite, on sympathisa. Il souriait tout le temps et semblait ne pas se compliquer la vie. Les trois hommes déchargèrent l'âne, répartirent les provisions de bouche en catégories et les rangèrent ensuite.Un bon café chaud nous attendait. Le temps était incertain: il y avait quelques nuages et un fort vent. A cette altitude, sans faire froid, c'était plutôt frais pour la saison. Je mis immédiatement un pull-over, car en montant, j'avais transpiré et ma chemise était moite.Jean avait un surnom que j'appris par Jacques et Michel : c'était , comme on dit en Provence "Le Ravi de la crêche". Il était heureux de vivre et se laissait totalement guider par sa sœur. On l'appelait donc "Mangédormi", car son seul plaisir, à part de garder les moutons, était de boire et manger, quand-même modérément, mais aussi de dormir comme un "bienheureux".Pas tout à fait idiot, pas trop intelligent, il se laissait surtout guider par sa sœur, qui était tout pour lui. Il avait une confiance aveugle en elle. Yasmina le dorlotait: elle le traitait comme un enfant. D'un sens général, les jumeaux sont très près l'un de l'autre et pensent souvent pareil. Là, elle avait le dessus sur lui mais ne le laissait pas paraître.
Elle l'aimait encore plus pour toutes ses faiblesses : en fait, Jean était content de son sort. Simple, n'ayant aucun souci, il savait que sa sœur ne l'abandonnerait jamais.Avant que je ne lui pose la question, Yasmina m'expliqua la raison pour laquelle son frère et elle avaient la peau bronzée et les cheveux légèrement crépus.Après la défaite des Arabes à Poitiers en 732, par le Roi Charles-Martel, la plupart des combattants vaincus essayèrent de rejoindre l'Espagne, d'où ils venaient d'ailleurs.Mais beaucoup se perdirent en route. Ainsi, en Haute-Provence, une "katiba" entière, avec femmes et enfants, arriva dans un lieu désert, aux pieds de grands rochers et établit son campement. Bien protégés, trouvant un sol fertile et étant très éloignés de leur base, le chef décida de s'y installer et d'y vivre. Ils fondirent donc un village fortifié et vécurent ainsi, en autarcie, au moins pendant deux siècles. Très évolués,ayant une grande culture, croyants et lisant et pratiquant le Coran, ils durent, -pour vivre en bon voisinage et échanger diverses denrées,- avoir des rapports avec les "roumis" des villages aux alentours.Leur foi et leurs coutumes résistèrent longtemps, mais bientôt les jeunes se fréquentèrent et il y eut des mariages mixtes. Séparés totalement de leurs anciennes autorités civiles et religieuses, ils restèrent unis encore quelques siècles et furent totalement absorbés. Ce lieu est précisemment le village de la Roche des Arnauds, près de Gap.
Les habitants de souche restent très typés, étant donné leurs origines. C'est de là que venaient Yasmina et Jean.Le soir,après un bon repas pris en commun, car j'avais joint mon petit apport en nourriture au leur, les trois hommes voulurent jouer aux cartes. Ils jouaient à un jeu peu connu en France mais quand-même pratiqué dans les montagnes frontalières avec l'Italie: le "sétté-é-mezzo", - jeu piémontais- ce qui veut dire en français sept et demi. Il fallait, pour le pratiquer réfléchir très vite.Ils riaient tous trois comme des gamins et c'était un plaisir de les regarder faire: les deux "vieux" possédaient tous le temps Jean, qui pourtant ne s'avouait pas vaincu.
Ce dernier, pas très rapide , ne trouvait jamais le premier les sept points nécessaires en trois cartes pour gagner une manche!Heureusement qu'ils ne jouaient pas d'argent!Yasmina me confia qu'elle adorait regarder les étoiles, couchée à même le sol. Il est vrai, qu'à cette altitude, les cieux sont d'une limpidité incroyable: on croirait toucher les astres. J'en avais déjà fait l'expérience dans mon pré à Saint-Auban.Laissant les hommes continuer à jouer aux cartes et éclater de rire à tous moments,Yasmina m'entraîna vers un tertre, situé un peu plus haut et d'où nous avions un panorama dégagé sur le firmament.Nous nous allongeâmmes, côte à côte et Yasmina m'expliqua tout sur notre émisphère stellaire : l'étoile du Berger qui était déjà plus à l'ouest, alors qu'elle s'était levée la première. Les formes presques identiques, comme deux chiarrots,- un grand, l'autre plus petit- de la Grande Ourse et de la Petite Ourse.Enfin les Anneaux de Saturne, sans parler du halo de la Lune qui, ce soir-là, était pleine et montanteElle m'expliqua longtemps toutes les influences que la lune avait sur les hommes, principalement sur les femmes.Son attraction sur la nature terrestre était connue de tout le monde. Je savais,quant à moi, presque tout cela, mais je faisais volontairement l'ignorant,car j'avais plaisir à l'écouter. Ensuite elle passa aux explications sur les lointaines galaxies.
Comme je les voyais mal, étant donné qu'elles étaient très éloignées, je m'approchais de plus en plus de son visage. Elle ne disait rien, laissant faire, semblait-il avec plaisir.Je sentais, au contraire, sa poitrine se soulever en un rythme de plus en plus accéléré.Je me mis alors contre elle, tout en lui prenant la main.A ce moment, nez contre nez, nos lèvres se touchèrent dans un baiser pudique. Pourtant, les lèvres entr'ouvertes, nos langues s'étaient mêléesNous échangeâmmes alors un long regard chargé d'électricité où toute parole était inutile. Face contre face, dans l'herbe, sentant nos haleines réciproques, nous prolongeâmmes un peu l'attente, afin de mieux exacerber nos désirs mutuels.Enfin, n'y tenant plus, notre étreinte passionnelle fut à son comble, lorsque nos lèvres se joignirent en un long baiser qui nous laissa haletant.-" Oh Yasmina, je t'aime tant " dis-je, d'une voix tremblante de désir trop longtemps contenu.Sans me répondre, elle commença à me caresser les mains. Se dévêtant mutuellement, avec un hâte fébrile d'affamés devant un festin royal, une longue nuit commença pour nous.La soif de relation sensuelle de l'un pour l'autre était si insatiable, que rien ne semblait pouvoir l'étancher.Nos caresses, nos baisers dépassaient en ardeur tout ce que l'on pouvait imaginer.D'un même élan, nos corps ne firent qu'un. Ils se laissèrent emporter par une vague de plaisir si intense, qu'on ne crût jamais en discerner les limites.Ainsi, je sentis, dès ce moment, naître un véritable et grand amour.Car, grâce peut-être à cet acte tout-à-fait sexuel, il y avait, en plus, une pureté bouleversante que je n'avais jamais encore connue avec d'autres.C'étaient deux corps qui s'unissent simplement et normalement, qui se cherchent, qui s'étreignent dans le désir : tendresse et violence d'un moment de fureur de l'acte, à la fois obscène et innocent.
C'est l'accouplement de deux êtres qui s'aiment, c'est l'acte d'amour parfait !Yasmina était l'essence même de la féminité : ses formidables cheveux noirs de jais et longs, tombant du haut du dos jusqu'à la chûte des reins.Des seins plantureux mais harmonieux, très fermes, droits comme les deux tours de l'Hôtel Carlton à Cannes, qui, de leur temps était la configuration des plus beaux seins : en fait c'étaient ceux de la Belle Otéro dessinés, en imagination, par l'architecte de cet édifice!La puissance de l'amour se traduit, chez la femme, par un corps admirable, plein de désirs et de fougue.Ses lèvres sont images de frontière entre l'extérieur et l'intérieur du corps, délivrant le souffle de son âme, lien fragile du corps : celles du haut sont l'intérieur véritable, celles du bas sont muqueuses et remontent , du centre vers le "vrai intérieur".On peut aussi extrapoler avec la chevelure : les cheveux du haut qui caractérisent la féminité mais, la toison, belle touffe du bas, entourant le sexe : c'est là le canal ou le paradis terrestre par où passe toute vie ici-bas, c'est-à-dire la germination et la conception. N'oublions pas que nous sommes tous nés de la femme!C'est le grand mystère du passage de l'âme dans la chair.
La femme sait donc être à la fois charnelle et maternelle. Elle offre son corps au bon moment avec l'amant, mais, après ses pulsions vitales et sa jouissance charnelle, elle revient aux sentiments forts qui lui font raison garder.Elle sait donc être, à la fois, luxurieuse, maîtresse enjolante, femme-enfant, femme fatale grâce au désir masculin qu'elle inspire.Mais aussi dans l'amour maternel et le silence, elle connaîtra l'angoisse de l'enfantement qui sera ensuite une grande joie. Elle élèvera, plus tard ses enfants dans le respect du foyer et surtout du pèreL'homme, plus éparpillé dans ses sentiments- et c'est souvent un euphémisme!- ne devinera jamais tous ces aspects de "l'aimante".Il ne saisit qu'une facette principale de sa compagne : la plupart du temps, il neretient que ses atours frivoles de femme apprêtée, ses postures de "putain" dans l'amour, son image de nudité à l'extrême , ce qui l'excite au plus haut point :ses seins parfaits,sa chûte de reins, sa cambrure et ses fesses arrondies, enfin son pubis avec sa belle toison fournie. Tout cela le conforte dans sa virilité de mâle.Mais malheureusement, le rôle de la femme, ce n’est pas que cela. Elle n’a pas toujours été « cajolée » par l’homme. Au cours des siècles, la Femme a été « diabolisée ». L’Eglise en est la principale fautive. Ainsi, Marie-Madeleine a, peut-être, réellement, représenté une terrible menace pour l’Eglise, dès le premier âge. D’après ce qui a été expliqué, elle est la première initiée : c’est elle qui a pénétré la première dans le Tombeau !C’est alors, pour éviter la prise de pouvoir dans l’Eglise par les femmes, que Rome a propagé cette image de prostituée envers la compagne de Jésus. Elle a, d’ailleurs dès le départ, prétexté le péché originel d’Eve, afin d’éliminer les femmes de toutes fonctions importantes dans son sein.La croisade brutale qu’elle mena, pour la « rééducation » des femmes fut édifiante. On ne peut ignorer les multiples violences et les mensonges qui ont ainsi éradiqué la Femme.
Encore de nos jours, l’Eglise romaine s’oppose farouchement au mariage des prêtres.Donc, à l’époque de l’Inquisition, il y eut la publication d’un texte que l’on peut considérer comme l’un des plus sanguinaires de l’histoire humaine.L’Encyclique Malleus Maleficarum (Le Marteau de la Sorcière), était destiné à l’endoctrinement des chrétiens sur le danger des « Libres Penseuses » !En instruisant le clergé sur la manière d’identifier ces femmes, elle leur a permis de les torturer et de les détruire. En effet, à cette époque l’Eglise appelait sorcières, toutes les femmes érudites et mystiques, les bohémiennes, les amoureuses de la nature, les herboristes, celles qui montraient un intérêt suspect pour le monde naturel. Les Sage-femmes étaient également poursuivie et mises à mort pour l’utilisation hérétique de leurs connaissances à des fins de soulagement des douleurs de l’enfantement.
Le Vatican arguait alors que c’était, pour les femmes, le juste châtiment d’Eve, qui,en consommant le Fruit de la Connaissance du Bien et du Mal, avait perpétré le péché originel !En trois cents ans, de chasse aux sorcières, Cinq Millions de femmes ! furent brûlées sur le bûcher en Europe !Le monde actuel porte encore les stigmates de cette guerre contre les femmes, même dans les deux autres religions monothéistes.Alors que dans l’Antiquité, la Femme était un chaînon indispensable dans l’éducation spirituelle, les femmes sont toujours au second rang dans tous les cultes du monde.Il y a encore peu de femmes ordonnées, qu’elles soient anglicanes, protestantes, rabbins ou imans.Il est temps que la Femme relève la tête !Nous rentrâmes très tard, exténués, essayant de ne pas faire de bruit afin de ne pas réveiller les autres qui, d'ailleurs, dormaient à poing fermés, ne se doutant jamais de notre nuit très chaude.Cette nuit-là, ou plus tôt ce matin là, nous dormiment ensemble, enlacés, presque l'un dans l'autre. Cela fut très court mais notre sommeil fut très profond et serein, comme deux petits anges.Le lendemain, la journée se passa, pour chacun, en faisant les corvées habituelles à une petite communauté qui vit seule, loin de tout. Yasmina s'occupait de la cuisine et, même plus, mitonnait quelques plats qui seraient utiles aux bergers, après notre départ. Les hommes, dans la journée, gardaient leurs troupeaux respectifs, -changeant de pâturages chaque jour-, vers le sommet du mont et ne redescendant que pour le repas de midi, laissant le soin de la garde aux chiens pour une heure.Moi-même, j'essayais de me rendre indispensable en leur coupant du bois à la tronçonneuse, car, souvent , lors de soirées plus froides, ils allumaient le feu dans la grande cheminée de la pièce principale.Le soir, après le repas, nous remontions regarder les étoiles sur notre tertre ! J'avais peur que les hommes trouvent cela bizzare, mais, mon aimée me rassura, disant, qu'auparavant, elle avait toujours pris un moment pour accomplir ce rituel.Mais le temps passait vite et ce fut bientôt la troisième et dernière journée. J'accomplissais toutes mes tâches lentement, souhaitant que le temps ne passe pas trop vite car j'étais bien installé dans ma nouvelle vie. Cependant, j'avais quand même hâte d'être au soir, pour encore avoir une nuit de folie. Je ne connaissais pas les intentions de Yasmina lorsque l'on serait redescendu et je me gardais bien de l'interroger à ce sujet.Par ses œillades incessantes, lorsque nous n'étions pas seuls, je compris qu'elle était aussi impatiente que moi de nous retrouver là-haut pour une sublime séance d'amour.Le matin, après des adieux et des recommandations à son frère, tristement, nous rassemblèrent nos quelques affaires. Alors, nous sommes redescendus vers Les Sausses, Prosper nous emboitant le pas.Prétextant une fatigue passagère due à la chaleur, j'en profitais pour demander l'hospitalité à Yasmina. Elle s'empressa d'accepter. Nous nous couchâmmes de bonne heure. Son lit n'était pas très large mais cela nous permit de nous unir encore plus fort.Après l'amour, nous sortîmmes dans le pré.
Evidemment ce n'était pas Harpille à 1700 mètres, mais nous étions quand-même à 1100 mètres et les cieux étaient presque aussi beaux.Il faut passer par ces moments pour pouvoir se détacher des soucis quotidiens. Il est indispensable d’avoir des instants pareils afin de retrouver son âme d’enfant.La solitude en montagne est comparable à celle que connaît le marin en haute-mer ou le bédouin dans le désert. Il est nécessaire de connaître ces instants pour savoir qu'on se vide, qu'on chasse de soi toute pensée négative. Il ne reste que ce silence propice à la méditation. Yasmina et moi, après l'amour, restions silencieux, savourant cette plénitude totale : liaison entre deux corps et deux esprits.Au bout d'un long moment, main dans la main, nous redescendions nous coucher pour dormir.Je revenais tous les jours voir Yasmina et, le soir nous nous mettions au lit toujours très tôt.Anne avait compris le manège et devait être heureuse pour le bonheur de son amie. Elle ne ressentait, en effet- car j'avais pu le constater à maintes reprises- aucun brin de jalousie à l'égard de quiconque. Peut-être parce qu'elle pratiquait la philosophie bouddhiste?Dans la journée, nous parlions souvent philosophie. Elles me disaient que la fréquentation des tibétains leur apportait beaucoup.En un mot, elles voulaient que je les accompagne. Après bien des hésitations, j'acceptais enfin de me joindre à elles.Un après-midi, nous voilà parti à la Lamaserie.Après avoir franchi le Col de Bleyne et redescendu, de l'autre côté sur Thorenc, nous arrivâmmes sans encombre au temple tibétain, situé entre Valderoure et La Ferrière.Dès notre arrivée, elles s'empressèrent de me présenter au maître des lieux : Kaniour Rimpotché.Il présidait à la destinée d'une vingtaine de moines. Ils avaient tous le crâne rasé et une longue robe jaune et rouge.
On devinait, en voyant ce Sage, un grand maître spirituel qui avait une "aura" certaine : par son exemple, c'était un modèle de perfection, aussi bien pour les moines que pour les visiteurs.D'emblée, on avait du respect pour lui.Au fur et à mesure de mes visites, ce dernier essaya de me faire découvrir son enseignement. Sans entrer dans le détail du bouddhisme, je découvrais une philosophie de laquelle on tire des bienfaits.En un mot, il faut découvrir sa propre vérité, par étapes successives et qui nous mènera, peut-être, à la réalisation spirituelle.Plusieurs facettes de cet enseignement m'avaient attiré :D'abord, la simple méditation. Elle se fait par la respiration à trois temps.Cette respiration consiste en une ondulation, à partir du bas-ventre, du ventre et des poumons.Cela permet évidemment de se concentrer en respirant et d'évacuer l'air vicié intérieur et prendre l'air nouveau qui va nous régénérer.Mais c'est plus subtil que cela.L'expir renvoie aussi notre souffle bénéfique vers l'extérieur ( faire profiter les autres de nos ondes positives ).L'inspir, au contraire, prend ce qui est néfaste à l'extérieur pour le transformer ( ce sont les ondes néfastes du dehors que l'on va "digérer" et transformer à notre contact ).On arrive aux rives de "l'Eveil". Plusieurs adeptes pratiquant ainsi dans le monde cette philosophie,forment une sorte de "Chaîne d'Union" entre initiés. Peut-être que cela aidera à la transformation des êtres que l'on côtoie, ou tout au moins les améliorer dans leur perception de la vie quotidienne.Il faut éradiquer le désir d'avidité, de puissance et de pouvoir, ancrés au plus profond de l'être humain.Parlons encore de la "Méditation Transcendantale".
Arrêtons nos pensées pendant quelques secondes au début et progressons ensuite pour arriver à s’évader de plus en plus loing et de plus en plus longtemps.On maîtrise, petit à petit, son esprit. Un temps d'éveil, libre de toute association mentale, s'instaure alors. Les pensées ne s'enchaînent plus sans fin dans notre esprit : on se sent libre ! La "Conscience Claire" -chère aux tibétains- devient véritablement réalité. On se sent régénéré !Alors, par cette pratique, l'être concerné devient carrément ZEN.Un vieux dicton bouddhiste dit: " Donne toi-même l'exemple. Tu seras, peut-être suivi. Fais seulement le bien mais jamais le mal à ton prochain ! " .Tout dans la doctrine tibétaine est CONVENABLE : Pensées, Aspiration, Paroles, Conduite, Effort et Intention.Ces expériences méditatives prolongées, m'ont été très utiles pour la médecine. Depuis ce temps là, j'ai toujours pratiqué cette méditation, au moins quelques minutes chaque jour. Encore aujourd'hui, je ne pourrais m'en passer.L'esprit se transforme: on se sent léger et inattaquable. Bien sûr, en contre-partie, on paraît, pour les autres, dans les nuages, mais ce n'est qu'une apparence.Notre esprit reste vif et on capte tout.
De tous temps, j'ai pu, ainsi, saisir les situations "immédiatement" et j'ai pu en tirer les conséquences qui en découlent et agir, toujours, très vite.On apprend aussi à ne jamais avoir de pensée, parole, ou action, nuisibles envers autrui : en un mot la vraie Fraternité.Je me suis aussi intéressé à leur "médecine".Tout lama sait soigner son semblable. Pour cela, il sait diagnostiquer d'où vient le mal dans le corps. Il passe alors, sur les parties concernées, des onguents ou des crêmes fabriqués à partir de plantes trouvées dans la montagne.Le Maître,lors de ses conférences, explicitait souvent ses propos par de petites histoires qui nous intéressaient tous et qui, par un exemple concret, savait nous faire comprendre la quintessence de son enseignement.J'aimais bien celle de « La Calèche ». Mon vieil ami, Antoine, m’en avait déjà parlé.En fait, c'est une légende tibétaine qui nous donne la ligne de conduite à suivre tout au long de notre vie.C'est le Syndrôme de la Calèche : dans une calèche, il y a plusieurs acteurs.Il y a la Route. C'est le chemin cahoteux, comme notre vie.Il y a des ornières partout, mais, après un virage, on trouve souvent une belle ligne droite.Il y a les Chevaux. Ce sont ceux qui mènent le train. Ils vont de l'avant, ils foncent vers leur destin mais cherchent leur chemin souvent par intuition. Ils savent enfin doser leurs efforts- ( ménager sa monture ! ) – afin de faire un "parcours sans faute !".Il y a le Cocher. C'est lui qui dirige – ( il faut toujours un conseiller pour le matériel ou le spirituel ou pour les deux ! ).Il donne des impulsions nécessaires, alors que souvent soi-même on ne sait prendre les initiatives qui conviennent !Il y a enfin le Voyageur à l'intérieur de la Calèche.C'est un peu l'image de nous-même.Laissons-nous conduire, par de bons maîtres. Ressentons les messages que l'on veut nous faire passer.Mais, en dernier ressort, faisons une analyse saine des situations qui se présentent et DECIDONS !
C'est là où intervient, selon les tibétains, notre "Moi Intérieur", rôdé à tous les cas de figure de la vie, grâce à notre silence à notre méditation, à notre esprit formé sainement, "sans haine et sans violence".En fait, c'est la synthèse du destin, que trouve, à force de SAGESSE, chaque être humain, de sa naissance à sa mort.C'est ce que les tibétains appelent la Roue de la Vie.C'est le cycle de la Naissance, de la Vie, de la Mort et de l'Au-Delà.
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